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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 10:22

 

Avant qu'on nous vole le printemps en nous assignant à résidence, on pouvait vivre et écrire comme ça :

Lorsque paraîtra cet article, les abeilles butineront les petites fleurettes que le Bon Dieu a créées spécialement pour elles, les pigeons roucouleront, (je ne parle pas de ceux qui avaient acquis bêtement des SICAV qu'ils croyaient nettes d'impôts, je parle des vrais pigeons, ceux qui ont l'œil fixé sur la pigeonne dès que point le moindre rai de soleil), les vaches meugleront à l'amour dans leurs prairies virginales, une tige de sainfoin négligemment placée entre leurs belles dents éclatantes de blancheur, afin d'attirer le taureau à l'énorme paire de cornes, et les secrétaires derrière leurs ordinateurs, feront clignoter leurs yeux vifs d'opératrices polyvalentes pour attirer le chef de service à l'énorme paire de lunettes, et obtenir une promotion sur le canapé le plus proche et les aubergines ressembleront toutes à Claudia Schiffer et les flics à Clint Eastwood, et alors ce sera vraiment le temps des cerises, du moins pour ceux qui n'ont pas droit qu'aux noyaux.
Car ce sera le printemps, mes agneaux ! Eh oui, mes agnelles !

Vous avez peut-être remarqué, il y a beaucoup d'animaux dans le long paragraphe introducteur que je viens de vous brosser avec cette maestria qui m'a fait une si solide réputation d'écrivain dans toute la région circonvoisine de Lizeray-Ménétréols-Saint-Valentin, et même, m'assure-t-on, jusque vers Reuilly, du moins dans sa partie vinicole.
Evidemment, si je vous entretiens ainsi des fleurs, des bêtes à bon dieu, des petits oiseaux qui sont dans le ciel, tout là-haut, avec les anges, il y a une raison. Quand j'écris, contrairement à certains collègues, de l'Académie Française, voire de l'Académie du Centre, j'ai toujours des raisons. Sinon, vous pensez bien, que je resterais tranquille comme on dit maintenant sur France-Culture, seul dans mon château-fort intérieur, comme dit ma cousine, qui a longtemps été concierge dans un château de la Loire.
Eh oui ! quand vient le printemps, l'air tiédit, la sève monte.

Quand vient le printemps, le lycéen, sentant s'approcher à pas de loup les redoutables épreuves du bac, commence à se dire :
- Ça craint... j'ai le français à passer, mes parents y croivent que je révise, mais en fait, je suis grave... je l'ai pas lu, Émilzola...
Il ne faut pas lui en vouloir s'il prononce Émilzola comme Gorgonzola, ça finit pareil, ils sont ritals tous les deux et c'est à cause des pubs de la télé, qu'il mélange tout.
Émilzola, de son vrai nom Emile Zola (1840-1902, célèbre pour ses romans et sa participation à l'affaire Dreyfus) est en effet l'auteur de la Terre, un livre tellement épais que s'il le tenait, le lycéen, cet Emile Zola, il lui casserait illico son stylo, ses lunettes, son PC avec tous ses jeux vidéo, et il lui couperait définitivement, au ras du poignet, l'envie d'écrire des livres si compacts, que même la couverture, elle en craque.
- Il fait des descriptions de la Beauce, je sais pas trop ce que c'est, mais de toute façon, je les lirai pas, ses descriptions, ça l'apprendra, Émilzola. Non mais qu'est-ce qu'y croivent, les profs, qu'on n'a que ça à faire de lire des descriptions aussi épaisses que ça ?
Et alors, découragé devant ce qu'un écrivain sadique est capable de produire pour emmerder le monde adolescent avec de simples mots, qui dormaient tranquillement dans le dictionnaire, qui ne faisaient de mal à personne, le lycéen regarde soudain la lycéenne. Et vice-versa et réciproquement.
Et vice-verso même, comme disait le regretté Jacques Chazot.

 

Rolland HENAULT (dans "Articles 1996-1989" - volume 5)

 

 

Trois nouveaux livres de Rolland Hénault

viennent de paraître.

 

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à Editions de l'Impossible

 

 

 

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