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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 10:16

En Seine-et-Marne, cette entreprise produit du papier sécurisé, qui sert notamment pour les cartes grises. Pour alerter les pouvoirs publics sur leur situation, les 200 salariés ont déjà brûlé une partie de leur stock.
« La carte grise de votre voiture sort de l’usine Arjowiggins de Crèvecœur », préviennent les salariés de ce fabricant de papier sécurisé en liquidation judiciaire, à Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne). Ils utilisent désormais cet argument comme « monnaie d’échange » afin d’obtenir un geste des pouvoirs publics.
Le tribunal de commerce de Nanterre a en effet prononcé la liquidation judiciaire d’Arjowiggins le 16 janvier dernier. En tout, 240 personnes vont perdre leur emploi. Depuis, les 200 salariés du site seine-et-marnais occupent leur usine 24 heures sur 24. Mardi dernier, ils ont brûlé une première bobine de papier.
« Nous avions donné 48 heures à Bercy pour réagir. Nous avons mis une seconde bobine au feu à l’issue de ce délai. Depuis, deux bobines par jour y passent », annonce Patrice Schaafs, délégué syndicat CGT et secrétaire du comité central d’entreprise.
Le site d’Arjowiggins est le seul de France à produire le papier sécurisé qui sert aux cartes grises, mais aussi aux billets et aux chèques de banque, aux passeports français et à d’autres documents fiduciaires.

Ce dimanche, déjà sept bobines de 200 kg ont brûlé. Il y en aurait une centaine en tout, soit « l’équivalent d’un an de commandes ». Selon le représentant syndical, « l’État a un besoin urgent de ce papier car nous sommes les seuls en France à en produire. D’ici deux mois, il y aura une pénurie de cartes grises ».
L’information n’a pour l’heure pas été démentie. « Notre chance, c’est que les bobines nous appartiennent car la commande n’a pas encore été payée », fait remarquer Paul (le prénom a été changé), un autre salarié. Lui et ses collègues envisagent aussi de déverser du produit colorant sur le stock si la situation devait dégénérer.
La production s’est arrêtée le 16 janvier. Les employés ont sécurisé eux-mêmes leur usine. Il y a encore des produits chimiques dans les canalisations, la chaudière tourne toujours ainsi que la station d’épuration pour éviter de polluer le Grand Morin, le cours d’eau situé à proximité.
Scandale financier
« Même si l’État trouve un autre papetier, cela demande un savoir-faire et des matériaux particuliers. Dans la pire situation, on ira à l’étranger pour faire des cartes grises françaises ! », poursuit le représentant syndical.
Certaines familles travaillent chez Arjowiggins depuis quatre générations. La solidarité se créée dans la vallée, le long de la D934, pour accompagner les employés dans leur siège. Ils reçoivent aussi le soutien des Gilets jaunes du département.

Outre « des conditions de licenciement indécentes », les salariés dénoncent un « scandale financier ». Selon eux, 250 millions d’euros auraient été versés par l’État à l’ancien propriétaire Sequana pour la reconversion du site. La société a ensuite été rachetée par le fonds d’investissement suisse Blue Motion Technologies Holding en avril 2018.
« Paradoxalement, on ferme une usine qui est blindée de commandes. Mais nous n’avons plus d’argent pour acheter les matières premières car les caisses ont été vidées », ajoute Paul.
Béatrice Abollivier, préfète de Seine-et-Marne, et Laura Reynaud, la sous-préfète de Provins, rendront visite aux salariés une nouvelle fois en ce début de semaine.

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