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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 09:37

L’homme, un petit râblé, le visage caché par une cagoule, se saisit de sa hache, et asséna avec une précision diabolique, l’outil à fendre le bois sur le sommet du crâne de la femme, qui se fendit exactement dans le sens de la longueur. En deux parties parfaitement identiques.

 Ensuite il s’adressa en ces termes à un grand type qui lui avait demandé de faire le travail :

« - Ca ira comme ça ?… Vous aviez une femme, et maintenant vous en avez deux…d’ailleurs on dit couramment « des fendues… ».

L’homme répondit :

« -Elle me répétait toujours, je suis ta moitié, et maintenant c’est vrai…et me voilà avec deux femmes…je suis bigame, comme disent les arabes…mon ouvrier pourra plus se moquer de moi… »

 La scène se déroulait sous un hangar à paille, on était au cœur de l’été, alors le petit râblé arracha  la cagoule, d’ailleurs il l’avait mise pour le principe. A cette heure matinale personne ne passait dans la région de Brion et l’endroit avait connu un crime autrement intéressant vers 1796.

D’ailleurs il ne s’agissait nullement d’un crime, mais plutôt d’un miracle : la multiplication des femmes.

 Alors l’homme précisa :

 « -Ne vous laissez pas impressionner par le sang, c’est une manie chez les fumelles, elles ont l’habitude : une fois par mois…elles cicatrisent très bien à chaque fois… »

 « -Ce qui me plaît chez vous, Gaston, c’est la finesse du coup et le sang froid que vous manifestez ensuite…je sais que vous vous êtes entraîné avec les cochons, mais là c’est un peu différent !...la femme, c’est plus facile, elle se déplace sur deux pattes, elle ne grogne pas…mais c’est plus haut…Vous ne vous êtes pas fait mal, au moins, je vois une goutte de sang sur votre avant bras… »

 « Venez on va s’envoyer un bon coup de gnôle…c’est la tradition…après l’effort, le réconfort…c’est de la poésie ce qu’on vient de faire ! »

 Alors ils sortirent chacun une bouteille de la poche de leurs grands manteaux en peau de buffle du Brionnais, et ils en absorbèrent un demi-litre, car le soleil était tout juste levé et il leur resterait encore du travail pour la journée.

 Mais trois litres chacun ça suffirait.

 Puis les deux hommes prirent la route du fameux Signal de Brion, altitude 223 mètres au-dessus du niveau de la mer.

 Mais on voit pas la mer.

Certains prétendent qu’on aperçoit le Massif du Sancy, d’autres le Mont Blanc, et enfin les mieux soignés par les ophtalmos berrichons ont cru voir les sommets de l’Himalaya !

 Toujours est-il que nos deux hommes, rudes et volontaires, réfléchissaient à la possibilité de continuer ce polar typiquement berrichon. Ils disposaient déjà du paysage et des protagonistes. Rappelons leurs noms : Gaston, l’homme à la hache, qui ne se déplaçait jamais sans son instrument de travail, et Bébert, le principal client du suspect.

 Suspect, c’est une façon de parler, car soudain, Gaston prit la parole :

« -Nous avons commis une erreur…

-Comment ça ?...

-Nous avons commencé par la fin !...dit Bébert qui n’avait guère d’imagination…

Heureusement, Gaston fit tourner sept fois son béret sur son crâne chauve (il était très catholique et la tonsure avait fini par gagner la totalité du cuir chevelu). Ce détail n’est pas indispensable pour la suite de l’histoire, inutile donc de vous encombrer le cerveau avec des choses inutiles, ce livre va exiger de vous déjà pas mal d’efforts cérébraux ! Nous préférons prévenir les parents, ceux que leurs enfants n’ont pas encore envoyés à l’hôpital, qu’il vaut mieux interdire notre roman aux moins de trois ans, âge auquel on commence à savoir se servir d’une hache dans la région de Brion.

 Or Gaston, après avoir tripoté son béret une huitième fois, déclara, tout de go :

« -Le polar, ils n’auront qu’à commencer à le lire par la fin !...les arabes lisent bien de droite à gauche, non ?...

-Tu reviens toujours à ton racisme anti arabe !...eh bien on apprendra l’arabe aux enfants des écoles puisqu’ils n’apprennent plus rien, de toute façon… et surtout pas le français… »

  Mais Bébert n’était pas satisfait de la réponse et Gaston s’en aperçut, car ces vieux paysans matois, rusés, et même un tantinet filous, ont l’œil perçant des gars à qui on ne la fait pas. Ce phénomène est dû à l’habitude ancestrale qui se transmet depuis des siècles, de surveiller les bornes de leurs champs…ils lisent dans les yeux jusqu’au tréfonds de leur cerveau, parfois même plus loin, jusque vers l’estomac et même l’intestin grêle !!!

 Ah les lascars ! Rien n’égale les lascars de nos régions, et spécialement ceux de Brion !

Gaston fit donc l’objection suivante :

« Mais enfin Bébert, je ne dis pas que tu es bête…mais là, tu oublies un détail capital !...

-Lequel, mon yeu gars du Berry ? Je voudrais bin que tu me dises !...

Gaston consentit à répondre après avoir laissé mijoter dans son jus ce pauvre Bébert :

« -Tu oublies qu’il n’y a pas eu de témoins oculaires…nous sommes les seuls à connaître les détails de ce miracle de la multiplication des femmes, par des moyens certes inhabituels mais non pas punis par la loi…personne d’autre que nous peut prétendre avoir assisté à la scène…

-Si…le lecteur…

-Mais où as tu vu un lecteur ? Non c’est le miracle parfait !...pas de témoins…Hitchcock peut s’aligner !... Quant aux habitants de Brion, d’abord ils ne sont pas nombreux, et ils sont sourds en général…tu connais l’origine de cette infirmité…les pratiques solitaires…ils manquent de femmes et nous sommes les bienfaiteurs de cette humanité handicapée dès le début !...En plus, ils sont aveugles vu qu’ils ont passé leur vie à regarder les autres faire la bête à deux dos par le trou de la serrure…

Les deux individus, bien connus pour leur profession d’assassins à la hache, continuèrent leur chemin. Les affaires allaient bien depuis que Christophe Hondelatte  les faisait passer deux fois par semaine à « Faites entrer l’Accusé ».

 On les demandait depuis les régions voisines et même un ancien assassin assermenté pour crimes contre l’Humanité, un certain Nivelle, qui prétendait descendre du vrai Nivelle, qui avait fait se fendre la gueule, à tous les amateurs de « fusillés pour l’exemple », souhaitait, au nom de la philosophie de Wilhelm Reich, repeupler la France éternelle avec des femelles d’un nouveau genre :

« -La naissance dans les bocaux et les cornues, ça va trop lentement…la méthode de la hache est plus efficace… »

Il ajoutait, pour faire rigoler la compagnie :

« -C’est Malthus qui aurait été content… »

A quoi les habitants de Brion répondaient, car ils étaient fiers de leurs artisans, à l’époque c’était pas comme maintenant, pas du tout !...on aimait la France et les haches, du moins à Brion, 412 habitants…

Ils répondaient noblement :

« -Vous foutez pas de notre gueule, on connaît pas le latin, on connaît les gars de Liniez, les Lignerus, qui sont pas des manchots non plus ! Mais ils sont encore plus inventifs et sournois, et plus féministes que nous…alors, même s’ils sont à 7 km de chez nous ils ne passeront pas !...l’honneur a ses limites et les brevets du concours La Pine également… »

Mais les gars de Liniez entreprenaient des études très supérieures à l’E.N.A, (Ecole Nationale des Assassins, par personne interposée !)  et mine de rien, ils apprirent à découper les femmes et à les mutiplier.

Au début ils s’y prenaient mal parce qu’ils n’avaient pas d’Ophtalmo à Liniez ! Ils tranchaient les femmes par le travers, ce qui est une méthode interdite par les Conventions de Genève !

 Et puis ils se mirent à l’instruction !

Ils commencèrent par le commencement : La Bible.

L’Instituteur, qui n’était pas aussi bête qu’il en avait l’air, ficelé dans sa blouse grise, imposa le latin (parce que je connais pas le grec, or les latins n’enculaient pas les voyageurs étrangers, ils s’enculaient entre eux ! Les Grecs étaient plus directs…ils disaient, par exemple, sous prétexte d’imiter les guides de voyage : « Acropolis, Ecartez les cuisses… »)

Enfin, pas de fausse modestie, j’en ai fait un peu, du grec, moi, le narrateur.

Et même de l’hébreu des faubourgs. Je vais vous dire tout de suite ce que je connais.

D’abord l’histoire des douze tribus d’Israël. Les juifs (parce qu’à l’origine c’est des juifs, les Grecs ont fait que la traduction), pratiquaient l’humour grivois, un exemple :

Jacob

As-tu vu mon zob ?

Hermaphrodite

As-tu vu ma bite ?

 Mais ils savaient aussi garder leur sérieux ! Ainsi la tribu de Nephtali a inventé la « naphtaline » et la « tribu de Gad » n’a rien inventé du tout. Ils étaient ignares, heureusement ils sont morts sans héritiers. L’un d’eux a bien essayé le « Gademiché », mais on voit tout de suite l’erreur. Un autre, mais c’est de l’Hébreu du Centre Ville, a inventé l’Apocalypse, qu’un coureur cycliste a voulu reprendre plus tard, il s’agit d’Apo Lazaridès.

 C’était prétentieux de sa part, Dieu (God ou Gad) l’a puni, il n’a jamais gagné le Tour de France. Pour le Marathon, il est arrivé à vélo : les Grecs, vu leurs mœurs, l’ont disqualifié tout de suite ! Cet inenculé conception !

 

Bon, mais je cause je cause, comme dit Laverdure dans « Zazie dans le métro » et je m’aperçois que j’ai fini ma première portion de littérature policière. Faut que je passe la parole à mon ami et collègue, qui racontera ce qu’il voudra, comme il voudra, mais nous respecterons les temps de parole.

Promis.

 A toi, l’ami !

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