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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 11:24

Denis Collin, professeur agrégé de philosophie et animateur du site La Sociale, publie cette analyse « in situ » des effets possibles de la réforme (dévastatrice) du lycée qui s’annonce :

 

« Il n’est pas toujours facile de comprendre ce qui sortirait de l’application du rapport Mathiot et les chiens de garde veillent au grain (y compris le SNALC définitivement rallié au pouvoir depuis qu’il a perdu une partie de ses effectifs). Certains font mine de croire que ce n’est qu’un rapport alors que Blanquer a annoncé que l’architecture ne changerait pas.

Il y aurait à faire des considérations terminologiques intéressantes. La LV1 n’existe plus, elle est remplacée par l’anglais et suivie non d’une LV2 mais de « la langue vivante ». Les langues anciennes ne figurent pas dans le répertoire (sauf peut-être dans les options) et les mathématiques s’appellent maintenant « mathématiques-informatique ». Ces détails (le diable est dans les détails) sont en eux-mêmes révélateurs. Comme est révélateur le fait que ce rapport reprend de nombreux éléments de la réforme Darcos (rejetée à l’époque) et… des propositions de « Terra Nova », un club qui servait de boîte à idées pour toute l’aile droite du PS.

Je vais essayer ici d’aborder le détail du projet et de montrer de quoi il s’agit en testant quelques cas.

Dans mon lycée, il y a actuellement 14 sections de terminale qui demandent 60 heures d’enseignement de philosophie. Parmi ces 14 sections, 3 sections de terminale littéraire avec 8 heures hebdomadaires. Avec le rapport Mathiot, les heures de philosophie feraient partie du « tronc commune » (unité 1) où 6 disciplines se disputent 12 heures d’enseignement. On peut donc estimer que la philosophie aurait 2 heures sur ces 12 heures. Pour mon lycée, cela ne ferait plus que 28 heures de philosophie par semaine. On peut donc supprimer 2 postes sur les 4 ! Admettons que, par extraordinaire, la philosophie bénéficie de 3 heures hebdomadaires, cela ferait 42 heures soit entre un poste et un poste et demi supprimé. Soyons fou ! Imaginons que l’on introduise la philosophie dans une majeure ou une mineure de l’unité 2. Imaginons que plus de 12 élèves choisissent cette majeure ou cette mineure, cela ferait encore 3 ou 4 heures de philosophie soit au total entre 45 et 46 heures. C’est toujours 15 heures de moins par rapport à la situation actuelle (un service d’agrégé, par exemple). Et c’est une hypothèse très optimiste car compte-tenu du nouveau mode dit d’orientation (en fait de sélection), les élèves sont invités à s’orienter en fonction des « attendus » des établissements d’enseignement supérieur. Quel élève choisirait une discipline pour laquelle les attendus « philosophie » seraient seulement ceux des UFR de philosophie et des CPGE littéraires (et encore, pas nécessairement) ? Dans le meilleur des cas, dans l’hypothèse la plus folle donc, seule une poignée d’élèves aurait 7 heures de philosophie au lieu de 8 aujourd’hui pour les 2000 classes de TL que comptent les lycées de ce pays. Pour tous les élèves des actuelles filières ES et S, le projet Mathiot détruit toute tentative de dispenser un enseignement élémentaire de philosophie. En tout cas, dans les hypothèses les plus optimistes, on aboutit à la suppression d’un quart des professeurs de philosophie. Tout cela au nom de la promotion de la philosophie « discipline universelle ». Le rapport Mathiot est un exercice terrifiant de « novlangue ».

 

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