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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 09:51

J’ai longtemps été favorable à la suppression de la peine de mort, que je considérais comme une imposture et une cruauté dont l’humanité pouvait se passer.

J’ai changé, car c’est le mot « peine » qui ne me convient pas. Infliger la mort sans douleurs, on le fait bien pour les animaux malades ou pour ceux qui relèvent d’une bonne psychanalyse !

Mais, en général, le public aime assister au supplice, ce qui signifie qu’il massacre par procuration. Expliquons-nous !

Je suis contre la torture, la douleur infligée consciemment, y compris pour les pires assassins. J’entends par « pires assassins » les chefs d’état responsables de vrais grands massacres : guerre de 14-18, guerre de 39-45, et autres broutilles coloniales. Je n’oublie pas les guillotinés de 1793 et de 1815, la Saint Barthélémy, j’en passe et des meilleures ! Le sang qui coule avec suffisamment d’abondance ou qui subsiste « en flaques molles » (Céline, « Voyage au bout de la nuit »).

Mais tout de même il y a de quoi satisfaire, durant ces moments trop brefs, des petites imaginations comme celle de Mr Robert Badinter ! Et puis après, Mr Badinter éprouve de la pitié. C’est agréable, la pitié, on a l’impression qu’on est foncièrement bon.

Mais si on éprouve vraiment l’envie de voir disparaître un être humain, c’est une maigre vengeance. Alors on supprime la peine de mort, on la remplace par la peine de vie, qui dure infiniment plus longtemps, surtout si le condamné est jeune.

Il passera toute sa vie en des lieux nettement plus étroits, surveillé plus mollement qu’autrefois, car le gardiennage aujourd’hui n’inspire plus guère la torture comme autrefois dans nos colonies. Mais on pourra savourer le temps de la vengeance, seconde par seconde. Durant 22 ans ! Après on aura le droit de demander une libération conditionnelle, qu’on n’obtiendra qu’un ou deux ans plus tard.

Je crois que le lecteur mesure toute la perversité de la peine de vie ou de la peine de mort.

Car il existe une troisième solution, toute simple. Il s’agit de conduire le condamné chez le vétérinaire, qui procèdera comme pour les autres animaux ! Anesthésie puis curare.

Mais le criminel ne souffrira pas et c’est ce qui indispose les responsables politiques et une partie du public : il faut les faire souffrir, ces salauds, qui sont pourtant nos frères ! Les prendre pour modèles. On assassinera ainsi par procuration !

A mon avis, la surpopulation est considérable sur cette planète ! Les pauvres bouffent le pain des riches ! Ca ne peut plus durer ! L’anthropologue Claude Lévi-Strauss, revenant sur son  ouvrage majeur : « Tristes Tropiques », constate qu’à l’époque où il écrivait son livre, la planète ne comportait qu’un milliard d’êtres humains. Nous en sommes à sept milliards. Il est temps que ça cesse. Il faut en sacrifier 6 milliards !

Il suffira d’autoriser les amateurs à donner la mort à ceux dont la gueule ne leur revient pas et vous verrez. A la fin, sur leur lancée, il faudra les arrêter.

Si toutefois, c’est bien nécessaire.

Ce qui me paraît le plus intéressant, dans les châtiments des coupables, c’est qu’ils ne sont jamais complètement coupables. Voyez comme on aime les faire souffrir ! Imaginons la vie quotidienne d’un assassin. Il est mieux chauffé, mieux nourri que dans un camp de déportation nazi. Il a même le droit de s’acheter un ventilateur en période de canicule ! Quelle bonté d’âme manifestons-nous envers l’auteur d’un « horrible crime » ! Y aurait-il des crimes honorables, agréables pour les victimes ?  Les séries télévisées consacrées aux criminels sont de plus en plus nombreuses. Le public adore les « tueurs en séries » dont il fait ses héros.

Ils permettent d’oublier des informations plus essentielles. On pourrait imaginer une « Météo du crime », associer ces deux types de prédictions, avec une belle nana, ou un beau mec, qui nous feraient des prévisions à long terme. Je prends un exemple :

« Demain, dans un large quart Nord Ouest, Météo France prévoit cinq crimes crapuleux ». Ou encore : « Grosse chaleur au Moyen Orient, on prévoit une trentaine de morts ». Je ne doute pas que cela développerait le tourisme ! Et qu’on oublierait un peu le chômage et la misère !

Le public aime beaucoup moins chercher à comprendre les causes des crimes. Il aime le sang et la peine. Pour les autres, de préférence. Comme autrefois on aimait les sacrifices humains ! Elie Faure, Historien de l’art, raconte que dans les temples des Incas, on pataugeait dans le sang jusqu’aux genoux. Au nom d’un Dieu gourmand d’une alimentation carnée.

Certes, le sacrifice dans les prisons actuelles en France, est plus abstrait. On souffre avec discrétion, mais imagine-t-on le détenu qui compte les jours, les heures, les secondes ? Et je ne parle pas des gangs qui mettent un peu d’ambiance !

Sinon, ils s’ennuieraient, les détenus. Il faut être toujours aux aguets, car l’homme enfermé devient souvent méchant. Je finirai par cette phrase de Louis Lecoin, parue dans le journal « Défense de l’homme », en 1948. Lecoin était un connaisseur, puisqu’il avait totalisé 13 ans de prison, dans sa vie, pour refus de porter les armes. Voici ce qu’il écrivait :

« Pas un de vous ne souhaiterait l’emprisonnement même de son pire ennemi s’il se doutait de la profonde détresse qui accable l’homme en prison »

 Il y avait chez l’admirable Louis Lecoin, une certaine candeur ! Car beaucoup d’hommes, surtout en période de crise organisée contre les pauvres, comme en 2013, souhaitent voir souffrir les autres.

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