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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:20

L’expression « traversée du désert » était utilisée il y a... quarante ans, pour les hommes politiques qui ne parvenaient pas à retrouver leur ancienne notoriété. Rarement ils traversaient le désert à dos de chameau, mais l’expression était belle et faisait rêver d’un De Gaulle à cheval sur un chameau ou un dromadaire !

Aujourd’hui, la formule a été banalisée pour plusieurs activités dont la principale est le « désert médical » et, secondairement, le « désert culturel. »

Commençons par la première et, peut-être la plus essentielle. Le désert médical existe bel et bien, avec ou sans chameau, et j’en ai fait l’expérience. Il est désormais quasi impossible de trouver un « médecin référent » (une innovation, qui permet au moins de remplir les urgences pour de très petits bobos, amplifiés par la médicalisation à outrance des médias : une griffure de mouche, une morsure de ver luisant, et voici des « maladies orphelines », une épidémie chez les chauves souris, qui ne frappe qu’une seule de ces chiroptères !). Quand un médecin généraliste part en retraite, il faut partir vite au cimetière, attention les places sont rares même à la campagne. L’aventure m’est arrivée, comme elle a dû arriver à beaucoup de patients potentiels dans la Région Centre, qui paraît pourtant facile d’accès. Où va-t-on disperser mes cendres, quand le jour sera venu ? Là est la question ! Il ne fallait pas naître, ce que Sophocle avait déjà conseillé en 500 avant Jésus Christ. Mais on n’écoute plus les vieux.

Erreur !... Le généraliste, que l’on appelait encore il y a peu « médecin de famille » est un oiseau rare, qui est indispensable à l’accès au médecin spécialiste, dans les dix mois qui viennent, durée nécessaire à l’obtention d’un Rendez-Vous : le désert médical est vaste ! En outre, je n’ai rien contre les médecins du quart monde, mais il est moins facile de comprendre un homme de l’art, qui ne connaît la langue française que de façon très approximative. Bien sûr, je suis antiraciste, comme tout le monde, mais l’obstacle de la langue est là.

Et quand on habite Châteauroux, c’est mon cas, il est plus facile d’obtenir un Rendez Vous dans la région Ile de France, et surtout plus rapidement. Ainsi la mortalité par cancer, sur laquelle nos élites comptent pour améliorer la démographie, est-elle plus importante dans le Berry. Car la Sécurité Sociale ne rembourse plus intégralement dès qu’on sort des limites de sa Région. Et beaucoup se résignent à se laisser soigner, je devrais dire mourir, sur place, pour des raisons affectives que je peux comprendre. Pourtant, sauf incident, la ville de Châteauroux est desservie par une ligne de chemin de fer importante (Paris-Toulouse) et l’autoroute A 10 puis A71 et pour finir l’autoroute gratuite, A20, à partir de Vierzon. C’est donc un désert bien équipé en voies de communication. Les Centres hospitaliers spécialisés dans les traitements des cancers n’existent pas en Région Centre. Il faut aller à la capitale, ou à Clermont-Ferrand, pour bénéficier des soins comparables à ceux de l’Institut Curie, Villejuif et Saint Cloud.

Je ne mets pas en cause la valeur des praticiens, qui va de « nul » à « très intéressé par l’argent » (certains dépassent allègrement les honoraires). Mais je constate qu’ils répugnent à s’installer ailleurs que dans la région Ile de France et sur les bords de la « Grande Bleue ». Pourtant il y a longtemps que les paysans berrichons ne sortent plus la fourche dès qu’ils aperçoivent un « étranger ». D’ailleurs ils n’ont plus de fourches mais des équipements sophistiqués qu’ils commencent à télécommander, sans avoir à se salir les mains. Pourtant, ils se les lavent, ces cochons, ce qui prouve qu’ils ne sont pas anti-arabes, et utilisent de nombreux « traitements » de Mr Monsanto (je parle des céréaliers, et non des petits éleveurs voués à la prolétarisation).

Les céréaliers commencent à travailler directement sur ordinateur. L’agriculteur effectue donc un télétravail ! Ce qui lui évite de constater les erreurs dans les prédictions météorologiques.  La Terre ? Il ne connaît plus. Les villages sont peuplés de chômeurs vagues, qui n’ont plus de bistrots, qui ne se connaissent pas et sont donc incités à devenir alcooliques sur place. C’est un nouveau métier pour les nouveaux ruraux.

Alors en fin de journée la population est un peu chargée !

Je sens que je me fais des amis dans le monde paysan mais je peux me permettre d’ajouter que j’ai participé aux moissons jusqu’à l’âge de 43 ans ! Car la pénibilité avait ses compensations… Ah ! c’était agréable d’admirer les faneuses par en dessous, comme dans « Entracte », le ballet de René Clair ! C’était agréable de boire un petit verre quand on avait manipulé des sacs de 100 kilos ! D’ailleurs, les travailleurs agricoles chantaient en travaillant !

Observons maintenant la transition avec le désert culturel !

Il peut être admiré lors des nombreuses émissions consacrées à la gastronomie, en compagnie de Julie Andrieu, je prends l’exemple au hasard. Le cas de Julie me paraît moins grave, à cause de son côté anthropologique, populaire souvent, que celui des Grands Chefs étoilés

Ces Chefs étoilés ne vivent pas à la belle étoile. Ils sont spécialisés dans l’appréciation des sens et des saveurs en particulier, alors que 2 à 3 milliards d’êtres humains continuent de crever de faim dans des favelas, qu’ils n’ont pas même le courage de balayer ! Et qui ne passent jamais l’aspirateur ! Ah ! les salauds de pauvres !

Et toutes ces adorables créatures qui écrivent ! Tout individu invité à la télévision à une heure de grande écoute arrive, la face modeste, un peu gêné, mais c’est bien différent vu de l’arrière : il dissimule un livre, de sa dernière cuvée (ou couvée, l’un ou l’autre se dit ou se disent ainsi que le rapporta Vaugelas sur son lit de mort !). Il l’a souvent fait rédiger par un « nègre », pas celui de votre enfance qui riait aux éclats sur les boîtes de Banania !... Souvent, le nègre n’est même pas noir !

Et il glisse des peaux de banane sous les pieds du génie qu’il est supposé porter au Pinacle. C’est ce qui est arrivé à BHL, auteur d’une « Vie sexuelle d’Emmanuel Kant » qui a développé sa conception du Botulisme, élaborée par Jean Baptiste Botul et qu’il a présentée Rue d’Ulm, mystifiant une Directrice de cette prestigieuse Ecole !!!

Mais il y a pire encore, dans la décadence culturelle du livre, avec les auteurs régionaux, locaux, cantonaux… qui sont les cantonniers sur la voie triomphale du succès départemental !

Rien à dire de méchant sur ceux qui, humblement, s’adonnent aux « travaux ennuyeux et faciles… ». Ils contribuent à faire connaître les anonymes qui l’ont mérité.

Mais dès lors qu’ils montent sur leurs grands chevaux, qu’ils ont des prétentions littéraires panthéoniques, au niveau national, ils font frémir les populations vraiment cultivées, et l’on est en droit de s’interroger sur la dégradation du langage.

Ce texte est rédigé sur un mode plaisant, je l’espère, mais il contient des vérités graves.

(parution dans "Révolution prolétarienne". Directeur Jean Moreau. Siège social: 26, rue des Rosiers 75004 Paris)

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