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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 09:32

2952 : c’est le nombre de SDF recensés à Paris dans la nuit du 15 au 16 février. De façon systématique, des Parisiens ont sillonné 350 secteurs de la Capitale, par groupes, pour dresser un état des lieux de cette population invisible. L’initiative lancée par la Mairie de Paris répond, par un effet de coïncidence, à la déclaration de Julien Denormandie, au micro de France Inter, le 30 janvier dernier. Le secrétaire d’État à la Cohésion des territoires estimait à une cinquantaine le nombre de personnes à la rue à Paris…

 

S’il est si difficile de les comptabiliser, ce n’est pas seulement que ces personnes sont précaires ou confinées à une forme d’invisibilité sociale mais qu’elles se distinguent aussi par une puissante dynamique d’exclusion, comme le souligne Patrick Declerck, par un exil extérieur et intérieur, ou psychique. « La désocialisation constitue, en ce sens, le versant psychopathologique de l'exclusion sociale », note-t-il dans un essai remarquable sur les clochards de Paris : "Les Naufragés" (Plon, 2001 ; Pocket, 2003).

Le philosophe et psychanalyste y compose un récit circonstancié de ces « vies brisées sans retour », fruit de longues années d’immersion, d’enquête et de soins. Contre tout discours « humaniste », il ne croit pas que, pour ces exclus, un retour à la socialisation soit possible. Il plaide plutôt pour un accompagnement qui rende la survie de ces exilés possible. « Ils se détournent de la vie de famille, de l’effort, du travail, et pourtant, ils sont tout sauf libres, écrit-il. Ce sont des esclaves. Ils ne sont pas propriétaires de leur vie psychique, ils sont pris dans un exil dont on ne revient pas, l’exil à soi-même. »

Par ailleurs, le psychanalyste déplore le traitement inadapté par la puissance publique de ceux qu’il appelle les « clochards » plutôt que SDF ou sans-abri – « parce qu'il faut bien leur donner un nom. Celui-là n'est en rien meilleur que les autres, sinon qu'il renvoie à des images partagées, en France, et par tout le monde ». Dans une traditionnelle logique carcérale qui s’applique aussi aux prostitués et aux toxicomanes, les autorités assistent autant qu’elle punissent, cherchant à mettre au pas les marginaux. Le philosophe défend plutôt une « neutralité bienveillante » où « il ne s’agit plus de donner pour faire changer l’autre, mais uniquement de donner pour répondre à ses besoins. »

Un autre son de cloche.

 

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