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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 10:00

Les Anglais l’appelaient « French correction ». Pour son oreille infaillible, dit-on, mais pas que… Grand chef d’orchestre et grand tyran, on rend depuis deux jours des hommages inconditionnels à Pierre Boulez. C’est dire qu’une fois de plus, la mort efface tout et surtout la mémoire, car s’il était admiré, Boulez était surtout un homme détesté !

« Personnalité influente du paysage musical et intellectuel de son temps », dit sa fiche Wikipédia. Service minimum. La lecture des chapitres de sa bio est plus parlante : De la table rase au Marteau sans maître, Du « principe de non-fixité » à la « perpétuelle ductilité », Les trajectoires de « l’idée », L’idée de « trajectoire », « Le noyau infracassable de nuit », etc.

Je résume : Boulez, compositeur et maître à penser la musique, c’est une théorie fondée sur l’idéologie progressiste.
Comme l’écrit Le Monde dans l’hommage qu’il lui rend, « la mort de Boulez met un point véritablement final au XXe siècle musical avant-gardiste qu’il avait notablement contribué à façonner avec d’autres compositeurs nés au cours des années 1920″. Un courant mort, en effet, de sa belle mort parce que d’emblée fondamentalement mortifère. En effet, tous ces compositeurs avaient « adhéré à un langage qui remettait en question les acquis fondamentaux de l’harmonie classique ». Comprenez tout bazarder, tout foutre en l’air – la mélodie et le rythme, la sensibilité et l’instrument -, casser le discours, supprimer la phrase musicale – cette horreur bourgeoise -, priver les auditeurs de tout repère. Sérialisme contre musique tonale.
C’est aussi la génuflexion fascinée devant la technologie naissante, les prémices stridentes de la musique électroacoustique qui chatouille les nerfs et fait grincer des dents. Pour faire encore plus simple : l’apothéose du bruit et de la cacophonie. La traduction en musique de la « table rase », l’intrusion du nihilisme dans l’art qui nous a valu les toiles blanches, le triomphe du ready made, des Merda d’artista et autres tas d’ordures que des femmes de ménage égarées par leur perception sans doute étriquée jettent régulièrement à la benne.

Boulez est un cerveau brillant, un génie des maths qui trouve qu’Olivier Messiaen est encore trop pépère. Mais si la musique de Beethoven peut se mettre en équations mathématiques, les équations mathématiques ne font pas nécessairement de la bonne musique. Boulez est surtout un arbre sec, privé de cette sève qui irrigue la sensibilité. C’est un colérique, à sa façon un tyran devant qui les pouvoirs publics se sont couchés pendant des décennies.

Ce qu’on ne dit pas, ou si peu, c’est que ses caprices d’avant-gardiste ont coûté des fortunes à la nation, et encore je ne parle ici que des fumisteries autour de la « recherche musicale » financées par l’État. En tête l’IRCAM, la machine à fabriquer du son accolée à Beaubourg, et dont le rayonnement n’a jamais dépassé le sous-sol où elle est enterrée. Hormis les communications à la presse et les conférences d’obscurs chercheurs auxquelles assistent seuls des collègues payés pour le faire, l’IRCAM n’a jamais réussi à influencer la vie artistique, et c’est tant mieux. Mais on a payé, et fort cher, des concerts (qui ne rassemblaient qu’une poignée d’invités et d’étudiants en musique vite lassés, et dont les publications discographiques chez Erato n’ont pas été diffusées au-delà des services de presse). Mais comme l’écrivait Benoît Duteurtre dans son Requiem pour une avant-garde : « Par consentement mutuel, la musique atonale est inattaquable. » Comme l’art conceptuel, elle est politique, et dans un monde où les « élites » sont incultes, tout est dit.

Boulez, mort à Baden-Baden, crachait sur la France où « l’on n’enseigne pas la musique aux enfants». Au moins les aura-t-on préservés de la sienne, dont tout message émotionnel est banni.

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