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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 10:22

La surpopulation en prison est repartie à la hausse avec, au 1er avril 2016, 68 361 détenus pour 58 787 places (+ 2 % en 2015 par rapport à 2014). Soit presque 10 000 détenus en trop par rapport à la capacité des prisons françaises. Voilà qui signe le fiasco général de la politique pénale de Christiane Taubira, l'ancienne garde des Sceaux, qui s'était donné pour mission d'humaniser la prison. L'arrêt du programme voté sous Sarkozy de construction des lieux de détention aura donc conduit à cette catastrophe carcérale qui accroît les risques de récidive et pèse, en outre, lourdement sur la vie des matons...

Le contrôle général des lieux de privation de liberté constate que « 1 900 détenus dorment sur des matelas par terre » dans un cadre général vétuste et insalubre. Avec évidemment des conséquences sur la santé des détenus et un taux de suicide record en France (115 suicides en 2015). « On se suicide sept fois plus en prison qu'en dehors, selon les données de l'Ined », relevait, mercredi 15 juin, Adeline Hazan, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, venue présenter son rapport annuel devant la commission des Lois. L'insalubrité des locaux de garde à vue est également dans son viseur : matelas défoncés, couvertures sales, insalubrité... Autre constat contraire aux règles : les lunettes, ceintures et soutiens-gorge sont systématiquement retirés aux personnes placées en garde à vue, alors que la loi exigerait un examen au cas par cas en fonction du risque.

La « cocotte-minute » des regroupements islamistes en prison ?

Dans le contexte abrasif français, Adeline Hazan sent bien que l'auditoire n'est pas vraiment enclin à s'apitoyer sur le sort des détenus. « Ce n'est pas tombé dans l'angélisme que de dire qu'il faut trouver le nécessaire équilibre entre le besoin de sécurité que l'opinion est en droit d'attendre et le respect des droits fondamentaux de la personne », plaide-t-elle. Néanmoins, ce n'est pas sans un certain angélisme qu'elle dénonce la modification du régime des fouilles à corps en prison après l'adoption de la loi du 3 juin 2016, considérant que cette extension est attentatoire à la dignité des personnes. La prison est une véritable passoire. Les téléphones portables ou cartes SIM y pullulent (30 000 saisies en 2015), ainsi que les armes (1 400 saisies), comme l'a reconnu l'administration pénitentiaire. Un plan de brouillage des signaux est en cours de déploiement...

Dans le cadre de la lutte contre la radicalisation, la chancellerie a entamé le regroupement des détenus islamistes incarcérés dans des unités dédiées. Cinq établissements sont concernés. Le contrôle général les a visités et a rendu au gouvernement un rapport sur cette expérience. Il ne sera publié que début juillet. Mais Adeline Hazan a déjà fait savoir son hostilité à ce regroupement, dont elle craint l'effet « cocotte-minute ».

Le nouveau ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a publié un arrêté permettant, pour trois mois renouvelables, la vidéosurveillance de personnes « dont l'évasion ou le suicide pourrait avoir un impact important sur l'opinion publique et sur l'ordre public ». Il avait notamment en tête la surveillance de Salah Abdeslam. Pas très étonnant, le contrôleur des lieux de privatisation émet un avis défavorable, considérant que la définition est trop large. Après avis de la Cnil, la mesure de vidéosurveillance a été restreinte aux personnes en mandat de dépôt criminel (donc non applicable aux détenus après condamnation).

« Des femmes accouchent menottées »

Le contrôleur général dénonce, par ailleurs, la situation des femmes en prison (seulement 3,2 % de la population carcérale). « Le parent pauvre », dit-elle, du fait même qu'elles sont très minoritaires. « Des femmes détenues accouchent menottées, ce qui est contraire à la loi depuis 2009 », affirme Adeline Hazan, qui prône une certaine mixité des établissements pénitentiaires et se réfère à une expérience menée à Bordeaux dans un atelier carcéral. Elle recommande la construction d'un établissement pour femmes dans le Sud. Il n'y a pas de prison pour femmes (après condamnation) dans cette partie-là du pays, si bien que les détenues vivent leur incarcération (après leur condamnation) loin de leurs familles.

Dans les hôpitaux psychiatriques, la disparité des traitements serait grande d'un établissement à un autre, « d'un service à un autre, voire d'un étage à un autre », constate-t-elle. Là encore, le placement à l'isolement, le port obligatoire du pyjama ou l'attachement des patients à leur lit seraient systématiquement pratiqués sans justification clinique lorsque le préfet décide un placement sous contrainte à la demande d'un tiers, alors que la loi du 26 janvier 2016 encadre ces mesures.

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Publié par ELIZABETH
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