Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 08:59

Décidément, certains écrivains semblent manifester leurs connivences jusque dans leur façon de nous dire adieu. Dix jours après le décès de Jean Starobinski, on apprenait, dimanche, celui, le 15 mars, du critique littéraire Jean-Pierre Richard. Et ce ne serait pas commettre un exercice de style convenu que de comparer ces deux personnalités, ces deux œuvres, ces deux sensibilités. Au-delà de leurs auteurs et de leur époque de prédilection – le XVIIIe siècle pour Starobinski, le XIXe pour Jean-Pierre Richard – ils appartenaient à une même génération et une même filiation et ils ont incarné une critique créatrice fondée sur la sensibilité, l’empathie et une langue lumineuse, à la fois simple et subtile, éloignée de tout jargon technique. Deux immenses écrivains ayant la passion des écrivains, vers lesquels ils auront guidé des générations d’étudiants et de lecteurs.

Né en 1922 à Marseille, normalien, agrégé de lettres en 1945, Jean-Pierre Richard effectue une carrière universitaire, à l’étranger et en France, mais se décrivait comme un « marginal, tenu pour un amateur » au sein de l’université. Peut-être parce que, préférant suivre sa voie, ses intuitions, il n’entra dans aucun moule, que ce soit celui de l’académisme ou ceux des modes critiques systématiques (structuralisme, psychanalyse, marxisme, formalisme). Les étudiants désireux de revenir aux grands écrivains du XIXe siècle trouvèrent dans ses deux premiers ouvrages une fraîcheur et une stimulation nouvelles : Littérature et sensation, sur Stendhal et Flaubert, et Poésie et profondeur, sur Nerval, Baudelaire et Rimbaud. Dans cette lignée est à ranger, en 1961, sa thèse sur Mallarmé qu’il souhaite débarrasser d’une « approche trop abstraite ». Il en tirera deux ouvrages : L’Univers imaginaire de Mallarmé et Pour un tombeau d’Anatole, édition des pages posthumes saisissantes du poète sur la mort de son fils. Il publia aussi un Paysage de Chateaubriand (1967) et un Proust et le monde sensible (1974) qui firent date. Avec Jean-Pierre Richard, les grandes œuvres cessaient d’être des constructions désincarnées. Par ses Microlectures, il fut un extraordinaire introducteur et médiateur.

Source

Partager cet article

Repost0

commentaires