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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 09:56

 

« Franchement, je suis vraiment pas aidé ! » se dit le cowmissaire Naze en même temps que l'auteur du présent chapitre. Car, oui, lecteur, conviens-en avec moi et on finira copains les deux, mon ami vrai-écrivain-lui (va vérifier sur Wikipédia, si tu me crois pas, hé, incrédule!) aime partir en vrille. Indiscipliné définitif ce mec là, une vraie marotte chez lui ! Impossible de le souder à une histoire à raconter. Lui, faut qu'il t'en dégoise pleins d'un coup! Et en même temps ! Partout ! Fertile là ! Et là encore ! Même là, derrière toi ! Alors, parfois, au milieu, tu trouveras peut-être un bout de notre polar, mais faut rester attentif et espérer qu'il en change pas en cours de route, taquin comme je le sais. Et rieur avec ça ! Tout pour la marrade ! Je te dis ça parce que moi il me fait rire. Mais sincèrement rire, tu vois. Je te le dis dans les yeux. Sans déconner.

« Mais quelle belle bande fumiers! » fulmina Naze en ouvrant la portière conducteur de sa Ford Mondeo banalisée. Il s'empressa d'ouvrir les autres le plus rapidement possible, ainsi que le coffre. Il espérait comme ça que l'odeur d'oeuf pourri à l'intérieur du véhicule partirait plus vite. Encore l'oeuvre de ces abrutis de bouseux berricons d'empaffés d'ersatz de collègues flics ! Depuis son arrivée en Castelroussie, ils pouvaient pas le sentir, il le savait bien. Par contre, Naze avait du mal à se désimprégner de l'odeur persistante de rance dans ses narines. Il allait vraiment finir par le dégobiller son sandwich de midi ! Il posa néanmoins ses fesses sur le siège en cuir. Il mit le contact, alluma le gps, le régla sur « français » car un facétieux l'avait réinitialisé en hongrois. Un coup de l'inspecteur Grolle, il en était sûr ! Il se promettait intérieurement de lui faire bouffer son insigne à ce dégénéré. Déjà, il était obligé d'aller lui-même enquêter car aucun de ses sous-fiffres ne daignait l'écouter ! Il allait remédier à ce bordel, c'est sûr. Mais pour le moment, il choisissa «Brion » comme destination et il démarrit. Et pendant qu'il roulait en écoutant la voix monocorde de sa boussole moderne, l'auteur du présent chapitre en profita pour aller ouvrir un Bescherelle.

Alors ils étaient repartis chacun de leur côté. Sans un mot ni un regard pour elle, terrorisée qu'elle était. Pareil pour lui, mais avec une béquille d'enfer en supplément. Quand Benoît rentra à la ferme, le soleil déclinait gentiment derrière les champs de blé environnants. Son paternel déclinait bien plus encore, vautré somnolent sur le vieux fauteuil de la salle à manger, devant des conneries télévisuelles (oui, c'est un pléonasme si tu te posais la question), une bouteille de gnole entre les cuisses. Benoît monta directement dans sa chambre étant bien décidé à faire le point sur les événements récents. Mais, première chose à faire avant toute possibilité de réflexion, il se branla vigoureusement tu t'en doutes davant un catalogue « La Redoute », seule lecture permissive admise à la maison. Ce qui l'effara le plus, c'est qu'il aurait pu tout aussi bien s'astiquer devant un annuaire tellement il était excité ! Il s'endormit juste après être parti en décarrade, épuisé. Il ferait le point demain finalement.

De son côté, Emilie était rentrée le plus silencieusement possible. Un fantôme. Elle se sentait vide de tout, ectoplasmique simplement. Elle ne se voyait pas affronter son père maintenant. D'ailleurs, il n'était pas là. Une bonne chose déjà. Elle s'enferma à quadruple (pourquoi toujours à double?) tour dans sa chambre et alluma son ordinateur. Elle tremblait, elle avait froid elle pensait. Elle tapota « couvent pour femmes » dans la fenêtre du navigateur. Sa décision était prise. Irréfléchie peut-être mais irrévocable. Elle venait d'un seul coup de découvrir combien le monde qui l'entoure était dégueulasse. Tout ce sang, tout ce sexe la dégoûtait. C'est au moment où elle envoyait un mail aux soeurs du monastère des « Saintes Bicheuses » à Jouy-La-Cagette qu'elle pensa ainsi décider de son destin. C'est au même moment que celui de son père prit une tournure aussi fatale que défintive lorsque la Renault Scenic qu'il conduisait s'encastra violemment dans un arbre à proximité de Levroux.

« Ordure! Lavement! Purullence! »

Naze litanisait dans le gros mot tout en voyant le panneau de « Saint-Valentin » défiler devant lui. D'abord, ces fumiers avaient remplacé son CD préféré de Dolly Parton par une compilation de Carlos (oui, le chanteur obèse, vulgaire et pénible. D'ailleurs, pour l'éducation de vos rejetons et si vous voulez le même à la maison, n'hésitez pas à lire l'intégral de la mère Françoise Dolto). Et là, il venait de se rendre compte qu'un énorme aimant était fixé derrière le gps. Qui indiquait à présent une déviation par Dijon pour rejoindre l'autoroute du sud qui mène à Brion.

« Goret! Flétrissure! Anomalie! »

Ce qui était certain, c'est que lorsqu'il serait de retour au commissariat, il allait régler son compte à Grolle! Sûr de sûr que c'était lui le responsable ! Il se promettait encore plus de le transformer en velouté de con, cet inspecteur de ses deux chères préférées!

C'est au milieu du village des amoureux que le moteur de la Ford se mit à tousser sporadiquement pendant qu'un nuage noir s'échappait du capot. La panique fût immédiate tout autour. Les commerçants baissèrent le rideau, les passants s'enfuirent à travers rues jusqu'aux champs, les volets des maisons claquèrent. Le traumatisme de la guerre, toujours, dans un patelin où la plupart des habitants en avaient connu au moins deux. Seul Ignace Gatefin n'avait pas moufté. Normal, il était sourd du bas de ses 85 ans, plus aucune de toutes ses dents, juché façon équilibriste amateur sur sa mobylette, fendant la bise à 2 kilomètres heure. Naze, tout fumasse, sortit de son véhicule d'où émanait à présent une vague odeur de sardine vomie. Va savoir ce qu'ils avaient mis dans le réservoir, ces gueux! Il s'approcha du gars Ignace.

« Stoppez votre véhicule ! Réquisition ! Sûreté Nationale ! En plus vous roulez sans casque !... Enfin, il me semble... Attendez que je vérifie... Ah non, tiens, vous en avez un... Mais c'est en quoi ce truc ? On dirait du bois et du carton ? Vous l'avez fait vous-même, avouez !... Mais répondez-moi, bougre de vieille baderne !»

Seul dans son bureau, le maire de Brion était encore sous le choc après l'appel reçu de la gendarmerie de Levroux. On venait de retrouver un de ses administrés compressé façon César (le sculpteur, pas le général romain, essaye de suivre un peu), moitié bouillie humaine, moitié tableau de bord. La situation était grave ! Désespérée presque ! Non pas parce qu'il n'y avait plus d'instituteur. Il y avait bien pire que ça ! Toutes ces Brionnaises disparues ! Beaucoup retrouvées coupées en deux ! Dans le sens de la hauteur en plus ! C'est bien simple, après un rapide calcul et d'après le dernier recensement, la commune était dorénavant composée de 85% d'hommes ou assimilés ! Égaré dans ses pensées, le maire accablé n'entendit pas qu'on frappait à sa porte. Gaston décida donc d'entrer.

« Ah ben, m'sieur le maire, vous en tirez une de ces tronches ! Il se passe du pas normal on dirait bien ? »

Le cowmissaire Naze en tenait une bien bonne. C'est qu'en enfourchant la mob du vieux, il avait découvert dans une sacoche une liqueur de prune qui vous aurait détartré un chiotte de prison ! Tout en zigzaguant laborieusement, Naze éclusait sévère et se mit logiquement à massacrer le répertoire de sa chère Dolly, en anglais heureusement, ce qui est moins grave.

« Jolene, Jolene, Jooooolene,

I'm begging of yooooou please don't take my maaaan! »

C'est sur cette envolée que le cyclomoteur tomba en panne sèche et Naze aussi. Direct dans le fossé les deux ! Ah, et sur une moitié de femme aussi, mais ça tu le sais déjà puisque mon éminent (d'ailleurs, il ne porte que des slips Eminence, les seuls dignes de son maintien !) collègue te l'a déjà brillament narré plus avant. Quoi ? Tu lis pas dans l'ordre ! Je peux plus rien faire pour toi ! Tu sors d'ici et t'oublie pas de fermer la porte en repartant, voyou !

Bref, nous voilà revenus au point de départ de la fin du précédent chapitre. Oui, c'est compliqué mais on t'avait prévenu à l'arrivée, t'es pas pris en traître. Que va-t-il se passer ? Qui est cette demie femme ?

Qui l'a découpée ? Ce suspense, mazette ! Mais je vois que le temps que je me suis imparti touche à sa fin. Vacherie pour vacherie, à toi mon ami !

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