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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:41

 

Chapitre court, un peu hard

 Alors là, deux dossards, je trouve qu'elles se payent notre tronche, les gonzesses. Nous abandonnons la joyeuse salle des fêtes pour une discussion plus argumentée, qui se déroule dans le salon de Monsieur le Directeur.

- C'est pas parce qu'on a passé la cinquantaine qu'il faut nous prendre systématiquement pour des débiles...

- Non... pas systématiquement... me dit Arnesse, songeur...

Moi je trouve sa réaction un peu faiblarde. On va se laisser monter sur les pinceaux par des pisseuses qui portent encore des pampers ?...

- Là t'exagères, elles portent pas de pampers, puisqu'elles portent rien... et nous, on est un peu "just", question raisonnement... ce serait bien l'Eugène le moins con des trois...

- Alors là, ou t'en as trop dit, ou t'en as pas dit assez... explique-toi, ami, sinon, on va plus être amis... d'autant plus que ton "just" m'énerve singulièrement en tant que membre de l'Académie des Belles-Lettres de la banlieue sud de Châteauroux...

- Je veux dire que ces gonzesses sont pas nettes. Elles mériteraient un casier judiciaire...

- Enfin Arnesse, c'est ce que je veux te dire !.... on répète souvent que la vérité est toute nue... le mensonge aussi est tout nu... parfois...

- Et c'est vrai qu'il est attirant, le mensonge... on se laisserait tenter... c'est comme une entreprise du Malin...

Je suis pas sûr mais je crois que c'est à ce moment précis que ça a fait tilt dans mon cerveau, plutôt vers l'avant, là où se fabriquent les idées de génie. Oh un truc très rapide, un déclic, peut-être... peut-être... un très petit bruit mais significatif des grandes inventions de l'humanité.

 "Tenter", c'est ça le mot important et c'est Arnesse qui l'a prononcé !... sans se rendre compte... notez, il est pas con, Arnesse, mais s'il m'appelle, c'est qu'il se sent inférieur. Avec raison, il faut d'ailleurs lui reconnaître ce sens aigu des réalités... tenter, ben oui, les vieux se laissent tenter... on a écarté l'hypothèse tout à l'heure, bêtement... les vieux sont tentés par les belles formes arrondies des bac+8... et les vieilles ? eh ben j'ai fait remarquer, les vieilles, c'est pas la même psychologie... bien sûr, et heureusement, il y a encore deux ou trois vieilles salopes... mais l'important pour elles, c'est les friandises.

Alors j'ai dit, solennellement, pour qu'on confonde pas avec le discours moyen de nos habituelles conversations :

- Tenter.... Arnesse, mon vieil ami, les vieilles aussi succombent à la tentation... il suffit de les tenter...

 Voilà encore un grand mot de lâché ! J'oserais dire un "mot-clé"... si... les vieilles ça s'appâte davantage avec la bouche qu'avec le cul ! La bouche dans son usage classique. La bouche avec toutes ses possibilités gustatives, qui vont du réglisse à la pâte à mâcher, du bonbon acidulé au caramel mou, de la praline de Montargis à la bêtise de Cambrai, de la madeleine de Commercy à la fouace de Laguiole... j'arrête là ? tout le monde a compris ? même le petit con du fond ?... celui qu'a les oreilles dégagées comme un élève de l'Ecole de Gendarmerie de Châtellerault ? OK comme disent les ingénieurs en informatique et les secrétaires qui se font mettre pendant qu'elles font semblant de regarder l'écran de l'ordinateur.

J'en parle à M le Directeur de l'Eternel Repos, Arnesse en l'occurrence :

- Je t'ai dit "tenter", tu n'as pas eu l'air de réagir... du moins ce n'était pas une réaction à la hauteur de ma remarque... j'en ajoute donc une autre... les vieilles se laissent tenter par les friandises... je répète les vieilles se laissent tenter par les friandises... les Français parlent aux creusois...

J'ai pas employé le ton qu'il fallait. C'était trop solennel, trop mystérieux et j'aurais pas dû dire "je répète" et surtout pas répéter à côté "les sanglots longs des vi-olons de l'automne". Après le coup des Français qui parlent aux creusois.... j'aurais pas dû... maintenant on communique plus...

- Mais qu'est-ce qu'y t'prend ? encore une défaillance cervicale ?... une confusion mentale ?... t'es pas sur radio Londres avec la manivelle derrière.... oh reviens ! c'est fini le maquis avec les blousons de cuir et les tractions avant.... tu m'inquiètes, sais-tu... ce mélange entre le passé et le présent, je vois que Marcel Proust qu'a réussi là-dedans...

 Alors je reprends exactement onze fois et enfin, le contact revient ! Ah la communication, c'est une science.. .Arnesse comprend que je parle normalement. Que je lui livre une information, tout simplement... un message... comme quand le laitier dit à l'arracheuse de betteraves, qu'il rencontre pourtant inopinément : "La Mélie, dis, vins t'en ben vouèr qué j'n'en nous payons une tranche vite fait bin fait su l'champ à Toine..." et qu'elle lui répond la femme aux lourdes betteraves : " Arnesse, dis point d'grous mots.. .j'seus point une opinée..."

 Revenons à Arnesse. Il s'exprime, lui, et clairement :

- Ah bon! fallait le dire... tu me parles... tu énonces un corpus oral... à mon intention... tu es le locuteur et moi le récepteur, libre à moi de capter le signifiant du signifié... fallait le dire mon vieux pote...

 Et alors il se remet et on ré-aborde le sujet:

- C't'intéressant (c'est agaçant cette façon d'élider le "e" du démonstratif, vous trouvez pas ?... mais décemment je peux pas le relancer sur la linguistique) ta théorie... d'autant qu'elle est confirmée...

- La région est catholique ?... on communie encore ici, sur ces socles granitiques de l'ère primaire ?...

- Confirmée par le fait que les vieilles ont besoin de sucre... un peu comme le sel pour les vaches...

- C'est pas de très bon goût, tu sais...

- C't'une comparaison...

- En effet, et le sel n'a rien d'infamant...

- La vache non plus ! ... mais ne polémiquons pas.... je veux dire que pour attirer les vieilles, les petites sucreries, c'est mieux que les grosses bites !

- Arnesse, tu vas enlever ce mot, sinon, je perds deux lecteurs !...

- J'enlève "grosse"...

- Enlève "bites" !

- Je veux bien, j'enlève "bites" mais ils comprennent plus...

- Ils comprennent très bien sans "bite"...

- Alors j'enlève "bite"...

- Je suis content que tu enlèves "bite"...

- Si tu m'avais plus nettement dit d'enlever "bite", j'aurais enlevé "bite" tout de suite et ça n'aurait donné lieu à aucune répétition...

- Je te remercie, Arnesse, d'avoir enlevé "bite", en dépit de ma maladresse à te dire de ne pas employer "bite"...

- Je t'en prie, on ne va pas se fâcher pour une "bite" de plus ou de moins, elles en ont vu d'autres, dans nos régions...

- Plutôt moins que dans les régions plus peuplées... mais comme elles se ressemblent toutes un peu...

- Disons qu'elles ont un air de famille... et cessons là!

Il nous faut bien finir par résumer la situation : les gonzesses sont nettement accusées de sortir en lousdé les vieux, mâles et femelles, par des procédés inhérents à chaque sexe. Voilà, ça c'est sûr.

 Seulement, il faut les prendre sur le fait, et surtout connaître le mobile du crime.

Après vous serez libre, c'est promis. Vous prendrez le chemin de Margouillat, il en reste encore, des bac+8, et, bien qu'on soit dans un mois sans "r", elles sont fraîches. Parole de creusois!

 Y a qu'une dernière recommandation que je vous fais dès maintenant: faites bien attention en haut des côtes, ils vont comme des cinglés avec leurs nouvelles races de boeufs... pas plus tard qu' hier, à Frigouleix de Gelat, il y a encore eu un accident de bêtes à cornes, c'est marqué dans le quotidien local "Lo Journiau dé Combraillou lou Châtaigna".

 Vous voyez je vous raconte pas de conneries à propos des limites de la langue d'oc. Ca passe à peu près au-dessus de "L'Eternel Repos".

- C'est juste au milieu de la cour d'honneur, m'assure Arnesse, on la voit pas, la limite, parce que le temps est pas suffisamment clair. C'est un peu comme pour les apparitions, c'est à cause de l'humidité de l'air, qui gène la visibilité.


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