Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 09:13

Une capitale loin de la mer, c'est une sale cuve d'asphyxie, un
Père-Lachaise en convulsions. C'est pas de l’Urbanisme qu'il
nous faut !... C'est plus d'Urbanisme du tout ! La banlieue faut pas
l'arranger, faut la crever, la dissoudre. C'est le bourrelet d'infec-
tion, la banlieue, qu'entretient, préserve toute la pourriture de la
ville. Tout le monde, toute la ville à la mer !... sur les artères de
la campagne, pour se refaire du sang généreux. Eparpiller dans la
nature, au vent, aux embruns, toutes les hontes, les fientes de la
ville. Débrider toutes ces crevasses, ces rues, toutes ces pustules,
ces glandes suintantes de tous les pus, les immeubles, guérir l'hu-
manité de son vice infect : la ville...
   Quant à nos grandes industries, ces immenses empoisonneuses,
toujours en train de gémir après la Seine et les transports, on
pourrait bien les contenter, les combler dans leurs désirs... les ré-
partir immédiatement, sur tous les trajets d'auto-strades, sur tout
l'immense parcours rural. C'est pas la place qui leur manquerait,
par catégories. Elles auraient des mille kilomètres de grands
espaces et de verdure pour dégager leurs infections... ça dissout
bien les poisons, des mille kilomètres d'atmosphère, le vert ça
prend bien les carbones... Extirper les masses asphyxiques de leurs
réduits, de leur asphalte, les damnés de la gueule vinasseuse,
les arracher du bistrot, les remettre un peu dans les prairies avec
leurs écoles et leurs vaches, pour qu'ils réfléchissent un peu mieux,
voir s'ils seraient un peu moins cons, les femmes un peu moins
hystériques, une fois moins empoisonnés...

L. F. Céline (1937)

Partager cet article

Repost0

commentaires