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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:14

 

enterrement-a-ornans-278550.jpgVous êtes jeunes, vous ! Vous verrez plus tard quand vous aurez 130 ans, comme moi ! Alors, vous chausserez vos lunettes (drôle d’expression, remarquez on dit bien « bon pied bon œil » il y a sûrement un rapport entre les deux.) et vous vous jetterez sur le journal pour lire les avis d’obsèques. C’est une rubrique tragique mais passionnante ! J’ai appris ainsi qu’il y avait deux catégories de morts : les vieux, de plus en plus vieux, et les moins vieux, et même des jeunes. Là, ça fait un choc, la preuve, j’ai été couché deux fois dans les avis d’obsèques, vers la quarantaine. J’ai mis plusieurs secondes à comprendre et puis j’ai vu Roland écrit avec un seul « l ». Comme on recopie l’état civil dans ces cas-là, ça ne pouvait pas être moi !

Mais l’intérêt principal de la rubrique c’est qu’on voit défiler toute la population. Les habitants du village tombent tous les uns après les autres. A chaque fois on prend un petit coup sur la tête, parfois un gros parce qu’il y a des gens tellement présents dans la vie que leur départ produit un choc : on les croyait immortels !

Et puis il y a tous ceux qui énumèrent leurs mérites et leurs décorations. Jamais ceux qui font part de leurs défauts. Par exemple, vous êtes priés d’assister enfin aux obsèques de Gaston Ducon, qui était un fumier notoire, comme sa mère, Albertine Legrocu, qui était une sacrée salope. Ces choses là on ne les dit pas, d’ailleurs ce serait inutile, tout le monde les connaît. Les gens actifs ont droit à plusieurs nominations, de la part des Associations où ils militaient. J’ai bien dit, ils sont « nominés » comme au Festival de Cannes. Ca signifie qu’ils sont désignés pour être dignes d’un prix. Les catholiques sont « rappelés à Dieu ». Dieu leur trouvera un petit boulot, au paradis. Ils planteront les chrysanthèmes par exemple, ils apprendront à multiplier les pains ou à transformer l’eau en vin. Les femmes feront la vaisselle, passeront l’aspirateur, parce qu’on attrape des maladies nosocomiales, là-haut et après on est condamnés à revivre, à retourner au pôle emploi, à éviter les flics au bord de la route, à payer des impôts.

A ce propos je me demande pourquoi les gens ordinaires, comme vous et moi, ne font pas suivre leur nom de la simple mention : « contribuable ». Il y a aussi tous ceux qui vont aller en enfer, mais ils ne le disent jamais : « appelé  par le Diable pour chauffer la marmite ». Ce serait pittoresque pourtant.

Je plaisante sur un sujet grave, c’est indécent ? Non c’est de l’humour noir, « la politesse du désespoir » (Boris Vian). Je ne vais tout de même pas vous faire pleurer ! Imaginez-vous que durant plusieurs années j’ai conservé les avis d’obsèques les plus étonnants par exemple « Jeanne Moreau », « Alphonse Daudet », « Louis Destouches » (le vrai nom de l’écrivain Céline), « Jean Richard ». D’autres, très nombreux, ont préféré leur surnom, comme « Jésus » qui revient régulièrement, ou « Gégène », plus populaire, « Riton » un classique du genre. Moins prémonitoire toutefois que « Gueule en Friche ». J’observe aussi qu’une dame éprouve le besoin de rappeler son nom de jeune fille, ce qui donne « née NEE ». C’est charmant. Et moins prétentieux que « Le roi du cuir », qui, dit l’avis, « nous a quittés tranquillement ».

Mais le plus étonnant, c’est Marcel Guimon, SDF, à qui l’excellente journaliste Albane Ratsivalaka consacra un long article dans « La Nouvelle République ». Cet homme original, secret, était un grand lecteur et il s’était instruit tout seul. Comme il avait une passion pour Céline, le médecin qui s’est occupé de ses obsèques avait fait suivre son nom de la citation suivante :

« Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes, la guerre venue. »

J’ajoute que sur sa tombe, au cimetière de Cré, à Châteauroux, il y a son prénom et son nom et cette phrase, au-dessous. Ca donne :

Marcel Guimon

Homme libre

 

Et moi, j’ai fait un rêve, comme Martin Luther King. Je lisais les Avis d’obsèques et j’y rencontrais des noms familiers, je vous donne cet exemple :

« Nous avons la douleur de vous faire part du décès de Mr Frédéric Mitterrand, enculeur de première classe, de Mr Jacques Chirac, escroc international et super menteur, de Mr Alain Juppé, escroc assermenté, de Mr Charles Pasqua, trafiquant de drogue de haut vol, de Madame Alliot-Marie, amie des pauvres, de Mr François Fillon, gangster illettré, de Madame Boutin, dite « la Chèvre », de Mr Sarkozy, chef de gang, de Mr Luc Châtel, crétin inutile, de Mr Claude Guéant, truand bien connu des services de police, de Mr Gérard Longuet, troisième couteau .... »

Malheureusement l’orage m’a réveillé et j’ai oublié beaucoup de morts dans cette liste.

Je me suis frotté les yeux. Puis je suis revenu à la réalité. Ce n’était bien qu’un rêve ! J’ai ouvert mon ordinateur et j’ai pu constater que je n’étais pas invité à cette grandiose cérémonie.

Eh bien, vous n’êtes pas obligé de me croire, mais je suis tout triste maintenant, tellement cette cérémonie s’annonçait brillante. On aurait eu toutes les télés. On aurait très vite trouvé des gens normaux pour les remplacer : des « hommes libres » par exemple ou des chercheurs d’emplois.

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commentaires

Albane Ratsivalaka 19/06/2011 01:22


Merci, Elisabeth, de me citer si gentiment en évoquant l'enterrement de Marcel Guimon et l'article de la NR. Nous ne nous connaissons pas, mais grâce à Rolland Hénault, tu ne m'es pas totalement
inconnue...
Que Marcel repose en paix,
Amicalement,
Albane