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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 08:33

L’Arrache Cœur considéré comme la solution finale du problème paysan et de la sociabilité rurale.

La haine de l’arbre, et le goût pour ce qui rapporte de l’argent. (9)

Mais les enfants sauveront peut-être le monde, ils constituent un univers complètement à part. Il s’agit, bien sûr, des enfants mis en cage, qui sont les privilégiés de cet univers carcéral.

Les deux classes d’enfants : les misérables et les privilégiés.

Les misérables

Ce sont évidemment les Apprentis, qui sont torturés pour le plaisir des adultes, autant que pour leur utilité.

Leur espérance de vie ne dépasse guère une quinzaine d’années. D’où viennent-ils ? On ne leur connaît aucune famille, ni père ni mère. Ils sont les enfants du Travail. On sait que Vian maudissait le travail, et qu'il fut obligé de travailler comme un bagnard.

Il se livra d'abord aux traduction des "Mémoires" du général Bradley, lui l'antimilitariste!

Mais on doit admettre qu'il ne considérait pas la création artistique comme un travail. Il a dû être découragé par les 150 exemplaires de l'Arrache Coeur, vendus lors de la première édition.

Mais la postérité l'a vengé et dès l'année qui a suivi sa mort, ses livres se sont vendus par millions d'exemplaires, dans tous les milieux sociaux.

Les privilégiés

Ce sont les enfants de Clémentine, tellement choyés, tellement protégés, qu’ils en sont étouffés et ils réagissent. Par une imagination débridée qui leur fait changer le monde. Ils sont capables de sortir des cages par des moyens purement magiques. Et ils comprennent des notions qui échappent aux adultes.

 Influencé peut-être par Lewis Carroll comme le cite un commentateur de l’Arrache-Cœur, citant Richard Hughes dans « Un cyclone à la Jamaïque » :

« Les enfants sont des êtres humains, mais les bébés naturellement, ne sont pas des hommes, ce sont des animaux qui ont une culture très ancienne, très ramifiée… on ne peut pas plus penser comme un bébé que penser comme une abeille.»

Les créatures magiques des Salopiots

Ils ont des occupations qui leur permettent de franchir les murs. Les bébés sont les « Passe-murailles » de l’avenir ! Ils échappent au temps, ainsi que le montre ce dialogue avec Jacquemort :

« -…et ils s’amusent, demanda Joël, les garçons du village ?

« -Ils jouent ensemble quand c’est l’heure de jouer. Mais ils travaillent surtout, sans ça on les battrait…

« - Nous, dit Citroën, on joue tout le temps ensemble… »

Pas d’emploi du temps, donc. Mais il y a les « maliettes », qui permettent de voler au-delà des « murs de rien ». Citroën, le plus rusé, pose carrément la question-clé à Jacquemort :

« - Est-ce qu’on fait autre chose que de se battre, dans le village ?...

« - Ma foi, non dit Jacquemort, en somme… vous n’avez pas envie de sortir ?

« - Pas du tout, dit Citroën, on est déjà dehors. Et puis on ne se bat pas. On a autre chose à faire… »

L’avenir est aux bébés

Ces bébés sont de grands raisonneurs et de fieffés observateurs :

« - C’est comme si le jardin, c’était notre œil, et si c’était ça, c’étaient les paupières…

« - Oui, dit Citroën, c’est sûrement ça. Elle a fait construire un mur de rien pour qu’on ne puisse pas avoir envie de sortir du jardin…

« - Mais dit Noël, il n’y a rien d’autre, il n’y a plus que le ciel ?

« - Ca nous suffit, dit Citroën…

 Et puis les bébés « volent très vite », au ras du sol. Ils prennent conscience de l’absence du dernier pan de mur. C’est toujours Citroën qui comprend le plus vite :

« - De toute façon on s’amuse mieux avec les oiseaux… »

Et puis peu à peu les cages ne sont plus qu’un souvenir. Les bébés ont appris à voler. Du coup, il y a « trois lunes jaunes », une pour chacun, « trois ours apprivoisés. »

La tragédie de la vie adulte s’achève dans la magie de la toute première enfance. Et cela justifie la présence de tous ces animaux dans l’œuvre de Vian : la souris de « l’Ecume des jours », le chien-sénateur de « l’Herbe Rouge »  ou le chat noir du blues.

Peut-on dire pour autant que « l’Arrache-Cœur » est un roman optimiste ?

On peut finir par la phrase fameuse, attribuée à Boris Vian : « l’humour est bien la politesse du désespoir ».

Et sur le souvenir amer qu’a laissé dans le cœur de Vian, la maison des vacances de Landemer, à l’ouest de Cherbourg. Vian en avait une nostalgie telle qu’il n’osa jamais y revenir.

Et la maison de Landemer n’a jamais été réparée depuis les bombardements du 6 juin 1944. Elle a continué de s’affaisser pour rejoindre d’année en année le paysage environnant.

Une maison morte, qui ne revit que dans l’Arrache Cœur, dont l’appellation trouve ici son sens.

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