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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 08:56

 

Autrefois, et là je fais de l’obsolescence, les armes portaient des noms humains. Par exemple, beaucoup de soldats français succombèrent aux charmes de la grosse Bertha. Elle expédiait ses messages d’amour avec des projectiles en ferraille, ce qui était solide. La Madelon, à côté, c’était une misérable pimbêche, que l’on prenait par la taille ou le menton, ce qui était assez réducteur dans le langage amoureux.

Alors que Bertha était une super nana, une vraie gonzesse, une meuf pour résumer. Ou un canon ! En tout cas, une tombeuse !

Et, à ce propos je me suis étonné que les plus hautes autorités aient fêté l’anniversaire d’Oradour sur Glane au début du mois de septembre, alors que, tout le monde le sait, l’événement eut lieu le 10 juin 1944. Ce fut d’ailleurs une très belle journée, propice aux événements guerriers les plus nobles, puisque ce jour-là, à la Ferté Saint Aubin, (45, mais on persistait à dire : Loiret), les Boches fusillèrent à peine une centaine de maquisards, suite à une dénonciation d’un étudiant polytechnicien, infiltré dans un réseau de résistance !

Et, à Issoudun, des patriotes avaient érigé un mât sur la place du marché, le même 10 juin 1944. Ils s’imaginaient que les Alliés marchaient plus vite et ils avaient estimé que le parcours entre la Normandie et le Berry pouvait s’effectuer au pas de charge ! Alors, dès qu’ils voyaient un Boche, ils tiraient dans le tas (les Boches étaient tous gros, ce qui constitue une erreur stratégique, car ils constituaient des cibles plus faciles à repérer.)

Toujours est-il que les Issoldunois avaient choisi un grimpeur qui commençait à hisser le drapeau tricolore sur un genre de mât de cocagne, et qui touchait presque au but, quand il fut dégommé lâchement par une patrouille de Boches sournois, qui le firent tomber exactement sur une petite fille qui passait par là. Résultat : le héros grimpeur dut être amputé d’une jambe, et la fillette demeura paralysée et ne se déplaça plus que dans une petite voiture.

Elle mourut en 1977, comme nous le rappelle notre ami Pierre Valentin Berthier dans le livre consacré à Issoudun sous l’Occupation

Si bien que nous eûmes la chance de disposer d’exemples encore vivants de la barbarie allemande, avec ce héros amputé d’une jambe, et cette fille qu’on poussait les jours de liesse patriotique, dans son fauteuil roulant.

A peu près vers les mêmes jours, à la ferme de Malassis, près de Reuilly, un patriote éprouva l’irrépressible besoin d’abattre un Boche. Pour lui voler son vélo !

Bien fait pour sa gueule ! Malheureusement le tireur était un rescapé de la guerre d’Espagne et donc tabou pour les anarchistes. Les gens du peuple, eux, réclamaient justice, en disant : « un ch’tit espagnol ». Ils n’avaient pas de conscience politique ! Ils ne savaient pas que les espingouins (ils les appelaient ainsi) étaient TOUS des héros !

Je reviens à Oradour sur Glane. La réfection d’un Mémorial a nécessité la révision de la biographie de toutes les victimes.

Il s’est avéré très vite que la moitié des barbares nazis étaient des « Malgré Eux », ou « Malgré Nous » Des Alsaciens, donc.

Attention, on m’a souvent écrit sur ce sujet ! Mais j’ai la réponse : moi aussi, durant la dure campagne de Sologne, j’étais un « malgré moi ».

On avait le droit de jouer un anglais dans Thierry la Fronde, feuilleton télé qui marchait fort en 1964. Ensuite, affecté au ministère de l’Air, pas loin de la Porte de Versailles, j’étais dispensé de la tenue militaire…

Je reviens au pauvre maire d’Oradour sur Glane, un certain Mr. Désourteaux, dont le véhicule était devenu emblématique, et qui avait été élevé au rang de « martyr de la barbarie boche ».

On racontait pourtant qu’il était Membre de la Légion des Volontaires Français.

On racontait même qu’il criait : « Pas moi, je suis pétainiste… »

Ainsi était-il passé du statut de martyr à celui de collaborateur ! Et probablement faut-il voir en lui le symbole de beaucoup de familles d’Oradour….

Ma conclusion ?

Je l’emprunte à François Cavanna : Les Morts ont encore perdu la guerre !

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