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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 09:47

L’expérience grecque est un cas d’école. Les États-Unis, qui ont imposé leur politique à la fois à Bruxelles, à Berlin et à Athènes, ont pu y tester la manière de paralyser une opposition populaire massive par l’emploi de la « double pensée ». Il reste maintenant à propager le sentiment d’impuissance obtenu dans le reste de l’Europe pour rendre possible le rattachement de la zone euro à la zone dollar dans un unique grand marché transatlantique.

En dépit des sondages qui le plaçaient au coude à coude avec Nouvelle Démocratie, Aléxis Tsípras a remporté les deuxièmes législatives avec 35,46 % des voix, contre 28,10 % à ce dernier parti. Il a ensuite choisi de reconduire l’ancienne majorité gouvernementale en faisant alliance avec le parti des Grecs Indépendants de droite souverainiste. Pour certains observateurs, tel que Romaric Godin, « Les Grecs savent récompenser celui qui s’est battu, fût-il vaincu au final » [1]. Pour lui, « cet esprit de combat » aurait rendu la dignité au peuple grec.

Il faut d’abord remarquer que le soutien est loin d’être massif si l’on tient compte du niveau de 45 % d’abstentions, c’est à dire 10 points de plus que pour les élections de janvier. Si l’on ajoute les bulletins blancs ou nuls (2,5 % des suffrages contre 0,5 % en janvier), c’est près de la moitié des électeurs qui ont manifesté leur désaveu de la politique du gouvernement. L’abstention, le vote blanc, ainsi que l’incapacité des dissidents de Syriza, l’Unité Populaire, de constituer une force politique reconnue par les électeurs indiquent une défiance par rapport à l’ensemble de la classe politique et surtout l’existence d’un sentiment d’impuissance. Pourquoi aller voter puisque cela ne sert à rien. La totale soumission de Tsípras au diktat des créanciers, après avoir organisé un référendum qui s’était massivement opposé à un tel abandon, a détruit tout désir de résistance. La victoire de la droite aurait constitué une défaite, mais la lutte contre les réformes aurait pu continuer par d’autres moyens, celle de Tsípras plonge au contraire les populations dans l’anéantissement, car elles n’ont plus les mots pour pouvoir se battre. Elles sont placées hors langage, dans l’indifférenciation de l’image. La défaite devient « victoire » et la collaboration se nomme « résistance ». Le renversement opéré au niveau du langage va de pair avec un renversement formel dans l’action politique. La « Troïka » n’est plus l’adversaire du gouvernement grec, mais devient son alliée dans sa « lutte contre l’oligarchie et la fraude fiscale ». Les réformes entreprises par le gouvernement grec seraient plus efficientes grâce à l’aide des institutions européennes qui deviennent ainsi des instruments privilégiés de lutte contre le capital financier.

Cependant, malgré son caractère paradoxal, la majorité obtenue par Syriza, sa victoire relative devant les urnes, indique bien quelque chose de réel : la primauté actuelle de l’image sur les faits.

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