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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 08:01

 

reiser.jpgIls se sont rencontrés au fond d'un trou perdu, un bled dont le nom m'échappe, à la cambrousse. Ils étaient pions, c'est à peu près tout ce que j'eus comme histoire, on dirait que les détails s'émoussent.

Je les vois en photos, pauvres doux enfants-chiens, mariés dans l'année, du ruisseau à la ville. Que pouvaient-ils faire et se dire, je n'en sais rien, à part quelques souvenirs officiels, débiles.

Je pleurais on le voit encore sur les photos, toujours ronchon, toujours chagrin, la chambre close. Je me souviens d'un loup apparu pour de faux, j'ai peur de l'eau, j'ai les dents noires, je hais les choses.

Je me rappelle un peu un vague régiment, restes de trains que l'on ne prenait pas vraiment, la gare est loin, la main se donne et l'oeil se prend à se promener seul.

Je me tiens à la barre de la cour, l'escalier, le soleil presque blanc. Lui est parti pour vendre des bagnoles, on jette les oeufs à Pâques et dans le pré des grands-parents on colorie, on s'ennuie, on espère, on guette.

La vie est comme un lac profond, au trouble fond. Des monstres quelquefois vous guettent sur la rive, ils reniflent le sang et d'un seul coup vous font partager la douleur et la mort, on esquive comme on peut.

Elle et lui ne s'en occupent pas plus que ça, on m'emmène, on m'enferme à l'école, la sueur, la cantine et les tristes crachats, le ciel vide étoilé au fond de la rigole.

Y avez-vous échappé? Ne mentez pas c'est vous qui pleuriez, près de moi, en ces jours de septembre, les paumes écorchées, du sang sur les genoux, comme les Christs en bois sur les murs de vos chambres.

Chez nous on ne cherchait pas d'autres horizons et je ne connaissais ni Dieu, ni politique, aucun engagement, aucune conviction de rien, pas d'échappées à ce train électrique qui tourne sur lui-même.

On m'achète Mickey, ces gens à quatre doigts me semblent tous complices, c'est le temps de Giscard et du choc pétrolier, on m'offre des bédés dans les stations-services.

Le grand libéralisme et ses circuits fermés vous faisait cuire au jus de votre résidence, vous faisait miroiter des moteurs assoiffés d'essence, vous cherchiez déjà la délivrance.

Vous voici divorcés, déjà papa s'envole, on me le montre comme une ordure et mon coeur se déchire à nouveau. Renaître, quel symbole.

On a eu juste le temps de se décerveler.
On a eu juste le temps d'apprendre un peu à lire
L'heure. Il faut de ce pas se mettre à réciter
Le temps qui passe et les mensonges qui transpirent...

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commentaires

Odette Laplaze-Estorgues 15/11/2010 13:00


Je les trouve bien intéressantes, ces pages d'enfance mais.. ont-elles une suite ?
Si oui, où les lire ? OLE