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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 09:19

Quand une certaine droite se plaint, non sans raison, des préjugés dont elle est victime, ne commet-elle pas la même erreur à l’égard des musulmans, forcément barbus, fatalement égorgeurs et ontologiquement barbares ?

Les préjugés, c’est bien connu, sont toujours le fait des autres. Ce qui frappe surtout, c’est que soutenir qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre le musulman moyen et les criminels salafistes revient à donner raison à ces derniers puisqu’ils affirment parler au nom de l’islam, alors même qu’ils passent le plus clair de leur temps à égorger, décapiter et massacrer des musulmans. Péguy disait qu’« une mauvaise idée toute faite est infiniment plus pernicieuse comme toute faite que comme mauvaise ». J’ajouterai que l’essentialisme est, avec l’anachronisme, l’irrésistible penchant des pensées faibles. Mais il ne faut pas en vouloir aux imbéciles, puisque c’est souvent leur bêtise qui les aide à vivre. S’ils accédaient aux rives de l’intelligence, l’air pur les étoufferait.

 

À user et abuser des clichés, on arrive aux tabous, vocable qui relève du religieux. Du coup, on ne peut plus rien dire… Mais peut-être est-ce là une autre forme de cliché ?

C’est surtout le tabou qui est de nos jours devenu un cliché, alors qu’il ne devrait désigner que les codes de bien-pensance imposés par l’idéologie dominante, c’est-à-dire la pensée unique. On voit tous les jours des écrivains, des intellectuels, des artistes, des vedettes du show-business qui se font gloire de « briser des tabous » (en se moquant de la famille, en critiquant l’Église, en exhibant leurs organes sexuels, etc.), alors qu’ils n’enfoncent que des portes ouvertes et ne s’exposent qu’à des sourires complices. Nous ne sommes plus à l’époque où l’on poursuivait en justice Les Fleurs du mal ou Madame Bovary ! Se souvenir de cette époque n’est cependant pas inutile. Cela nous rappelle qu’aujourd’hui comme hier, les vrais tabous se reconnaissent à ce que ceux qui les violent se retrouvent devant les tribunaux.

 

Extrait de : Entretien avec Alain de Benoist


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