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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 09:57

Les Français demandent le maintien de la retraite à soixante ans. Les salariés surtout. En effet, les chefs d'entreprise ne sont pas motivés par cette revendication.
Les hauts responsables politiques non plus.
Ces quelques lignes appellent à une réflexion poussée. C’est pourquoi je me permets de demander au lecteur de baisser un peu le son des trois téléviseurs qu'il regarde simultanément, de dégager provisoirement les oreilles de son baladeur et de débrancher tous les appareils que la société postmoderne l'a obligé à se brancher dans tous les orifices de son anatomie.
Une activité difficile va lui être demandée. Qu'il cesse donc également de zapper machinalement sur la chaîne sportive, il aura l'occasion de le revoir souvent, le Stade de France, avec toutes les coupes, et tous les championnats, et les grosses pubs pour coca-cola, et les joueurs complètement shootés à l'héro, et qui sont effectivement des héros, mais qui shootent de moins en moins dans les buts, il n'empêche que c'est beau, tout ça, ce conglomérat de 80 000 simples d'esprit qui sont venus voir Johnny Hallyday se piquer tout seul comme un grand au Stade de France, et qui en ont 22, des Johnny et qui courent en plus au lieu de chanter, et, dans un sens, c'est aussi bien, les textes sont à peu près les mêmes, bon j'arrête la phrase est un peu longue.
Mais c'était volontaire, amis lecteurs postmodernes. Car ce qui suit, c'est tout simplement de la réflexion philosophique de haut niveau.
La retraite à soixante ans. Tout d'abord, je propose un changement d'orthographe. La retraite étant le moment de la vie où apparaissent l'arthrose, l'arthrite, il est clair que le mot devrait s'orthographier ainsi : " l'arthraite ". Ce serait plus pertinent. La retraite est l'heureux moment où l'on améliore ses connaissances avec la dictée de Bernard Pivot. Sujet concocté par le sexagénaire+1, Bernard Pivot :


La Retraite
"L'homme souffrait de la maladie de Creutzfeldt-Jakob depuis qu'il avait mangé de la vache folle. La listériose, pour laquelle il était soigné suite à l'ingestion d'un fromage électoral, avait été accompagnée d'une légionellose aigüe.
Quelle drôle d'idée de manger un légionnaire non stérilisé ! A présent, il prenait son petit-déjeuner dans la maison de retraite : du maïs transgénique et une tranche de poulet nourri aux antibiotiques. Le matin il avait poussé un cri pendant la ponction sans anesthésie. Ah ! il préférait de loin la scintigraphie et le scanner, qu'on lui avait faits pour la maladie d'Alzheimer. Cet après-midi, il irait en gériatrie, visiter l'amphithéâtre, et l'infirmière le pousserait dans son fauteuil roulant de paraplégique ou d'hémiplégique. Peut-être aurait-il la chance de lui pincer la cuisse ? De toute façon, il ne pourrait pas parvenir à ses fins à cause de la maladie de Parkinson. Il discuterait avec sa voisine qui lui parlerait de la sclérose en plaques et il chercherait les plaques, au lieu d'écouter à l'amphithéâtre, l'animateur culturel lui réciter le combat contre les Maures, extrait du Cid, de Corneille. Il se souviendrait alors qu'il faut éviter de confondre avec les vrais morts, ceux de l'amphithéâtre, et il se dirait que Corneille était un drôle d'oiseau".


Pendant ce temps, et dans la rue, j'entendais les manifestants hurler :
- Je veux enfin pouvoir vivre, de soixante ans jusqu'à ma mort !
Étrange idéal, pensais-je en mon coffre-fort intérieur, comme dit un cousin riche et radin. De zéro à soixante ans, vous n'avez pas eu l'idée de vivre, mes pauvres gens ? Alors qu'avez-vous fait ?
Moi, simple Guimou, j'ai commencé à vivre tout de suite. Considérant qu'on avait eu le culot de me faire naître sans me demander l'autorisation, j'ai commencé par souiller abondamment mes langes avec une matière puante. J'ai énervé mon instituteur, en refusant de calculer les horaires des trains à la place des employés de la SNCF ! J'ai fait le signe de croix à l'envers pour montrer au curé que le diable est plus fort que le bon dieu. J'ai insulté la police, dans la rue. J'ai obligé les huissiers à venir chez moi, à domicile, me porter des convocations chez le juge. Je n'ai pas payé mes contraventions. J'ai marché en dehors des clous. J'ai uriné, la nuit, sur la grille d'honneur de la Préfecture.
J'ai craché sur la tombe de trois généraux. J'ai gerbé devant deux gendarmeries, ivre-mort, profitant de ce qu'ils étaient également bourrés, mais à l'intérieur, prisonniers d'eux-mêmes !
J'aurais pu faire mieux. J'aurais pu profiter davantage de la vie. J'aurais pu. En tout cas, je conseille vivement aux jeunes de la prendre tout de suite la retraite. À titre préventif.
Et si on vous fait des observations désobligeantes, répondez que vous êtes en pré-retraite, comme tant d'employés virés à 50 ans de leur boulot, et végétant sombrement, avec des demi-salaires, dans des demi-vies.
Ajoutez, pour les convaincre, que vous avez légèrement anticipé la pré-retraite. De trente ans. Et comme vous n'êtes pas salauds, vous avez décidé d'en faire profiter votre employeur : vous ne l'avez pas viré, vous l'avez mis en pré-retraite anticipée, quel que soit l'âge. D'ailleurs il n'était plus performant pour le challenge du troisième millénaire : la suppression des patrons, devenus inutiles avec le développement de l'informatique. Qu'ils aillent faire du stop sur les autoroutes de la communication !

 

ROLLAND HENAULT (2000)

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