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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 10:12

 

De 1962 à 1984, 2150 enfants réunionnais, souvent âgés entre 5 et 15 ans, ont été déportés par les autorités françaises pour repeupler certaines régions de France perdant des habitants, dont la principale réceptrice sera la Creuse. C’est d’ailleurs dans le foyer de Guéret que quasiment toutes ces jeunes personnes arriveront lors de leur « migration » en métropole. Cette politique sera portée par des organismes administratifs comme le BUMIDOM et le CNARM.

Qui étaient ces enfants ? Des orphelins dans quelques cas, mais majoritairement des enfants vivant en famille, dans des conditions plus ou moins précaires à la Réunion. Afin de faire accepter par les parents de donner leur progéniture, les agents de la DDASS n’ont pas hésité, au mépris de la loi, à faire signer à des personnes illettrées (comme c’était répandu à la Réunion à cette époque) des documents d’abandon, à peine rédigés et signés dans les formes, sans que les parents aient eu le loisir de comprendre la portée du geste. Pire, pour les plus conscients, l’administration promit aux parents et aux enfants un avenir radieux en France, des parcours professionnels d’exception, des bonnes études et des retours à la Réunion réguliers. Nous verrons que la réalité a été bien différente…
La Creuse, sensée désengorger la pauvreté de l’île de la Réunion, n’a jamais soutenu financièrement les pupilles : ce rôle a été dévolu au département de la Réunion lui-même ! L’argent destiné aux enfants par les services sociaux a été très souvent détourné par les familles d’accueil. Suite à cette déportation, une grande majorité des enfants réunionnais vont connaître des troubles psycho-sociaux, comme la dépression, des passages en asile psychiatrique réguliers ou des suicides.

L’affaire sera médiatisée à la suite de plusieurs documentaires, mais surtout par les attaques en justice de plusieurs enfants de la Creuse, soit seul comme Jean-Jacques Martial en 2000, ou à titre collectif comme en 2005 lorsque l’Association des Réunionnais de la Creuse a assigné l’État devant le juge administratif pour « déportation ». Des affaires judiciaires qui n’ont pas abouti – en effet, à l’époque des faits, les agissements de Michel Debré et consorts étaient légaux.

Le 18 février 2014, les députés français ont reconnu par une résolution « relative aux enfants réunionnais placés en métropole dans les années 1960 à 1970 » la responsabilité de l’État envers ces pupilles. C’est un premier pas vers la reconnaissance de ce drame certes, mais il ne s’agit pas d’une loi, seulement d’une résolution, sans caractère obligatoire, et elle demande uniquement « que tout soit mis en œuvre pour permettre aux ex-pupilles de reconstituer leur histoire personnelle », ce qui évite de parler des réparations financières.

Le 16 février 2016 est créée la Commission d’information et de recherche sur les enfants de la Creuse présidée par Philippe Vitale, co-auteur d’un livre sur le sujet. Un an après, la Commission rend son rapport. La ministre de l’Outre-Mer de l’époque, Erika Bareigts, annonce un début d’indemnisation avec une assistance psychologique, une aide financière pour faire le voyage à la Réunion afin que les pupilles puissent voir leurs familles ou encore une assistance administrative pour que les intéressés fassent valoir leur droit. Encore une fois, le terme de déportation n’est pas reconnu.

Trois ans après ces conclusions, aucune des annonces n’a été mise en place.

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