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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 09:01

Passage poétique (Juin plusieurs années)

(C’est un merveilleux matin de juin et le soleil lance des rayons qui fulgurent, derrière les sapins. Il est toutefois timide. Sa chaleur disperse peu à peu la brume irisée et le voilà, tout neuf et si pur.

 Le soleil.

 Eclatant comme une superbe explosion atomique.

 Un chef d’œuvre d’abstraction lyrique !

 Alors je bondis sur mon vélo et je m’enfonce dans l’allée du jardin céleste, où l’herbe est si haute.

Elle m’arrive aux oreilles.

 Il est vrai que j’ai six ans je ne suis pas très grand.

 La rosée me rafraîchit.

 J’ai six ans, à cet âge là c’est normal. Je suis fou de bonheur, je suis un petit cheval fou, c’est le sainfoin, la rosée, les églantines, les sapins, le soleil et, tout au bout de l’allée, le jardin…Il y aura des lys à l’entrée.

 Il y aura des groseilliers, des rosiers, et même une source juste après le pommier du Japon. La douceur m’envahira doucement, profondément, me soulèvera, et puis on m’appellera de la maison, ce sera une voix claire et pure, alors j’entrerai dans la cuisine où ça sent le café, et tous les domestiques seront assis à la table commune, et les femmes reviendront de tirer les vaches, et le fumier des chevaux sentira si bon que j’aurai envie d’être un cheval, un beau cheval tellement doux sur le museau…oui un cheval doux et fou en même temps…)

 

 20 février 2012,

 (je tombe à plat ventre en portant des morceaux de bois.

Je ne peux pas me relever.

Je ne peux pas utiliser mon portable.

Je lance quelques appels, en vain. Les gens s’en foutent, de ma gueule…Je ne peux pas leur donner tort…je ne sers à rien…)

 

16 Janvier 1948 : quelques précisions sur Eros et Thanatos

Mon grand père paternel est décédé le 16 janvier 1948, mais comme on est dans une famille honorable et soucieuse de maintenir la pyramide des âges en bon état, mon frère cadet l’a immédiatement remplacé.

La pyramide des âges, si on ne la maintient pas en bon état, elle se casse la gueule et, souvent il y a des victimes.

Un tsunami, un raz de marée, une éruption du Vésuve.

Voire un 11 septembre.

Une pyramide des âges complètement écroulée sur elle-même, c’est pas beau à voir, pas encourageant ! On devine, en dessous, étouffées, des victimes qui gémissent longuement. J’ai vu ça sur la carte de géographie, heureusement, le papier ça ne gémit pas, c’est l’avantage sur le numérique. L’écroulement d’une pyramide des âges, sur Youtube, ça sèmerait la panique, ça rendrait les gens complètement sourds et on n’a pas suffisamment d’oto-rhino laryngologues, déjà ! Surtout dans le secteur, qu’on appelle  le « désert médical », qui est moins vaste que le désert de Gobi, mais important quand même.

 Je voudrais pas me fourvoyer dans les détails, mais les bruits de la guerre de 1939-45 sont pas complètement oubliés.

Ca résonne encore, sourdement !

 Et de toute façon ça pète à nouveau en Indochine, alors un peu de silence s’il vous plaît. Ecoutons avec attention : nos ennemis souffrent ! On vient de les convertir au catholicisme, avec des goupillons au napalm ! Il fallait les mettre à l’épreuve.

 C’était pour leur bien, pour qu’ils gagnent une place au paradis.

 Nous on est patriotes, d’autant plus que là, c’est pas de la rigolade, il y va de la survie de la planète. Alors voilà comment ça se passe chez nous.

 Mon grand père, il est dans une chambre, en train de mourir, et mon frère, il est dans la chambre voisine, en train de naître. Deux occupations complémentaires. Vous allez comprendre tout à l’heure.

 Il faut que ce soit synchro, sinon, la pyramide des âges est déstabilisée, elle penche comme la Tour de Pise et puis elle s’abat sur place…

 Alors on a loué un médecin qui fait vaguemestre en même temps et il va d’une pièce à l’autre, avec son vélo.

Ici, je vous prie de m’excuser mais je suis obligé d’avoir recours au dialogue.

Mon grand père :

« -T’es prêt, petit, je sens que je peux plus respirer, c’est toi qui me remplaces…on compte jusqu’à dix…un, deux, trois, quatre…

Le médecin vaguemestre a pris son vélo parce que les deux chambres sont contiguës mais il faut passer par un couloir, un genre de raccourci mais qui rallonge. Alors le médecin continue de compter… cinq six, sept, et il arrive auprès du nouveau-né tout neuf, lequel enchaîne… huit, neuf, dix…ouf on est sauvés !

 l’Ancien s’arrête de respirer, il était temps ! Ca le fatiguait depuis près de quatre vingt ans. Maintenant il gît, peinard, il peut enfin se reposer…Il a sauvé la Pyramide des âges. Le petit a tout le temps de compter, c’est son tour de respirer…ça lui fait du bien, il est claustrophobe…Je le regarde :

 « Ca commence…t’as pas fini d’en chier mais il y aura de très courts bons moments aussi… »

 Il s’est sûrement passé aussi beaucoup d’autres événements en 1948. Il y a sûrement eu, les semailles, avec le semoir attelé à un cheval, le blé vert tendre, et puis l’apiculteur, qui vient « tailler les abeilles », et je me demande pourquoi il taille les abeilles.

 En fait il taille dans les ruches, pas les abeilles elles-mêmes.

 Il y a eu la moisson, les gerbes, les tas de sainfoin, les vaches et les chèvres, les poules et les pintades, la Saint Vincent, le 15 Août, la batteuse, l’arrachage des betteraves, le coupe racine, le trieur, le concasseur, l’aplatisseur pour l’avoine, il y a eu tout ça, au moins. (Vous me dites si j’oublie quelque chose.)

Et je parle même pas des champignons, des noix, des vendanges…

Sans compter la Saint Jean et la Toussaint ! et le Mardi Gras et les pâtés de Pâques…

Mais pour nous c’est la mort du grand père qui reste. Avec la naissance du petit frère.

 Je me dis que c’est bien organisé, parce qu’on a évité de se ramasser la pyramide des âges sur la gueule, et puis il y a eu un article dans le journal, mais un bon article. Le genre « Nous avons le regret de vous informer du décès de… ».

 A part ça, l’année 1948 elle sert uniquement à faire la transition avec l’année 1947, si riche en événements et l’année 1949, qui mérite qu’on s’y attarde un peu, à cause du feu…

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commentaires

Odette laplaze-Estorgues 08/09/2012 14:51

Comme d'hab, j'ai lu les dernières pages du "Jounal d'une vie de con ordinaire..." et j'en viens à me dire que les pages précédentes, plus celles-ci et celles à venir ça pourrait donner matière à
un interessant recueil à proposer à un éditeur. Quel éditeur ? That's the question... OLE