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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 08:41

Maintenant, je parle des jeunes qui sont nés vers 1950-55. Ils ne communient même plus, ces mécréants ! Pauvre France !

 A leur place, je ne serais pas fier de moi ! Parce que moi, j’ai communié, j’ai même renouvelé mes vœux.

Je ne sais pas ce que ça veut dire. Puis j’ai été confirmé et je ne sais toujours pas ce que ça veut dire !

 Mais il y a tellement de choses dont on ne sait pas ce que ça veut dire, quand on a 12 ans !

Heureusement d’ailleurs !

Tenez un exemple : « Convoler ». C’est un « faux ami, comme il est dit dans les manuels d’enseignement des langues. Voler d’un con à un autre ? C’est grossier. C’est pas catholique !

Dans un ouvrage intitulé « L’Anglais tel qu’on le parle ». On s’attend à trouver des amis, qui vont parler avec nous. Eh bien non ! Il y a simplement des sortes de hiéroglyphes ou alors des « Faux amis ».

Exemple : « It rains cats and dogs. »

Au début, c’est régulier : « It  rains » ça veut bien dire que ça rince !

Mais les chats et les chiens, qu’est-ce qu’ils viennent foutre là ? Franchement ? Des giboulées de chats et de chiens, c’est si rare que je n’en ai jamais vu !

 C’est vrai qu’avec les Anglais, j’ai pris un mauvais exemple.

Les Anglais sont des ennemis héréditaires.

Dans un sens c’est pas de leur faute s’ils nous aiment pas. Puisque c’est héréditaire !

Les personnes bien élevées parlent plutôt de « la perfide Albion ».

 C’est encore plus vache parce que « Albion » tout le monde ne sait pas que ça vient d’un mot qui signifie « blanc ».

 Les Anglais sont blancs mais perfidement. Ils mentent.

A l’intérieur ils sont rouges, pleins de tripes dégoûtantes assaisonnées à la bière !

 En plus en cas de guerre, ils font semblant d’être copains avec nous, ils embarquent les petits Français, comme à Dunkerque en 1940, puis ils les foutent à la mer, en ricanant.

 Les Anglaises sont moches. Elles disposent de grandes dents, qui sont un danger réel dans les situations amoureuses.

Les Anglaises mordent à pleins dentiers !

 Elle avalent les couilles par deux, elles n’ont aucune éducation.

 En plus, elles sont malpolies, elles disent « les couilles », la preuve c’est marqué dans la phrase précédente !

 

Les jours perdus (1943-1944 notamment)

J’ai conservé quelques jours précis mais je pense que j’en ai perdu tant d’autres !

 

A la queue des vaches : l’heure de none

Passage poétique   (tous les étés de 1944 à 1954)

Je me souviens de ce moment si émouvant de la journée. Il me cause une sensation d’effroi et pourtant il ne se passe rien.

Justement, il ne se passe rien.

Vers 3 heures de l’après-midi, on entend un silence derrière le silence.

 C’est un silence absolu, d’une qualité proche de la perfection.

D’où vient-il ? Où se situe-t-il exactement, ce silence surnaturel ?

Les oiseaux se taisent, les poules cessent de caqueter, les vaches sont affalées dans le sainfoin et même les chèvres demeurent immobiles et muettes. Les laboureurs, ou les chasseurs si c’est dimanche, évitent les gestes bruyants, les cris, les chiens n’aboient plus, c’est un arrêt sur image et surtout un arrêt sur son. La lumière tombe, verticale, sur nos têtes.

 Immobilité complète.

 La terre tourne-t-elle encore ? Les abeilles, les mouches, les guêpes sont muettes. A peine un bruit de brindille dans un buisson. Une tôle qui craque quelque part sous le hangar. Pour faire mieux ressortir la profondeur sacrée du silence…il est trois heures. C'est-à-dire quinze heures.

« L’heure de la mort du Christ. C’est ce qu’on appelle l’heure de none. On est entrés dans le sacré. » dit ma tante Ernestine.

 On est entrés dans la Mort.

Mais tout ça, c’est peut-être des impressions fausses. En tout cas, c’est très effrayant.

Et rassurant en même temps.

 

Printemps 1973  (1969 et suivants jusqu’en 1998)

Je suis en voiture, une 2CV, et je tremble d’effroi. Très vite, je ne peux plus conduire, non je ne peux plus, je suis paralysé, et je stationne contre un trottoir, aller plus loin m’est impossible.

Le flic du carrefour : une statue de la Mort, le pâtissier d’en face aussi, le libraire également, sont présentés au public sous la forme de la Mort.

Je suis cerné par de petits morts : c’est la sortie des écoles. Et au-dessus des nuées d’hélicoptères, des parachutes…il est temps que je me réveille, justement j’ai oublié l’heure..

Plus tard un copain me raconte : tu as horreur de la Mort, c’est une maladie, tu devrais te faire soigner, quel âge as-tu ?

« -33 ans… »

« -Alors tu es atteint d’une crise de catholicisme aigü, c’est mortel…tu as l’âge de la crucifixion… »

Tous ces moments perdus étaient certainement tout aussi intéressants pour la connaissance de la campagne et de la vie ordinaire du jeune con qui m’a conduit où je suis, petit à petit.

Je crois quand même me souvenir de plusieurs événements importants.

Mais leur nombre est dérisoire par rapport aux jours oubliés, perdus à jamais, dans les déchèteries de la mémoire.

Ici je suis sérieux, grave, à peine un peu prime sautier.

La Mort me suit et me précède partout et tous les jours.

Je l’oublie en écrivant, je l’exorcise.

Pas complètement.

 La Mort est partout.

La dérision est mon bouclier contre la Mort.

 

Les défilés (29 Avril 1944)

Au printemps 1944, j’observe, accroupi dans l’herbe, une longue, une interminable colonie de fourmis rouges qui traversent l’allée de la Vigne. Où vont-ils ? Et pour quelle raison ?

Je me souviens de la date et si ça vous intéresse, je vous la donne : le 29 avril 1944, parce que c’était l’anniversaire de ma mère.

Elle était née en 1912, elle a donc 32 ans.

Elle était née avant la guerre de 14, c’était incroyable !

L’événement, je veux dire la colonne de fourmis, en lui-même est d’importance. Il me fait penser aux interminables défilés militaires dont on parle à la radio.

Les défilés sont très à la mode en 1944. Et ce ne sont pas des défilés de mode.

Les pompiers défileront dans les rues du bourg, dès l’année prochaine. Les vignerons défileront aussi. Les laboureurs défilent déjà. Ils sont au nombre de douze, les pompiers, avec un gradé qui marche à côté, pour le cas où l’un d’entre eux tenterait de s’échapper.

Mais on ne s’échappe pas de la vie.

Il  leur donne parfois l’ordre d’arrêter. Puis l’ordre de repartir. Ces manœuvres sont incompréhensibles… Je me souviens qu’au dernier moment, ils tournent en direction du café Ponroy, puis du café Guillaume.

 Mais ils ont « rompu les rangs » (j’apprendrai cette expression au service militaire, vingt ans plus tard). Quand les rangs sont rompus, les pompiers n’ont plus de grade. Ils sont libres.

C’est la débandade !

 Ils peuvent pisser dans les trèfles et cracher  dans les sainfoins, comme leur a dit Robert Desnos, fumer à volonté, sans attendre le signal.

Le signal, dans l’Armée, c’est : « Repos, vous pouvez fumer ! »

 Mais la position dite du repos n’est pas reposante. Elle est très étudiée. Il faut placer la main droite sur le ceinturon, avancer le pied gauche et laisser tomber le bras gauche le long de la couture du pantalon.

 Le regard tourné noblement vers la « Ligne bleue des Vosges », hurle l’adjudant. « Vous les voyez, les Vosges ? » qu’il ajoute.

« -Et la ligne bleue, vous la voyez ?... »

 Il insistait.

 Les Vosges c’était une ligne bleue. Et c’était le genre d’abrutis qu’on n’a pas envie de contrarier.

 Moi, je pensais au sirop, déjà évoqué.

 J’étais heureux qu’on eût une pensée pour Cazé.

 Mais au repos, à la longue, on s’ennuie.

Même avec le droit de fumer.

Mais, si ces ordres sont infantiles, je ne suis plus en enfance puisque je suis âgé de 24 ans.

Les jours passés à l’Armée sont des jours perdus, mais ils ont laissé des traces profondes. Par exemple, ce monde inaccessible et si proche dont je suis séparé par un simple grillage…

Les jours passés à l’Armée ont laissé en moi la marque de l’infantilisme, de l’imbécillité la plus primaire.

Par exemple encore, j’ai appris que le repos n’est pas reposant, que l’absence d’obligations n’est pas la liberté. La simple obligation de se tenir dans une position précise, ça m’est insupportable.

J’aurais dû en tuer deux ou trois de ces cons.

Davantage : deux ou trois douzaines.

 

Le 8 mai 1945 la famille fête la Victoire !

C’est le plus incompréhensible de tous ces événements historiques.

D’abord, en premier lieu, la guerre n’est pas terminée.

Elle ne le sera vraiment, si on tient à la qualifier de mondiale, qu’en août 1945.

Et encore « mondiale » ça se discute. Les Bantous, les Inuits, les Pygmées, n’ont pas tous  participé aux combats !

 Mais on peut dire quand même que la fête est finie, je veux dire la guerre, en ce 8 mai 1945.

 Officiellement, il n’y a plus de combats en Europe.

Les derniers lampions s’éteignent le soir et c’est toujours un peu mélancolique, une histoire qui finit bien.

Toutes les allemandes ont été violées, les vieillards et les petits enfants aussi ! Il en reste plus un seul à enculer ! Ah le travail a été bien fait !

On a… gagné !... on a… gagné ! on a… gagné !

 Cependant des jeunes gens de vingt ans continuent de gémir dans des hôpitaux où ça sent l’éther. Ils gémissent longtemps, pour faire les intéressants, mais ça marche pas, alors ils meurent, fatigués de n’intéresser personne.

 Ils n’ont rien d’autre à faire. Et gémir, même très fort, ça ne rapporte rien. Pas un Kopeck !

Dans les mois, voire les années qui suivent, on a retrouvé des tireurs isolés, qui étaient restés à leur poste, vaillamment.

 De farouches créatures qu’on avait oublié de prévenir. Ces soldats continuaient la Guerre mondiale. Des années plus tard.

 Seuls.

 Héroïques et à peine un peu cons.

Tout le monde se foutait de leur gueule.

On les a quand même désarmés, les canons de leurs fusils étaient bouffés par la rouille. Ca pouvait devenir dangereux pour les joggeurs et les footballeurs milliardaires.

 Donc, on considérait que la guerre de 1939-45 était finie. Mais on trichait. Il restait à régler leur compte aux Japonais. Ces crapules bridées avaient inventé les kamikazes.

 Un kamikaze, ça crève en vous faisant crever !

 Ca n’a pas peur de la mort.

Contre eux, il n’y a rien à faire d’autre qu’une extermination globale. C’est ce que j’entends à la radio, après Geneviève Tabouis.

 Une bonne extermination, ça les calme.

Un produit comme le DDT mais en plus fort.

Bientôt, on a trouvé la formule.

 

Un jour les prisonniers sont revenus (automne 1945)

Et tout le monde croit qu’ils étaient tellement privés qu’ils se sont jetés sur les femmes, en poussant des cris, et c’est pas vrai !...ça aurait fait un grand bruit, « boum ! » mais en anglais « boom », et ça se serait appelé le baby-boom…alors il y aurait eu des mioches partout avec des berceaux, des langes, des réunions de familles…de l’eau courante dans les bénitiers !

La terre fut devenue une immense, une interminable maternité !

Je préfère ne pas y penser.

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