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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:38

 

Grand ami de l’animateur culturel Laurent Ruquier, le Pierre Dumayet du petit écran d’aujourd’hui, Moi-Onfray, philosophe pour caméras et micros, paradait une fois de plus, samedi dernier, dans l’émission « On n’est pas couché », devant un parterre de chroniqueurs comme il faut, et surtout comme il les aime, admiratifs, à l’érudition et au sens critique avoisinant, dans les moments d’intense réflexion, ceux d’une limande-sole.

Evoquant, non sans raison, l’influence que l’œuvre et le comportement de Jean-Paul Sartre exercent encore de nos jours sur certains beaux esprits, Moi-Onfray livre alors quelques titres de publications diverses où ces derniers s’expriment. Et quelle n’est pas notre surprise de l’entendre soudainement déclarer, avec cet aplomb qui ne le quitte jamais : « Le Monde libertaire est resté un journal sartrien. »

On savait déjà Moi-Onfray, au risque d’entacher quelque peu la perfection dont il se pare, capable de proférer d’invraisemblables stupidités. Les bons connaisseurs de Proudhon, de Bakounine ou de l’Espagne libertaire n’ont jamais manqué de travail lorsqu’il s’agit de les répertorier. Le ton péremptoire avec lequel il les assène suffit simplement à impressionner les naïfs et les ignorants. Mais Moi-Onfray a manifestement choisi, vis-à-vis du mouvement anarchiste, de certains de ses militants et de ses moyens d’expression, de passer à une autre étape, qu’on pourrait d’ailleurs aisément qualifier de sartrienne : celle du mépris, du ragot ou de la calomnie.

Son dernier livre, consacré à Albert Camus, reste à cet égard édifiant. Après y avoir traité le mouvement libertaire d’hier avec dédain et condescendance, Moi-Onfray eût sans doute apprécié que celui d’aujourd’hui s’exclame « encore ! encore ! », réclamant de Sa Majesté davantage de crachats et d’arrogance. Mais voilà, Le Monde libertaire, tournant le dos à la seule attitude que le Maître tolère, l’idolâtrie béate, a pris d’heureuses distances avec l’ouvrage de Moi-Onfray, abandonnant à des Franz-Olivier Giesbert et des Laurent Ruquier le bonheur de le considérer comme un chef-d’œuvre. Le philosophe du samedi soir n’a pas aimé…

Chacun pourra aisément vérifier, bien sûr, combien la déclaration de Moi-Onfray, ce soir-là, atteint des sommets de connerie épaisse. Il suffit pour cela de se reporter à ce qui a pu paraître dans le journal de la Fédération anarchiste au sujet de Camus, d’un côté, et de Sartre, de l’autre, notamment dans la période où Camus fut violemment attaqué et calomnié après la parution de L’Homme révolté. On consultera avec profit, également, l’article paru dans Le Monde libertaire à l’occasion de la disparition de Jean-Paul Sartre, sous la plume de Maurice Joyeux, qui souligne clairement toute l’antipathie que ce journal et ses rédacteurs éprouvaient envers ce philosophe et ses écrits. Faut-il rappeler, par ailleurs, que si Camus collabora régulièrement à la presse libertaire, Sartre n’y écrivit jamais une seule ligne ?

Mais plus encore peut-être que l’énormité de sa petite phrase minable, c’est le lieu choisi pour en faire état qui laisse pantois. Choisir la télévision et l’une de ses émissions-poubelles pour régler ses comptes avec un journal militant coupable de ne pas l’admirer sottement n’est guère à l’honneur d’un intellectuel qui se veut l’héritier de Camus. C’est indigne. C’est de l’Onfray.

J’en ai la nausée…

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commentaires

Clovis Simard 10/10/2012 04:07

Voir mon blog(fermaton.over-blog.com)No.9- THÉORÈME SARTRE. - La liberté proposée ?