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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:30

 

Et pourtant je le savais dès le départ du projet qu'il tiendrait pas le cap sans se mettre à divaguer. Mais là, dès le premier chapitre, il commence fort! Ce mec, je crois que c'est plus fort que lui, il écrit pas, il éjacule! Abondant en plus, le fieffé! Que de la bête de compétition en plus, du nectar, admets! Et que ça part dans tous les sens! Bon, je lui pardonne d'autant tout que c'est un ami et un vrai écrivain, lui, en plus. Alors excuses-le, lecteur (je ne mets pas « ami lecteur » car après tout on ne se connait pas et que si ça se trouve t'es encore plus con que moi), à sa décharge (ça tombe bien), vraiment, il n'a peut-être plus toute sa tête. Une chose est sûre, dans tous les cas, c'est qu'il a bien toute sa queue, l'animal!

On va donc essayer de se remettre sur le rail de notre polar si tu veux bien. Bon. La scène du meurtre? Check! Le(s) meurtrier(s)? Check itou! Le héros du machin? Oui, bon, d'accord, on va t'en situer un que sinon tu vas crier au scandale, à la tromperie sur la marchandise, demander un remboursement même si ça se trouve, mesquin comme tu sembles l'être. C'est parti, allez. Le boulevard George Sand était l'endroit de Châteauroux ou l'on respectait le plus les limites de vitesse. Le boulevard George Sand était aussi l'endroit de Châteauroux où se trouvait le commissariat. Ceci expliquait cela. Surtout depuis l'arrivée du nouveau commissaire, un sale con de parisien, ce qui relevait du pléonasme quand vous évoquiez le sujet avec un habitant du cru! C'était une caricature de flic de série télé avec son blouson en cuir, son jean moule-burnes et ses santiags en véritable peau de cul de bison. Dans la boutique, on l'appelait d'ailleurs et forcément le « cowboy ». Du plus gradé au plus sous-fifre, chacun rêvait de voir le cow-boy se prendre une balle, un pain, une barre à mines ou tout autre objet contendant du moment qu'il s'en prenne bien plein toute sa sale gueule. D'ailleurs, n'éxagerons rien, il portait une quarantaine aussi fringante que le cheval imaginaire qu'il semblait toujours monter quand il marchait. Par contre, il mâchait pas de chewinggum.

Mais il aurait dû car il avait une haleine de fennec, la faute à une carie mal soignée. À part ça, il faisait américain pleinement si ce n'était son nom.

« - Commissaire Nase, un appel urgent pour vous! » dit le brigadier de police en claquant des talons éxagérement.

« -Passez-le moi dans mon bureau! »

Ce qui semblait logique puisqu'il y était, dans son bureau, occupé à lustrer ses bottes avec une peau de chamoix d'or, ce qui donnait du brillant et une vague odeur de fromage à ses pompes. Sans surprise, son téléphone sonna. Il décrocha comme on attrappe une choppe à la fête de la bière à Munich, prestement et sans faux-col.

« Ouais! Bon alors, ça donne quoi cette autopsie? »

Un gargouillis de voix résonna à l'autre bout du fil vite interrompu par Naze, agacé.

« Je me contre-fous de savoir qu'elle a été tranchée de manière parfaitement symétrique! Je suis flic, pas mathématicien, mon vieux! Vous dites? Même son clitoris a été divisé en parts égales! Du bon boulot, je vous l'accorde. Et l'identification, ça donne quoi, dites? Ouais, attendez, je note. »

Naze griffona nerveusement les indications que le médecin légiste lui dictait sur un ton clinique, ce qui était de de circonstance, admettez-le. Puis le cowmissaire raccrocha. Un court moment, il eut l'image du plateau d'autopsie avec ses petites rigoles qui permettent au sang de s'écouler pendant le décortiquage des deux morceaux de femme séparée. Pendant un un petit laps de temps, il se demanda comment un type qui faisait ce genre de boulot pouvait encore arriver à lutiner sa rombière en faisant abstraction des mètres d'intestins qu'elle contenait. Bon, c'était peut-être aussi le genre de mec que la vision d'une trompe de fallope faisait bander -pardon- faisait se remplir de sang ses parois caverneuses. Dans ce cas-là, et celui-là seulement, ça pouvait se justifier. Encore moins longtemps après, Naze sentit son sandwich au poulet de midi lui remonter à la gorge.

Viviane Dumoly avait cinquante-quatre ans depuis deux jours lorsque une hache lui fendit le crâne. Cela faisait 29 ans qu'elle était mariée à Robert, le seul homme qu'elle ait jamais connu.

Viviane était née à Levroux chez un vétérinaire car l'unique médecin de la ville était décédé deux jours avant. Elle avait été baptisée dans sa première année à Brion, où ses parents vivaient, par un curé qui avait la maladie de Parkinson. Elle fût admise à la clinique de Châteauroux le même jour car elle s'était pris un encenssoir sur le crâne. De manière générale, Viviane eut une vie normale.

Elle n'était ni grande, ni petite. Elle n'était ni grosse, ni maigre. Elle n'était ni de gauche, ni de droite. Elle était normale parfaitement. Elle pensait vivre de cette façon jusqu'à sa mort qu'elle imaginait paisible, dans un lit. Il y avait bien une part d'elle-même qui espérait une autre vie, plus aventureuse, moins routinière. Mais Robert était comme elle. Ni moche, ni beau. Ni très malin, ni trop parfaitement con. Normal aussi le Robert. Moyen. Comme elle. Alors bon, cette part d'ellemême

qui craignait l'accident de train-train du quotidien luttait avec cette autre part d'elle-même qui l'esperait. Aujourd'hui, ces deux parts étaient parfaitement séparées dans la chambre froide d'un hopital. Et Robert le moyen était plus que saoul d'avoir trop fêté ça.

Mais peut-être bien que Robert et Gaston avaient négligé comme une sorte d'espèce de petit détail. Occupés qu'ils étaient à débiter de l'humaine, ils n'avaient pas pensé un seul instant à lever la tête. Tu me diras qu'ils n'avaient de toute façon aucun intérêt à le faire. On ne lève la tête que pour changer une ampoule, toiser un con plus grand que soi ou pour regarder le ciel. Hors, ni, car, ils étaient dans un hangar à paille donc zob l'ampoule, les avions et les étoiles.

Sauf que là-haut, sous le toît en tôle ondulée, bien planqué dans la paille, et pour cause, il y avait quelqu'un. Où plutôt quelque deux! Car pour entreprendre ce qu'il voulait faire le Benoît avait besoin d'une partenaire. Et pas n'importe laquelle! Rien de moins que Emilie Durocher, la fille de l'instit', vise un peu! Dire qu'il avait eu toutes les peines du monde pour en arriver là, c'était rien de le dire.

Ça avait commencé à peu près comme ça. Pour te situer, plutôt que d'aider son père dans les champs, Benoît préférait passer son temps à retaper une vielle mobylette (une Motobecane 40V Typer Californienne quand même!) qu'il s'amusait ensuite à faire pétarader sur la place du village qui n'en demandait pas tant. À l'occasion, il prenait un malin plaisir à faire tourner le moteur cathareux de son engin sous les fenêtres de l'instituteur, juste histoire de lui rappeller qu'il n'avait pas oublié les brosses à tableau que ce dernier lui envoyait régulièrement dans la gueule en primaire. Jusqu'au jour où Emilie est apparue dans l'encadrement de la fenêtre, les cheveux humides, un sourire amusé et une simple serviette de bain nouée autour du buste. La révélation! La trique immédiate! La dernière fois qu'il se souvenait l'avoir vu, elle mangeait encore ses crottes de nez. Alors là, le choc! La godance fulgurante! Elle habitait ses 17 ans pleinement dans ce corps de femme naissante.

À partir de ce jour-là, c'est quotidiennement qu'il venait faire le malin avec son tas de feraille devant la fenêtre qui laissait de plus en plus souvent apparaître le poster humide et langoureux de ses fantasmes nocturnes. Et puis, encore un autre jour, le pot d'échappement de son ancestral bousin prit la fâcheuse décision de se désolidariser du reste de sa carcasse dans un boucan, oui tu t'en doutes, de tous les diables. Là, Emilie a quitté sa fenêtre pour venir voir de plus près le désastre, les larmes aux yeux tant tellement elle riait. Et puis, je te la fais courte, de sourires complices en oeillades furtives en mains baladeuses, ils en étaient arrivé au sommet de ces bottes de paille. Benoît était fier mais il faisait quand même pas le malin. C'était leur première fois et sa se voyait dans la gaucherie appliquée de leurs gestes. Il faisait une chaleur étouffante sous les tôles. Si bien qu'ils s'étaient rapidement dessapés. La vue de la petite poitrine constellée de gouttes de sueur de Emilie avait provoqué un garde-à-vous immédiat dans l'hémisphère sud du gars Benoît. Mais c'est au moment où elle tendait timidement sa main vers sa queue tendue que l'incident se produisit! Incontrôlable! Ça a jailli d'un coup! Tout dans la main d'Emilie!Comme si un morveux s'était mouché direct dedans!

Encore une victime de son excitation à inscrire en bas du tableau de la honte de la virilité masculine! Alors elle a regardé sa main baveuse et c'est parti d'un coup, comme la fois où le pot d'échappement s'est fait la malle. Triste métaphore, avoue! Emilie se mit à rire, de plus en plus, en larmes, démente. Tout en la regardant partir comme ça en marrade intégrale, Benoît prit conscience que c'était foutu pour cette fois, et peut-être même pour toujours. Sans trop maîtriser toutes les subtilités de la psychologie féminine, il savait bien que faire rire une fille pouvait aider à l'emmener dans un lit. Mais il savait encore mieux que l'inverse était juste le signe d'un échec assuré et définitif!

Alors bon, cette conne riait à n'en plus pouvoir pendant qu'il regardait mornement sa tige se racornir, l'air aussi navrée que lui. Pour tout dire, il avait une furieuse envie de la gifler mais il se contenta de la faire taire en plaquant sa main sur sa bouche. On venait d'ouvrir la porte du hangar ! Il jeta un rapide coup d'oeil. Deux hommes portant une femme inanimée. Emilie etouffa un dernier hoquet. Puis l'impensable arriva. Ils virent la hache. Puis la femme coupée en deux. Le pire dans tout ça? Benoît constata qu'il s'était remis à bander comme jamais il n'avait bandé ! Un truc monstrueux !

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