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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 07:50

« Putain de bordel de merde de pompe à cul de chier de bite de foutre de feu de Saint-Jean à poil sur la commode de Jesus Christ sur sa sainte croix de merde de con de pute borgne à la mord-moi l'noeux de ta mère en slip de bain d'excrément de caniche roux de con de salaud de pourriture avariée à la mode de chez nous de super-zut sapristi morte couille palsambleu de putain de bordel de merde! » s'exclama le grand ( 1, 80 m au garrot) cowmissaire Naze.

 « Comme vous dites. » concéda un brigadier de service qui passait par là.

Il s'était passé trois jours depuis son périple jusqu'à Brion où Naze avait enfin réussi à rencontrer le maire de la commune, une sorte de vieil obsédé qui ne jurait que par une foire aux femmes ou un truc bizarre dans le genre. Il n'avait rien pu en tirer de plus. Cette affaire, en plus de lui courir sérieusement sur le stetson, s'embrouillait de plus en plus. Hier encore, la rentrée des classes avait mal tourné à Brion. Et ce matin, Louise Durangeon, citoyenne de la commune voisine de La Champenoise avait été tretrouvée le crâne fendu. Pas avec une hache pour une fois, mais avec un gros caillou. Ce qui, selon Naze, démontrait bien le côté grossier et rustre du tueur. Il envisageait sérieusement de croire que ce putain de village était possédé par une entité démoniaque. Là, penché sur son ordinateur, il tentait de taper un des je ne sais combien de rapport qu'il avait en retard. Mais, là encore, on l'empêchait de remplir son devoir correctement. Dans la pièce à côté, ça chantait, hurlait, buvait, tirait des coups de pistolets de service, dansait, pétait, hululait, bouffait, grognait, s'enculait car l'inspecteur Grolle venait enfin de résoudre l'affaire du kleptomane manchot qui hantait les rues castelroussines depuis des mois et minait le moral des administrés. Donc, on fêtait ça pendant que Naze hésitait entre buter Grolle d'une balle de son semi-automatique Sig Sauer SP 2022 entre ses deux yeux de pauvre abruti ou faire péter à la nitroglycérine toute la champagne berrichonne qui semblait renfermer le mal incarné. Il décida simplement de se lever, d'enfiler son blouson, et d'aller faire un tour à Brion. Il trouverait l'origine du mal, c'était décidé!

Trois jours qu'il trimballait sa hache à travers le bourg. Trois jours que les brionnais se marraient en le voyant passer, lui disant qu'il s'était enfin mis en tête d'aider son paternel dans ses travaux. Et surtout, trois jours qu'il n'avait croisé aucune femme! De quoi étouffer une vocation naissante dans l'oeuf même pas encore sorti du cul de la poule. C'est dépité et affamé que Benoît décida alors de rendre visite à la seule femme vivante à sa connaissance dans ce village testostéroné. Mais elle, pas question de la découper, même pas un petit bout, car c'était sa grand-mère. Quand il arriva chez elle, elle était occupée à saigner un canard. Tout du moins, elle essayait de rattraper la volaille au cou déjà à demi tranché. Sûr qu'elle avait encore oublié d'assommer le volatile avant la saignée. Benoît s'élança donc en faisant mouliner sa hache. La tête du canard vola trois mètres plus loin pendant que le reste du corps continuait de courir, désordonné, pour finir par s'écraser dans un muret.

« Bien joué, fils! » dit Raymonde Lenoir.

« Comment va, Maminette? » répondit Benoît Lenoir.

« Tu demandes à une vieillarde à moitié sénile, avec déjà un pied dans la tombe, comment elle va? Ben tu te fais pas chier, fils! Vous avez vraiment aucune correction, vous autres les jeunes petits cons! »

« Tu me dis la même chose depuis que je suis tout petit, Maminette! Et t'es toujours là! »

« Ouais, ben tu ramèneras moins ta petite tronche boutonneuse quand tu devras jeter une poignée de terre sur mon cercueil, brin d'insolent! Eh, mais, on dirait qu'il y a quelque chose de changé chez toi! »

Raymonde se mit à dévisager son petit-fils comme s'il recelait les secrets de l'Atlantide. Puis un sourire aussi radieux qu'édenté éclaira sa vieille mine.

« Mais oui, c'est ça, ça y est, tu l'as fait! T'es un homme à présent! Tu as trempé le biscuit, mon cochon! »

« Euh... C'est pas tout à fait comme ça que ça s'est passé, Maminette... mais c'est gênant d'en parler avec toi... »

« Putain de niais! C'est que tu crois que ton père est né par le saint esprit peut-être? Il a bien fallu que je bouffe de la bite pour en arriver là! Ce que je constate, c'est que t'es devenu un homme! Un emmanché de première, un vil, un serviteur du démon! Je pensais que la vie t'épargnerai plus longtemps mais bon, tant pis, ce qui est fait est foutu! Viens, entre. Il est temps que je te parle de la malédiction. »

« La malédiction? Mais de quoi tu parles Maminet... »

« Ta gueule et entre, fils. Et pose ton cure-dent à l'entrée, tu pourrais te blesser et choper le tétanos, ballot comme je te sais. »

La nuit tombait lorsqu'ils entrèrent dans la maison sans âge de Raymonde Lenoir.

La nuit tombait encore un peu plus lorsque le commissaire Naze gara son véhicule sur la place unique autant que centrale de Brion. Quelques cadres de lumières provenant des batisses alentours l'empêchait de croire qu'il était dans un village fantôme. Il alluma une cigarette sans filtre. Pour se dégourdir un peu les jambes, il décida d'aller voir du côté de l'église. Comme il s'en approchait, une ombre se détacha à quelques mètres devant lui.

« Hep, vous, là! J'aimerai vous poser quelques questions si c'était possible? » dit Naze sur un ton engageant.

L'ombre se figea un instant, puis se dirigea tranquillement vers le commissaire qui remarqua une brève lueur dans la main de l'inconnu. Le reflet de la lune sur une lame en acier par exemple. Naze, en alerte, commença à reculer lentement. Pendant que l'ombre, visiblement humaine c'était déjà ça, venait vers lui d'un pas de plus en plus décidé. Le commissaire n'avait pas emmené son arme de service. Le commissaire se dit que c'était une grave erreur. Le commissaire se vautra sur les fesses en voulant se retourner pour courir. L'ombre était à présent à moins de deux mètres de lui. S'il ne devinait toujours pas l'identité de l'individu, il vit clairement le reflet argenté se balancer dans sa main.

Il avait tout bien préparé. La corde, la poutre, le tabouret, tout. Robert ne voyait plus que cette issue. Certes, il aurait pu trouver un moyen plus original d'en finir mais la pendaison était un classique dont l'efficacité était reconnue et cela correspondait à sa vie moyenne. Après de heures à se lamenter sur son sort, il était arrivé à la conclusion qu'éliminer Viviane n'était finalement pas une si une bonne idée, en tout cas passé l'euphorie du moment où la hache de Gaston l'avait séparée en deux. En y réfléchissant bien, il se demandait même qu'elle avait bien pu être sa motivation de départ. Vrai que sa vie avec sa femme était morne et tout sauf palpitante, mais ça lui convenait bien, à lui Robert. Pas de sursprises, pas d'imprévus. Un truc qui se déroule tranquillement, sans heurts, ni anicroches. Une autoroute d'ennui. Une vraie ligne toujours bien droite. Une vie insignifiante mais une vie qu'il contrôlait. Il n'en voulait pas plus, Robert, il avait l'ambition d'un modeste. Alors pourquoi trancher celle qui participait pleinement à ce bonheur banal? Avec un peu de recul, c'était Gaston, son ami Gaston, qui l'avait motivé un peu plus à chaque fois qu'ils se voyaient. Gaston lenoir, son copain d'enfance, son pote de toujours.

Pendant qu'il réfléchissait, il était déjà monté sur son tabouret, passé la corde au cou et commencé à resserrer le noeud coulant. Il ferma les yeux et compta mentalement jusqu'à dix. Après ce serait fini et tant mieux. Mais un événement étonnant se passa dans sa tête désespérée. Une voix. Une voix de femme. Vieille, la femme. Une voix qui lui intimait un ordre net et précis : trouve une hache! Trouve une hache! Trouve une hache!

Et donc Robert rouvrit les yeux, descendit de son tabouret, étouffa un gargouillement, remonta sur le tabouret, enleva la corde de son cou qu'il avait déjà oubliée, redescendit de son tabouret et se dirigea dans son garage pour trouver une hache, trouver une hache, trouver une hache!

 « Si j'avance et que tu recules, comment veux-tu qu'on discute? » dit Gaston en tendant la main vers celle du commissaire Naze pour l'aider à se relever. Ce dernier ne quittait toujours pas des yeux l'objet métallique que tenait Gaston et qu'il porta à ses lèvres.

« Un bien bel objet, n'est-ce pas? Cette pipe est faite d'un tube en argent. Un héritage. Mais plus que la valeur familiale, cela donne un goût unique au tabac! Vous voulez goûter? » ajouta Gaston pendant que Naze se relevait et vérifiait les plis de ses jeans importé du Texas.

«  Venez donc boire un coup à la maison, commissaire. Je crois qu'il y a certaines choses que vous devriez savoir! »

La nuit n'en finissait plus de tomber. Noire à en crever. Comme éternelle. En deuil pareil.

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