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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 09:40

 

« L’Arrache Cœur » de Boris Vian comme roman Champêtre de l’Apocalypse agricole (2)

 

(On croit souvent… relisez le chapitre précédent… je ne répète jamais deux fois la même chose…)

 

Lexique réel et imaginaire

Peu à peu, mais à force de relectures on va vers l’essentiel, vers le plus vrai, c'est-à-dire l’imaginaire.

J’aurais dû être plus sensible à certains aspects, par exemple l’énumération des plantes : les « essences variées », (Vian parle dans un autre texte du « carburant national », ce n’est pas très sérieux et c’est justement ce qui donne un caractère tragique au roman : la vie et la mort ne sont pas sérieuses…) les « calaïos », « les rêvioles », les « garillas », les « araucarias », les « sirtes », les « mayanges bleues », les « bécabungas », les « cannaïs », les « sensiaires », on est ahuris devant cette tentative d’épuisement d’un jardin à la fois horizontal et vertical, et tout ça avec une violence jamais atteinte par aucun autre auteur, (« Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » c’est de Georges Pérec, épuisement d’un lieu urbain, la Place Saint Sulpice, et la rue des Canettes », tentative pour tout dire, alors ce n’est jamais fini… limites du réalisme...)

Violence et souffrance dans « l’Arrache Cœur »

Violence donc, j’ai dit, « des arbres multiples crevaient le sol de leurs troncs rugueux ». (p.40). Partout les plantes « rampent au sol », « se glissent », se « terrent »… Lexique du combat… Les plantes sont une menace. Il n’y a pas d’épuisement possible à cette nature sauvage, au fur et à mesure qu’on cherche, on trouve du nouveau, qu’on n’avait d’abord pas vu… Ainsi, « à la place du soleil, il y avait une flamme creuse à contours carrés ».

Rien ne tourne rond, rien n’est stable, le monde matériel est insaisissable…

Deux explications (mais expliquer, c’est développer à perpétuité…) dominent, il me semble : la critique des deux religions, en permanence dans les livres de Vian : la plus ancienne, le Christianisme, la plus récente : la Psychanalyse.

Aucune n’arrive à rien, aucune n’améliore rien, parce qu’elles bornent le paysage matériel aussi bien que le paysage mental. On pourrait dire que dans l’Arrache Cœur, le Christianisme emplit l’homme de contrevérités et que la psychanalyse le vide de toute espérance comme on le voit avec les paysans du village d’une part, puis avec Jacquemort d’autre part.

Cette critique de la psychanalyse était déjà très présente dans « L’Ecume des Jours » avec les rassemblements intempestifs pour les conférences de Jean Sol Partre.

Paysage matériel

La maison sur la falaise, si difficile d’accès, quelle idée ont eue ces bâtisseurs cruels ?

Où se passent des événements d’une infinie brutalité !

Et le village, tellement sadique, naturellement sadique, peuplé d’abrutis définitifs.

Irréparables !

La maison est à la limite de la mer et de la terre. On voit tout de suite que la mer est la mère. Voisinage de Jean Rostand, à Ville d’Avray ? Le savant solitaire qui fit des découvertes que la communauté mondiale des savants, idiots de service au profit du plus injuste des capitalismes… ignora toujours, je pense à Lyssenko, que personne n’avait guère contredit, à propos de la transmission des caractères acquis… c’était une théorie reposante, confortable.

Or, Vian est excitant, il ne connaît pas le repos, il ne connaît pas le confort, il donne envie d’aller plus loin, toujours, et d’aller vers la mort. Lui qui mourut et fut inhumé un jour de grève des croque-morts. Il gît dans une « tombe anonyme, qui fait un creux, comparée aux riches habitants du crû. Une peinture sur support en tôle représente son visage. (Elle me semble être due à Félix Labysse, son ami, peut-être à lui-même… ?)

Frontalier du Néant

Pour Vian, et spécialement dans l’Arrache Cœur, on ne peut rien délimiter, rien cerner, et d’ailleurs comme chez Céline : pas d’enracinement possible… malgré l’intérêt de cette notion inventée par Simone Weil (la vraie !). « Une circonférence dont le centre est nulle part », Céline et Vian sont « frontaliers du néant ».

Rostand (Jean) habitait à côté et il aurait pu se rendre célèbre en inventant la bombe atomique, mais il a préféré réfuter les théories de Lyssenko sur la « transmission des caractères acquis ».

Les Rostand avaient pris l’habitude de se marier avec leur cousine germaine, avec une autorisation, qui leur était accordée par le président de la République. On sait que la consanguinité accentue les caractères dominants. Vous mariez deux crétins vous les laissez en liberté, et vous obtenez un super crétin !  Est-ce bien nécessaire ? C’est ce qui se passe en 2013…

Vous faites se reproduire deux génies de l’espèce humaine, vous obtenez un super génie supérieurement génial ! (Très rare en 2013, c’est la fin du monde et le développement du règne animal et végétal !)

En plus, vous pourriez obtenir des humanistes vrais !

Boris Vian avait été « adopté » par Jean Rostand.

Vian savait que la mer était indispensable dans son paysage. La mer et la mère. Il savait aussi que, comme on dit de l’océan, la « mère est mauvaise ». Et pourtant indispensable, si l’on tient absolument à naître.

Le père était plus utilitaire mais tout aussi indispensable !

Il était opposé à l’acquisition de l’argent. C’était un principe !

Deux Sex Toys géants !!!

Et j’en viens à l’Homme de mer, qui est utilisé pour l’entraînement des douaniers.

L’Hömme de Terre ne sert apparemment à rien, sauf que, après son accouchement, Clémentine grimpe allègrement sur ce Sex Toy géant, jusqu’à ce qu’elle soit mouillée entre les cuisses.

Elle tient en effet son ex, Angel, en respect avec un revolver.

Des animaux domestiques muets

Les animaux sont muets comme le Bébert de Céline, expliqué par Frédéric Vitoux.

Mais ça bouillonne à l’intérieur.

Ils comprennent davantage de choses que les hommes ?

Mais ils subissent le même sort que les hommes, sont soumis au même régime, la prison et les autorisations de sortie, la peine de mort devenue cannibale.

Un chat noir croisé sur le chemin du village, une chèvre qui fait de l’auto-stop ainsi qu’un cochon qui se livre à la même activité.

Les animaux ne sont pas libres, ils peuvent être punis, selon les rituels de la civilisation chrétienne : Le cheval est crucifié !

Vian décrit une civilisation concentrationnaire, il anticipe la nôtre. Ce sont des prophéties que je trouve céliniennes.

Retour aux signes graphiques.

L’accent circonflexe est un signe abondamment utilisé par Boris.

Mais le tréma est plus curieux encore, puisque le belge (les meilleurs Français sont belges) Grévisse, nous signale, dans « Le Bon usage », que dans la langue bretonne, il est inconnu !

Or, il y a quantité de noms propres qui comportent ce signe supposé rural et celte.

De toute façon, lors de la prochaine leçon (n°3) nous aborderons la question des personnages, masculins et féminins, ainsi que d’autres problèmes essentiels posés par l’évocation rurale de Boris Vian !

Raison de plus pour ne pas manquer le prochain épisode.

D’ailleurs nous prendrons les noms des absents, nous avons bien éliminé les vicieux et les violents, nous éliminerons aussi facilement les absents.

Nous fusillerons tous les absents !

Tous !

Et sans jugement !

Pourquoi on se gênerait ?

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