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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 09:57

(n’apprenez plus rien, vous avez fait des progrès considérables, vous êtes grands maintenant…)

 L’Arrache Cœur comme roman Champêtre de l’Apocalypse Agricole,

Psychanalyse et Religion agricole ou même carrément urbaine (4)

Eh bien non, je ne suis pas le plan prévu, parce qu’il fait trop chaud !

Nous avons pu constater que Vian émet un doute sur l’efficacité, l’utilité de la psychanalyse, et qu’il caricature la religion.

Il semble donner raison à Cul Blanc.

Qu’on n’y voie aucunement une revanche écrite contre Jean Sol Partre, dont Céline disait qu’il élevait un ténia dans son intestin à lui !

Le fait que Michèle Léglise (quel patronyme ahurissant de connerie plate !) ait pu quitter Boris contre ce monstrueux batracien, ce n’est pas la cause directe de l’anti-psychanalysme de Vian.

Certes il était très moche, le Partre dentaire, et il puait de la gueule en prime. Il puait jusque dans ses textes.

Déjà dans l’Ecume des Jours on assiste à une conférence de ce batracien, qui eût mérité qu’on le disséquât vivant ! Une petite mise au point, pour décourager à jamais les maniaco-filmiques ? La voici, c’est à la page 74 de l’Edition 10x18 de 1980 :

 « Dès le début de la rue, la foule se bousculait pour accéder à la salle où Jean Sol donnait sa conférence… »

Les masses ont  toujours tort

La conférence de Partre attire du monde ! Je passe sur ceux qui se faisaient « larguer en parachute, et aux « gendarmes qui piquaient les cercueils les clouant au chêne pour l’éternité… d’autres enfin arrivaient par les égouts… on les  repoussait à grands coups de souliers ferrés sur les jointures au moment où ils s’agrippaient  au rebord pour se rétablir et sortir, et les rats se chargeaient du reste… »

Or, je continue pas, rien que pour vous montrer que, forcément toute tentative de « porter à l’écran » le merveilleux roman de Boris Vian est voué à l’échec.

D’abord, les conférences de Partre attirent la foule !

C’est mauvais dès le début !

Vian aime l’individu, pas la foule ! Ainsi faut-il comprendre l’Avant-Propos de  « l’Ecume des jours » :

« Il apparaît en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison ». Par ailleurs, une plaisanterie sur le « Vomi empaillé » fait nettement allusion à la « Nausée » de Jean Sol Partre.

Les individus ont toujours raison

Mais, dans l’Arrache Cœur, la psychanalyse est au centre du roman. Non seulement Cul Blanc refuse de s’épancher sur ses problèmes intimes, mais Jacquemort est vidé de sa vie, de ses souvenirs, de ses idées. D’ailleurs le nom lui-même est significatif. En voulant devenir un Jacques (un paysan) il est mort au départ.

Jacquemort ne sera jamais rien !

Sa tentative auprès des animaux ne sera pas plus convaincante, ainsi que le montre « Blues pour un chat noir ». Après un dur combat contre un coq, le chat noir tombe dans un égout, d’où on ne pourra jamais le tirer.

Il a pourtant cherché dans les profondeurs de son subconscient !

Tout comme La Gloïre est chargé de plonger dans l’inconscient de cet étrange village où l’on n’éprouve jamais de honte…

La psychanalyse et la religion renvoyées  dos à dos

Elles sont toutes les deux « l’opium du peuple ». Je vais m’employer à le démontrer.

Elles vident l’individu de sa substance, soit par la confession, soit par le biais du divan. Ainsi, Jacquemort  est bien un Jacques, c'est-à-dire un paysan (Voir les « Jacqueries », « Jacquou le Croquant », le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, qui est réalisé uniquement par des laboureurs, habitués à la marche à pied. Quand ils veulent tricher, ils sont punis par une catastrophe ferroviaire !)

 On notera les nombreuses allusions à ce vide laissé par la psychanalyse. Quand Jacquemort demande à  Angel :

« - A propos pourrez-vous m’indiquer des sujets à psychanalyser ?...

(je reproduis ce dialogue essentiel)

- Il y en a plein , vous aurez la nurse quand vous voudrez. Et les gens du village ne refuseront pas… Ce sont des gens un peu grossiers mais intéressants et riches…

- Il va m’en falloir des tas… Je fais une forte consommation de mentalités »

La religion comme vidange de l’âme

Déjà, lecteur, je sens chez vous une curiosité bien légitime, donc je poursuis… La psychanalyse vide littéralement les patients.

« - Voilà, représentez-vous le petit Jacquemort  comme une capacité vide… 

- Un tonneau, vous avez bu ?...

- Non, je suis vide, je n’ai que gestes, réflexes et habitudes… Je veux me remplir. Mais mon tonneau est un tonneau des Danaïdes… Je n’assimile pas, je leur prends leurs pensées, leurs complexes, leurs hésitations, et rien ne m’en reste. Je n’assimile pas … ou j’assimile trop bien… je conserve des mots, des contenants, des étiquettes. Je connais les termes sous lesquels on range les passions, les émotions, mais je ne les éprouve pas…

Jacquemort sent bien qu’il ne pousse pas la psychanalyse suffisamment loin :

« -Je veux faire une psychanalyse intégrale. Je suis un illuminé. Je veux voir jusqu’où on peut aller. Je veux des pensées et des désirs … »

En somme, Jacquemort ne souhaite que vidanger les nouveaux paroissiens, de leurs pensées impures. Comme le fait le prêtre dans la confession. Il leur vole le mal qu’ils ont en eux, mais c’est une solution insuffisante ! Il faut tout vider ! Tout voler et jamais de pardon. Il s’agit d’épuiser la totalité des désirs humains. Il faut qu’il ne reste que le mal.

A ce titre il est légitime d’analyser la confession : le prêtre, dans le village, ne va pas encore assez loin. Certes, il charge un paroissien de porter la honte, comme Jésus portait sa croix. Jésus est devenu un prophète aquatique : la Gloïre. Il noie le péché dans sa rivière rouge. D’ailleurs Jacquemort veut acquérir la substance d’un chat noir…

Q’importent alors les apprentis que l’on torture, les animaux que l’on crucifie ! La religion a eu raison du Bien et du Mal et elle le montrera avec le combat de boxe, à l’église. Grâce à ce Jésus de luxe, à ces hommes transformés en marchandises, et qui sont l’objet d’un spectacle.

On ne fait des prières que pour le sainfoin. Qu’il pousse mieux, ou pour que les enfants soient humiliés et sacrifiés, comme les vieillards.

On ne peut pas faire mieux en matière d’organisation sociale. En 2013, on en est arrivés là.

Des incantations auprès des Services non pas Divins mais spécialisés dans les pluies sur les comptes bancaires.

(Ecoutez, nous sommes lundi, il y a encore beaucoup à dire sur ce chat noir et sur les rituels religieux. C’est promis, ce sera pour le prochain chargement !)

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