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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 08:28

Il aura fallu 48 heures, pas davantage, pour qu’une bonne partie des migrants évacués du campement de La Chapelle soient de nouveau dans la rue. Raphaël Krafft, allé à leur recherche pour France Info, n’a pas eu de mal à les retrouver : la plupart, parce qu’ils ne connaissent que cela, sont retournés dans le même quartier, près de cette portion de métro aérien qui leur servait de toit.

C’était prévisible, fatal, même, puisque rien n’a été pensé, sinon la « com’ » à laquelle ce gouvernement et ses prédécesseurs nous ont depuis longtemps habitués. Pour chasser les parasites qui leur couraient sous la peau, on a passé le Kärcher sur les occupants du campement. On a bombé le torse, compté les autobus, promis des papiers et des nuitées, et puis sitôt le travail accompli par les éboueurs et leurs bonbonnes de désinfectant sous l’œil des caméras, on s’est dépêché d’oublier pour passer à autre chose.

« Nous avons fait des propositions à toutes les personnes présentes sur le campement », a assuré mardi le préfet de police de Paris, Bernard Boucault. Avant de se pencher sur les propositions en question, il est bon de signaler que tous les occupants de ce camp n’étaient pas présents au moment de l’opération dont ils ignoraient à quelle heure elle aurait lieu. Ainsi, « une cinquantaine de migrants ne se trouvaient pas sur place au moment où les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du camp, et malgré leur inscription préalable sur les listes des personnes à reloger, on leur a interdit de récupérer leurs affaires et de monter dans les bus », rapporte Raphaël Krafft. Comme ce Tchadien qui explique : « Je leur ai dit que je voulais récupérer mes vêtements et mes papiers, mais ils m’ont dit que c’était trop tard. Ils m’ont dit de partir. » Pour où ?

Alors, quelles sont donc ces fameuses « solutions de relogement » qu’on prétend leur avoir fournies ? Une quarantaine de personnes sur 360 (familles avec enfants, femmes enceintes) bénéficient d’un « hébergement hôtelier de longue durée », les autres ont droit à quelques nuits dans des centres d’hébergement d’urgence. Une centaine ont atterri mercredi soir dans la salle Saint-Bruno, en face de l’église Saint-Bernard, de triste mémoire. C’est l’association Entraides citoyennes qui a « négocié dans l’urgence le gîte avec les responsables de la salle et a fourni le couvert ». Au moins ceux-là ont-ils mangé. Une soixantaine sont partis dans le centre d’accueil de jour de l’Armée du salut de Jaurès, à Paris, d’autres à Nanterre. Un Soudanais, accueilli dans un hôtel de banlieue, rapporte (en anglais) : « Quand nous sommes arrivés sur place, ils ont noté notre nom, ils nous ont dit que nous pouvions nous installer pour cinq nuits, mais personne ne nous a conseillés. On leur a demandé ce qui allait se passer après, il n’y avait pas de responsable pour nous répondre. On ne nous a pas donné à manger. » Il n’est pas retourné à l’hôtel, dont il ne connaît ni le nom ni l’adresse ni le moyen de s’y rendre. Alors il est revenu à La Chapelle.

Car c’est un fait, « ces migrants n’ont qu’un point de repère dans la capitale, et ce point de repère, c’est le boulevard de la Chapelle, là où ils ont appris à survivre en groupe », dit le journaliste.

Pascal Julien, conseiller EELV de Paris à la mairie du XVIIIe arrondissement, dit ce que tout le monde sait : « Les gens qui sont dans des hébergements vont progressivement les quitter parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer, et ils vont aller à nouveau vers Paris, ils vont à nouveau errer, puis se regrouper, et puis aller rejoindre d’autres regroupements comme celui d’Austerlitz, d’autres regroupements surgiront ailleurs, et on n’aura rien résolu. »

Seule mesure politique d’envergure : le préfet a annoncé la prochaine évacuation du camp d’Austerlitz. Ce qui jettera quelques centaines d’individus de plus sur les trottoirs de Paris. Mais qu’importe : pendant que les Français, démoralisés, supportent le cœur serré la misère qui envahit les rues et frappe à leur porte, monsieur et madame Royal se gobergent avec le roi d’Espagne.

Mais, chut ! Il paraît qu’on kärcherise les migrants pour « leur rendre leur dignité ». C’est comme on vous le dit.

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Publié par ELIZABETH
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