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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 10:00
Non, il ne s’agit pas seulement d’un jeu de mots gratuit. Il y a un lien entre ces deux notions. L’intempérance, c’est un manque de modération, ce sont les abus, les excès, en particulier en ce qui concerne les plaisirs de la table. On donne comme synonyme (pas vraiment, il n’y a de synonymes dans aucune langue, quand deux mots signifient exactement la même chose, l’un d’eux disparaît.) « gloutonnerie », qui vient de « glouton » (latin « gluttire : avaler », d’après « gluttis » qui désigne le gosier.) L’intempérant parfait se livre donc à tous les excès, il transgresse toutes les règles, toutes les lois ! Or, vous l’avez sûrement remarqué, nous vivons sous le règne de l’intempérance, et peut-être justement parce qu’il y a trop d’interdits, trop de règlements, trop de prohibitions. Vous (pas moi, évidemment !) avez observé que les choses interdites vous attirent, mais modérément, en temps normal. Quand il y en a partout, on ne sait plus où donner de la tête, et pas seulement de la tête ! Le grand régulateur, dans la France du Moyen Age, c’était la fête : on transgressait les interdits. On avait droit à l’intempérance ! Je vous donne un exemple concret, parce que vous êtes encore dans les brumes de l’alcool.

Donc, à la faveur de la nuit, les hommes, souvent, se trompaient de femmes. Ils baisaient celle du voisin, et ils s’excusaient :

 

-         Ah c’est toué, l’Ernestine ! dans la nuit nocturne (voyez comme il parle mal, on sent qu’il n’a pas cuvé tout son vin !)…ah ben, je m’a trompé ! Je créyais ben qu’cétait la Germaine…enfin, c’est fait c’est fait…

-         Ca fait rin, Arnesse, moué j’créyais qu’c’était mon Gastounet, et pis c’est toué, l’Alphonse…je m’disais aussi que mon Gastounet, il l’avait moins grousse que toué…enfin, c’est fait c’est fait…

 

Je vous demanderai de faire un effort, je m’exprime en parler berrichon, c’est exprès pour que vous puissiez apprendre la traduction, et, par la même occasion, les « fondamentaux ». Les enseignants tireront (qui ils voudront, là n’est pas la question !) le plus grand profit de ce passage, dès la maternelle. S’ils souhaitent rester pudiques, ils réserveront la dernière partie de la réplique de Germaine, aux plus de sept ans. Contrôle parental oblige !

Mais voyez la richesse de ce texte : il permet d’identifier le « pléonasme », de réviser la conjugaison des verbes du premier groupe, de s’initier à l’ancien français (verbe croire), à l’évolution du son « oi », qui  se prononçait « oué », même à la Cour du roi de France jusqu’à la Révolution. Et en prime, il favorise la rédaction d’un petit texte libre sur les ébats de ces amants qui se trompent, mais ne se trompent pas vraiment, puisqu’ils ne sont pas responsables de la nuit, phénomène qui limite la visibilité, non seulement du paysage, mais de la plupart des parties les plus secrètes du corps humain.

 Où je veux en venir ? Mais c’est clair, mes agneaux ! (On devrait instaurer la parité et dire « mes agnelles », c’est assez scandaleux qu’on ne respecte pas la parité ! Ah oui ! la parité, bordel !). Les grandes périodes d’excès, donc d’intempérance, de débauche, ont toujours, dans l’histoire, accompagné des bouleversements climatiques. Exemple : la fin de l’Empire Romain a vu des bouleversements dans les températures ! Certaines « fêtes » ont donné lieu à des dérèglements de la part des participants mais aussi à des phénomènes atmosphériques anormaux. Tenez, on passe en classe supérieure. L’historien Leroy-Ladurie, raconte, dans le « Carnaval de Romans », comment la transgression des interdits conduit au meurtre de vingt deux personnes ! Bien sûr c’est insuffisant, ça n’élimine même pas un Conseil des ministres !

 Les intempéries particulièrement cruelles, comme le gel des vignes, toujours au Moyen Age, s’accompagnaient de cas de folie furieuse : les vignerons cassaient tout dans les caves, arrachaient leurs propres vignes, et se vautraient dans la fange. Ici, je cite « l’Histoire du climat depuis l’an mil », du même auteur, que vous ne confondrez pas avec « Le Roi de la Durit », saint patron des garagistes catholiques !

Il me semble avoir suffisamment prouvé qu’il existe bien une relation entre les intempérances et les intempéries.

Dernier exemple : le réchauffement du climat, si évident depuis un mois, a coïncidé avec une des pires catastrophes que la France ait connue, l’élection de M Sarkozy !

 Et la mondialisation de la connerie humaine, sans compter la même mondialisation, dans le domaine de l’exploitation des plus pauvres !

 Bon, eh bien voilà ce que je redoutais : je n’ai plus suffisamment de place pour vous parler d’Albert Camus et spécialement de « l’Etranger », qui est le plus grand chef d’œuvre de la littérature française, après les ouvrages de Céline, bien entendu !

Tant pis, vous m’avez retardé avec des futilités. Camus, je le réserve pour la prochaine fois, vous verrez, il y a matière à un article aussi instructif que celui-ci, et sans les grossièretés, en plus.

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