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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 09:14

 

De nombreux lecteurs m’écrivent pour me demander des conseils matrimoniaux. Il va sans dire que leur confiance me touche profondément. Toutefois mon devoir est de leur rappeler franchement que je ne suis pas psychologue, ni sexologue, ni clitorisologue agréé, et que n’ai jamais tenu la rubrique « Courrier du cœur » dans aucune revue.

Simple Berrichon de base, tout au plus puis-je leur donner quelques avis personnels, car je vois bien qu’ils sont dans la souffrance. Je ne parle pas des comiques ruraux, comme ce bas berrichon qui m’écrit pour me dire sobrement : « J’habite la Bitte. Que faire ? » Je réponds, et on en aura fini des grossièretés : « Glorieux habitant du Sud-Ouest du département de l’Indre, change de sexe et va t’installer à Bas-de-Con Le Pin, que tu éviteras de mettre au féminin ».

Ou même, plus simplement encore : « T’as qu’à te la mettre sous le bras ! »

Car, il faut toujours instruire ses contemporains.

Heureusement, d’autres ont des préoccupations plus élégantes. Ils souhaitent seulement donner à leurs enfants des prénoms religieux et qui sentent bon le terroir ecclésiastique. Il s’agit d’une très noble aspiration, qui concilie la morale chrétienne et le patriotisme berrichon. J’élimine, là encore, les fantaisistes, qui voudraient prénommer leur enfant « Aoustrille ». Aoustrille n’est pas répertorié dans l’ouvrage de Mgr Villepelet, « Les saints berrichons ». On y trouve, par contre, le « Bienheureux Outrille » (sic) né le 3 décembre 551. Toutefois, je mets les parents en garde contre ces prénoms trop anciens, qui feront de l’enfant la risée de sa classe, à cause de la plaisanterie : « Outrille, viens là que je t’étrille ! ».

Même chose pour ceux qui désireraient un prénom très connu, et facile à prononcer, comme DSK. L’absence de voyelle va le handicaper. Si les géniteurs sont accrocs à l’idée de virilité, nous disposons, dans le Berry, de Luçay le Mâle, dont la réputation n’est entachée d’aucune rumeur malveillante. Si l’on tient à rester dans la famille, on berrichonnisera le nom de Sinclair en « Nichonblanc » qui est plus chaleureux.

Enfin je mets en garde contre le prénom de Saint Sulpice le Pieux, toujours à cause de l’orthographe. Une simple distraction du secrétaire de Mairie, et vous avez Saint Sulpisse, ou même, carrément « Le Pieu ». Alors votre si adorable enfant passera son temps à dormir, ou se prendra pour une chèvre de Mr Seguin, si vous émigrez en Provence. Je préviens également tous ces parents traumatisés par le laxisme ambiant, et qui tiennent à rétablir l’ordre en donnant ce charmant prénom : « Saint Sulpice Sévère ». Plus tard, le bébé, devenu plus âgé, risque d’être atteint d’une prostate douloureuse, à cause de « Pisse-Sévère », tous les linguistes mâles auront compris.

Quant à Saint Ours, il s’appliquera surtout aux filles et sanctifiera leurs « périodes », comme on disait autrefois dans le Berry profond.

Attention à quelques dérapages ! Génitour est prétentieux et on risque de le confondre avec Génitoire, qui est un cousin éloigné, et d’ailleurs possédé par le démon, de midi à quatorze heures. Au moins !

Saint Jacques de Saxau sera musicien, suite à une faute d’orthographe, et pourra obtenir des places gratuites dans tous les festivals de musique de l’été, au Tarmac notamment, tandis que Cyran sera honoré à Châteauroux pour le magnifique immeuble qui porte son nom et qui remplace l’ancien théâtre à l’italienne, complètement ringard dès sa construction !

Mais il ne suffit pas de donner les bons prénoms pour faire de vos enfants des hommes ! Il faut également penser au jour de naissance exact, puisque même au Centre Hospitalier de Villefavant, commune de Neuvy Pailloux, (36100), on connaît désormais les technologies d’avant-garde. Ainsi pourrez vous prénommer votre rejeton « Onzenovembre1918 » ou, plus simplement « Victoirecontreléboches.Com », si c’est une fille. C’est un peu long, je comprends votre hésitation, mais le « .com » insistera sur l’originalité de votre enfant, qui n’est « point comme » le commun des immortels, que nous sommes devenus, depuis que l’espérance de vie se rallonge.

Et puis, il vous reste encore « Verdun », « Craonne » « Grosse Bertha » et « Fusillé pour l’exemple » pour les amoureux de l’Allemagne et des conflits armés. Et même « Huitmai45 », qui fait plus moderniste. Toutefois les pays asiatiques étant à la mode, il serait peut-être plus judicieux de choisir « Hiroshima » pour un bébé de sexe féminin et « Nagasaki » pour un mâle. Le jeune motard confondra avec « Kawasaki » et il séduira comme une bête, voire « un singe en rut », comme les socialistes du FMI.

On peut remonter plus loin dans le temps, mais n’oublions pas qu’on n’apprend plus rien à l’école et un prénom comme Austerlitz n’évoquera que la gare parisienne. Il reste toutefois Omaha Beach, qui pourra insinuer que vous avez un lien de parenté avec le président des USA, ce qui fait toujours bon effet, même quand c’est un nègre. En tout cas, c’est mieux que Kadhafi ! « Circoncision » est également bien placé sur le calendrier du facteur, mais on évitera « Excision » pour les filles.

Elles sont susceptibles aujourd’hui !

Il reste, bien entendu, plein d’autres possibilités, liées en partie au passage du Tour de France. Vous choisirez parmi les anciens de préférence, puisque le public ignore le nom des nouveaux. Je pense que les meilleurs coureurs du Tour, les plus connus en tout cas, s’appellent désormais « Amphétamine » et « E.P.O ». Mais les plus rustiques ont conservé le nom de leur province natale et je pense aux Bretons, dont beaucoup se prénomment Kilderouge, et Ricarnoz, pour ne citer que les plus populaires.

 

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