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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:35

 

Au cas où ça t'aurait échappé, lecteur égaré dans ces pages, je dois bien te le dire maintenant au stade où on en est tous les deux mais mon co-auteur déteste le genre polar ! Il fait tout pour s'en détourner, t'as remarqué déjà, hein. Ça le fait gerber littéralement et littérairement, que c'est pas beau à voir quand il écrit ! Toute sa belle prose abîmée par son vomi. Mais c'est aussi ce qui fait son style ! Son truc à lui, c'est le délire. Et je te jure pour l'avoir vu faire qu'il se drogue en rien. Juste un peu de Reuilly de temps en temps pour booster la carbure, rien de répréhensible. Là où il est bon c'est qu'il te restitue le contexte du truc et ça, c'est déjà pas rien ! Alors bon, je vais essayer de continuer de dérouler une intrigue. Et pis lui il va continuer de délirer dans tous les sens. Faudra t'y faire mon petit lapin!

Bebert devait bien l'admettre à présent, il se faisait chier. Depuis qu'il s'était séparé, ou plutôt depuis qu'il avait séparé en deux Viviane, il s'emmerdait proprement, tout seul chez lui. Il admettait volontiers que la vie avec elle était devenue insupportable de routine quotidienne. Ils s'engueulaient jamais, pas un mot plus haut que l'autre, pas une vague, le calme plat, tout le temps, toujours. C'est d'ailleurs ça qui l'avait motivé à faire appel aux bons services de Gaston. Mais elle lui faisait de bons petits plats et puis, de temps en temps, elle se laissait saillir, à l'ancienne, allongée sur le plumard, en croix, les yeux fermés dans le noir. Lui, à ce moment-là, il pensait à une autre, se voyait en dieu du radada le temps des trois minutes réglementaires de coït. Et puis maintenant il se trouvait seul dans sa cuisine devant un café réchauffé. Bebert se mit à pleurer. Pas sur son veuvage récent, non, mais sur son sort. Des larmes égoïstes.

Benoît alla dans la salle de bain passer de l'eau froide sur sa main droite où se formaient trois petites ampoules. Il venait de se branler cinq fois de suite, la dernière s'étant faite sur la page « outillages de jardin » du catalogue ! Le pire dans tout ça, c'est qu'il godillait toujours comme si de rien n'était ! Tout en essayant de décongestionner sa main, il réfléchissait à l'attitude à adopter. Ses pensées étaient clairement parasitées par son entre-jambe en feu mais il prit quand même une décision. Il s'habilla rapidement après avoir emprunté un pantalon à son père qui faisait deux tailles de plus que lui. Juste histoire de planquer un peu l'encombrant chapiteau. Puis il se rendit dans la cabane à outil. Il avisa une hache usée dans un coin. S'en empara, la soupesa, constata qu'elle était lourde, regretta de ne jamais avoir aidé la vieille baderne imbibée d'alcool qui lui sert de paternel à couper le bois pour l'hiver, quitta la cabane avec l'outil contendant, et partit en chasse d'une femme. Voyant là le seul moyen de calmer ses ardeurs.

Le maire avait vite évoqué la gravité de la situation, comme on dit bien, à Gaston. Ce dernier lui avait répondu qu'il n'y avait jamais de problème sans solution. Le maire accablé lui avait rétorqué qu'il voyait bien le problème mais qu'il était un peu sec en solution que sinon ce serait déjà fait, vous me connaissez ! Alors Gaston l'avait traité de vieux con. Le maire avait acquiesé en disant que, ma foi, c'était pas complètement faux mais que lui aussi, le Gaston, était un con alors que sinon il aurait une solution au problème. Et là, Gaston avait parlé :

« Vous dites comme ça que y'a vach'tement plus de velus que de rombières dans notre bled ! Au lieu de vous lamenter sur ce, faudrait le voir comme une sorte de bénédiction, bougre de con d'empaffé ! Not' village a jamais été aussi tranquille ! Fini les commérages, les cancans, les minauderies ! Et je vous parle pas des ragnagnas de ces dames ! Vous commencez à opiner, hein, voyez que vous commencez à concéder, tête de chiure ! Après, je comprends bien que pour votre réputation et celle du patelin, ça le fait moyen, chuis conciliant en plein vous savez ! Surtout que, pendant ce temps, dans le village voisin, à Saint-Valentin, on vous fait péter de la fête aux namoureux z'a toison! Doivent bien se marrer de notre déroute là-bas, sûr de certain ! Maintenant, moi le Gaston, j'ai une solution! Alors ouvrez bien vos esgourdes de vieille baderne cacochyme et écoutez un peu ça ! »

Oui, le Gaston avait parlé. Et bien parlé. Et le maire avait tout approuvé. Juste à un moment il avait objecté :

« C'est une fameuse idée que vous avez là, Gaston! Mais vous ne pensez pas que cela risque d'être mal perçu par les médias ? »

Alors Gaston avait re-parlé encore :

« Faudra juste faire gaffe à la nomination du truc pour pas choquer le tout-venant ! Après tout, y'a bien la foire aux ânes à Lignières et personne crie au scandale, merde ! Alors nous, on peut bien organiser notre foire à la fumelle ici ! C'est qu'on parle d'une situation d'urgence sanitaire là, c'est du sérieux ! Faut mettre en avant que nos concitoyens en ont marre de se branler seulâbre dans leur piaule ! Faut faire jouer la corde de l'émotion, vieux con de merde !

Le maire arriva donc à la constatation que c'était une très belle idée et que dès le lendemain il préviendrai la presse locale de l'événement à venir très prochainement dans sa belle localité : une foire aux femmes ! Gaston, lui, arriva à une autre constatation sans appel : le maire était un sacré connard!

Raymonde Lenoir était certainement la femme la plus âgée de Brion. Personne n'aurait sû dire quand elle était née. Elle non plus d'ailleurs. Sa vieille maison se trouvait dans un petit renfoncement sur la gauche, rue de Liniez. Tout le monde la craignait. Car tout le monde disait d'elle que c'était une sorcière.Il faut dire que devant sa masure se trouvait un énorme billot dans lequel était planté une hache recouverte d'un sang séché depuis longtemps. On la suspectait d'autant plus qu'elle était une des dernières femmes en vie de la commune. Elle, elle trouvait cette situation plutôt amusante. Elle aimait plus que tout le sentiment de terreur qu'elle inspirait. Elle adorait faire peur aux enfants qui osaient s'approcher. Elle faisait ça pour le folklore bien sûr. Mais pas que. Car Raymonde était habitée par le pire des sentiments. Celui de la vengeance. Sa bouche édentée s'ouvrit dans une parodie de sourire. L'heure était venue pour sa prière quotidienne. Elle ne s'adressait pas à Dieu ou à un de ses sbires, qu'ils aillent tous se faire foutre ! Non, sa prière avait un but bien précis et, à ce jour, elle obtenait un résultat inespéré. Elle serait certainement partie dans un rire dément si une quinte de toux vaguement cathareuse ne l'avait interrompue.

Le cowmissaire Naze, après être tombé nez à demi-nez avec la moitié de femme, avait remarqué deux choses étonnantes. La première est qu'il avait hurlé à s'en décrocher les maxillaires. La deuxième, encore plus stupéfiante, était qu'il avait dessaoulé direct. Ensuite, il s'était mis à courir le long de la route. À en perdre haleine (qu'il avait fort mauvaise, je te le rappelle). Il vit un panneau indiquant Brion dans deux kilomètres. Il souria en con et en coin. Il était enfin dans la bonne direction ! Car, il en était sûr, c'était là-bas que se terrait le tueur à la hache et il était encore plus certain que lui, le grrrrand cowmissaire Naze, allait le coincer, ce salopard ! Il accélera son pas de course et se félicita de ne pas avoir mis ses éperons qui l'auraient ralenti considérablement. Oui, à cause de l'adhérence au bitume, mon con !

Emilie ne vit d'abord qu'un point noir s'agitant au loin, puis une forme humaine se rapprochant rapidement. Immédiatement, la peur lui noua l'estomac. C'était un homme ! Vaguement déguisé en cow-boy lui semblait-il, mais un homme quand même. C'est après avoir reçu un mail de Soeur Frenegonde que Emilie avait pris une nouvelle décision. En effet, la religieuse l'informait qu'en raison d'une surpopulation équivalente à celle de la prison des Baumettes dans son monastère, elle ne pouvait l'accepter en son sein turgescent, qu'elle le regrettait vivement, lui demandait ses mensurations juste comme ça pour savoir et voulait savoir si elle s'épilait le frifri à la cire chaude ou froide, que c'était pour un sondage personnel et qu'elle aimerait bien qu'elle lui envoie son minou en photographie couleur format paysage juste pour illustrer le dit questionnaire et qu'au final Dieu était Amour là, mais surtout là, oh oui, là ! Déçue d'être refusée dans les ordres, Emilie prit alors son sac à dos, y fourra quelques vêtements, sa brosse à cheveux et un peu d'argent. C'était décidé, elle allait découvrir le monde par elle-même, dans le but de trouver l'endroit où elle pourrait enfin vivre en paix ! Avant de partir, elle ajouta un bouquin de poésie de Rimbaud, accessoire essentiel de tout adolescent de 17 ans qui veut voyager. Paraît que Rimbaud lui-même, avant de partir en fugue, n'oubliait jamais d'emporter son livre de poésie de Rimbaud, c'est te dire ! Mais là, ce qui la chagrina vraiment, Emilie, c'est qu'elle avait pas fait cinq cent mètres en dehors du village qu'il se passait déjà du terrifiant. C'est que le gars était à présent à quelques mètres d'elle, soufflant comme un cochon, le visage cramoisi, et agitant les bras comme un dément. Mais cette fois-ci Emilie refusa de se laisser faire. Elle ne serait plus jamais une victime, c'était décidé ! Il allait voir ce qu'il allait voir cet obsédé !

Naze l'avait vu de loin. Une jeune femme, adolescente visiblement, qui marchait vers lui le long de la route. Nul doute que cette jolie donzelle allait pouvoir lui indiquer le chemin de la mairie. Mais c'est en arrivant à sa hauteur, alors qu'il essayait d'ahaner une phrase compréhensible, qu'elle sortit d'un sac un énorme bouquin qu'elle lui flanqua en pleine tronche. Naze, choqué, repartit dans le fossé jouer le dormeur du val à sa façon. Question d'habitude tu me diras si t'as lu ce qui c'était passé avant. De son côté, Emilie se félicita de ne pas avoir emporté la version poche de son poète préféré. Ragaillardie, elle reprit son chemin en sifflotant.

 

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