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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 07:50

Le Dakar a encore battu son record puisque nous en sommes désormais à 58 morts. Triste course à l’inutile s’il en est. Ce n'est d’ailleurs pas le Dakar qui est endeuillé mais bien les familles, les amis. Le Dakar, lui, grâce à ASO (Amaury Sport Organisation) continue puisque selon le principe sportif, the show must go on. Etrange ce silence autour de ces trois derniers morts: est-ce parce que ce ne sont pas pilotes ?

Lire la suite : http://www.grouchos.org/

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:51

 

Il tapait sur le piquet et, comme la bise cinglait, il tapait plus fort, plus vite. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour essayer de se réchauffer. En vain ! Il voyait ses mains bleuir peu à peu et il sentait le froid gagner ses os jusques à la moelle, ses pieds, déjà gourds, s’ankyloser davantage et son sang se cailler. Le contrôle de ses pensées lui échappait. Son cœur et son âme hurlaient leur manque, manque accru par le silence qui les bâillonnait.

Et comme elle pesait à ses mains crevassées, cette maudite masse !

À quoi bon ? À quoi ça servait tout ça : les rudes conditions de travail, l’hostilité ambiante, et toute cette fatigue, cette sueur glacée qui, coulant le long de son dos, lui mouillait le creux des reins, et que rien ne sécherait désormais ?

Il doit faire si clair, si chaud, si bon là-bas, au pays. Là-bas, à l’ombre généreuse du mur de la mosquée blanche qui pointe haut son minaret vers Allah. Ici, ce n’est pas le même ciel. Ici, même lorsqu’il est lumineux, le ciel n’est jamais à porté de voix.

Asma1 !

L’aboiement, lui vrillant les tympans, l’arracha brusquement à sa rêverie. Le type boudiné – le chef de chantier – s’en prenait encore à lui, pour la troisième fois de la matinée, avec plus de hargne encore, lui sembla-t-il.

Asma ! Oui toi, l’Arbi, c’est à toi que je cause. Dis, si tu ne forces pas plus que ça, je vais te faire sauter deux plombes. Et vite fait bien fait. Tiens-toi-le pour dit, feignasse !

Qu’il parle en français ce salaud, au lieu d’abîmer les mots-souvenirs de sa langue berbère, ces mots qui ne cessent de chanter à son oreille : « Asma ! Karim, nous l’aurons notre dar2, à ton retour de chez les Françaouis, les poches pleines de flouze3. Asma ! Écoute, notre maison, je le sais bien, elle sera toute petite, mais rien qu’à nous, Habibi4. »

Il sourit. Une lumière d’infinie douceur transfigura son visage. Il tapa, redoubla d’effort et le type boudiné s’éloigna en crânant, évidemment, les mains au fond des poches.

 

Mais quand repartirait-il de chez les Françaouis ? Quand reverrait-il Djerba la Blonde et le bled familier, perdu au milieu des vieux oliviers bleus, non loin de la chaussée romaine ? Il ne le savait pas encore. Pourtant, il pressentait déjà qu’il n’y aurait jamais assez de flouze, jamais de petite maison blanche sous les vieux oliviers bleus ; et Yasmina, sa belle adorée, jamais ne fredonnerait tendrement pour bercer son enfant, dans la quiétude de leur dar.

Mektoub5. Inch Allah6 !

Il grelottait toujours. Une jolie fille passa tout près : hauts talons, mollets ronds, aguicheuse mini jupe. Il siffla flatteusement. La demoiselle se retourna, le toisa un bref instant, puis passa son chemin, se haussant du col et secouant une somptueuse chevelure rousse. « Ô Yasmina, ma beauté à l’œil farouche, à la bouche-fleur dissimulée. Ô Yasmina, opium de mes nuits, le temps fuit et toi, tu fanes au loin. Nos filles vieillissent si vite et si mal ! Mal de mauvaise nourriture, vite d’intolérable attente. Ô Yasmina, à ton tour, asma mon amour. Le dar blanc de nos rêves, entouré d’oliviers bleus, tout près de la mosquée et de la petite école coranique, la petite école qui m’a appris l’espoir, comment te dire que nous ne l’aurons jamais ? Loin de toi, je n’espère plus. Sans toi, l’espoir est un oiseau blessé et je tremble pour lui. Comment oser revenir près de toi avec les mains calleuses ? Yasmina, ne tente plus ces mains déjà usées, ne les invite plus à couvrir de caresses ton corps, deviné sous la danse ensorcelante de ton vertueux haïk7. Mon odorante Jasmine, ne laisse pas faner, si loin de moi, ce corps bien-aimé. Prends en bien soin, enduis-le des huiles douces de l’arganier et parfume-le chaque fois que tu me rends visite dans tes songes... Asma, ma Princesse, attends-moi, patiente encore un tout petit peu. Mon contrat va bientôt se terminer et je vais te revenir. Je te le jure sur ce que j’ai de plus sacré au monde : Toi ma Sœur, Toi ma Femme, Toi mon Amour.»

 

Cette fois encore, il ne l’avait pas entendu approcher. Et il s’en mordait les doigts. C’était de sa faute… Il savait bien qu’il allait revenir ; aussi aurait-il dû se méfier, rester prudemment sur le qui vive, au lieu de se perdre en songes creux.

Hep ! Asma ! Toi venir ici, toi mettre terre dans trou. Et toi faire fissa !

 

Le salaud, l’ignoble salaud ! Pourquoi me parle-t-il petit nègre ? Qu’il arrête son charabia, sinon je lui fous sur la gueule. Ah le salaud ! Il est gros et gras comme un porc. Il a chaud, lui. Il ne manque de rien, lui. Et lui, il dort dans un bon vrai grand lit, contre le ventre tiède d’une femme docile. Je ne pourrai jamais lui foutre sur la gueule. J’ai bien trop froid, bien trop faim, bien trop peur, bien trop peu de forces. Juste bon pour la pelle et pour la masse. Que j’ai faim de ce délectable couscous que tu préparais avec tant de soin et de tendre patience, petite mère chérie ! Comme j’ai envie, besoin d’un long repos ; besoin, envie de partager ton sommeil, de dormir contre ta peau odorante, Yasmina, ma fleur intouchable !

Il arracha trois pelletées de glaise gluante. Le type joufflu s’en fut en sifflotant, mains dans les poches, à son habitude. Le salaud ! Afin de canaliser sa rage, de se donner du nerf, il essaya de rythmer le va-et-vient de la pelle sur un air qu’il aimait, l’air de l’une de ces mélodies qui s’entendent partout, là-bas dans tous les souks du pays, là-bas près de la mer, la mer qui berce Djerba l’ensoleillée, Djerba la belle paresseuse ensorceleuse. Un bref instant, il en éprouva un grand réconfort, y puisa même un regain de courage.

Une blondinette cria : « Tiens attrape ! » en lançant un petit caillou rond comme une bille. Il le lui réexpédia et but une seconde de joie au visage souriant de la fillette qui fit entendre un joli rire, étincelant de menues dents nacrées.

Elle est trop jeune pour mépriser, pour haïr, pensa-t-il. Ils le lui apprendront bien assez tôt !

À cloche-pied, l’enfant s’éloigna en évitant les mares de boue. Pour elle, pour tous les gamins de sa sorte, il devait supporter le travail ingrat qu’il faisait et qui l’éreintait. À cette jeunesse, il ne fallait pas de trous dangereux ni de flaques croupissantes. Mais, c’était également pour tous les autres, tous les adultes indifférents, sinon hostiles voire parfois haineux, qu’il accomplissait ce pénible boulot d’assainissement avec ses frangins de galère : les Norafs, les Yougos, et les non moins malchanceux Portos faméliques.

Machinalement, son regard se fixa à hauteur du dernier étage de la H.L.M. dont il nettoyait les abords. Une fois, il était entré dans l’un de ces appartements. Une seule fois. C’était clair et neuf, bien chauffé. Il avait glissé et fait une mauvaise chute dans la fosse qu’il était en train de combler. Une jeune femme passant par là, et qui avait assisté à la scène, avait insisté pour que l’on conduisît le jeune ouvrier chez elle afin de le soigner. La femme avait un visage serein et, comme son ventre était joliment rond, elle avait dû oublier l’indifférence et le mépris. Peut-être pour l’enfant à naître. Et lui, l’Arbi, il avait regardé droit, au fond de ses yeux noisette, la jeune femme lorsqu’elle lui avait offert un verre alcool, avant de le refuser poliment. Alors miracle, elle avait rosi puis bafouillé : « Excusez-moi ! J’avais oublié que chez vous, ça ne se fait pas. » Elle avait très nettement dit : « chez vous » et non pas chez les bicots, les gris, les ratons ou les crouilles. Il avait remarqué et aimé sa manière d’à peine insister sur le « chez vous » comme si elle n’avait pas trouvé le mot juste et s’en excusait. À nouveau, il l’avait fixée, lui avait souri, et avait même osé lui souhaiter un beau bébé, en pensant à celui que lui donnerait sa Yasmina. En tous cas, il garderait jalousement au fond du cœur, le souvenir de cette femme généreuse et des paroles que seuls leurs regards avaient échangées, le souvenir de l’appartement clair et il se promettait de raconter cette belle histoire, sans rien en omettre, à sa lointaine promise.

Il sursauta. Le type boudiné venait de poser sa grosse patte sur lui et le secouait ferme.

Asma ! – Encore ! – Va pas dire que t’as pas été prévenu, le Bicot ! J’ai parlé de toi avec le chef. – Un type encore plus gros, plus boudiné. – Il va te virer ! Et pas la peine de sortir les salamalecs. Tes salades, tu peux te les carrer dans le croupion. Nous autres, ces conneries-là, on n’en a rien à branler.

Il n’eut pas le coeur d’affronter le regard mauvais du gros homme, alors il reprit sa pioche, tapa, creusa, déblaya. Déblayer, creuser, taper, c’est juste ce qu’ils exigeaient. Veulent surtout pas savoir que vous avez faim, froid… Veulent pas savoir que vous crevez de solitude. Fallait seulement taper, creuser, déblayer… Encore déblayer, creuser, taper, et sans fin recommencer. Loin des frères, loin des amours, loin du pays et de la douceur d’y vivre. Seul, toujours seul et, sans jamais rien dire, toujours plier.

Non. Pas définitivement !

Sans lever les yeux, à l’odeur aigre, il sut que le type approchait, la bouche sale d’insultes.

Seulement, cette fois-ci, il ne l’écoutera pas, ne fera même pas semblant. Il ne s’entendra plus reprocher qu’il est venu manger le bon pain blanc de la France, beaucoup trop généreuse avec les sales moins que rien de sa race.

Beaucoup trop généreuse avec les sales moins que rien de sa race ! Il ne broncha pas. Pas même d’un cil. Il attendait. Et soudain, la brûlure de l’haleine avinée de l’homme lui mordit la nuque. Aussitôt, retrouvant toute sa fierté et une force insoupçonnée, il brandit la pioche avec la hargne du désespoir. Il la tint dressée en l’air un cinquième de seconde puis l’abattit dans le gros tas de graisse qui, avec un couinement cocasse, s’écroula dans la boue.

De fines éclaboussures d’or et de sang étoilèrent le visage de l’émigré. Un rayon complice du soleil couchant aviva son teint qui, aussitôt, rayonna de l’incomparable beauté de ses vingt ans retrouvés.

Il leva machinalement les bras et tendit les mains vers d’invisibles menottes.

La scène en impressionna plus d’un.

Certains prétendirent qu’il avait essayé de s’enfuir en direction de la cage d’escalier de l’un des immeubles voisins et que seule l’arrivée de curieux l’en avait empêché.

D’autres affirmèrent l’avoir entendu prononcer des paroles, possiblement en langue arabe. D’entre ces mots, ils réussirent à rapporter ceux revenant sans cesse en une sorte d’envoûtante mélopée : « Asma… Djerba… bled… Yasmina… Mektoub… Flouze… Inch Allah ! »

 

Ensuite, il y eut des cris perçants, des sirènes, d’abord au loin, puis de plus en plus proches et des bousculades, des pleurs d’enfant, des appels et des piétinements, d’incessantes allées et venues. Le grand désordre et l’attroupement habituels lorsque casse la routine.

 

Enfin, on l’emmena.

 


1 Asma : écoute (arabe).

2 Dar : maison

3 Flouze : argent, fric.

4 Habibi : mon amour.

5 Mektoub : le destin.

6 Inch Allah : Dieu décide.

7 Haïk : voile dont les femmes musulmanes recouvrent leurs vêtements.

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:46

 

J’ai revu récemment le dernier film des Monty Python, « Le Sens de la Vie », et c’est avec plaisir que j’ai savouré pour la énième fois cette fameuse scène au restaurant, hilarante, comme tant d’autres passages du film. Et si elle s’avère peu raffinée, elle ne manque en tout cas pas de sel.

Un homme difforme, aussi grand que large, pénètre dans un grand restaurant gastronomique, et se fait servir une orgie de bouffe, par un John Cleese comme d’habitude irrésistible de flegme et de drôlerie. Le repas est accompagné d’un seau, qui permet à l’obèse de vomir au fur et à mesure qu’il ingurgite les mets. La scène monte en puissance, c’est un festival de gerbe, entre le personnel qui se fait arroser (l’obèse vise mal) et les clients des tables voisines (tout en smoking et robe de soirée) qui se répandent eux aussi dans leurs assiettes, dégoûtés par le spectacle qui s’offre à eux…

Rarement une scène aura été aussi loin dans l’horreur gastronomique au cinéma (sauf peut-être Pasolini avec son film « Salo ou les 120 journées de Sodome ») : en effet, à la fin de la séquence, le personnage de Cleese propose un carré de chocolat à l’obèse, et après l’avoir avalé, il éclatera littéralement, se retrouvant les tripes à l’air, les côtes en avant, les autres clients vomissant à tour de bras, laissant une vision d’horreur au spectateur, ébahi par ce déferlement de mauvais goût.

Bon appétit !

(Texte initialement publié dans le fanzine de l’association castelroussine Travelling).

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:25

1 500 personnes se sont rassemblées, en dépit du froid, sur la place du Panthéon, mardi 18 janvier, de 18h30 à 20h30, afin de tenir la conférence-débat avec Stéphane Hessel et ses invités, qui devait avoir lieu à l’Ecole normale supérieure et que la directrice de celle-ci, Mme Monique Canto-Sperber, a interdite le 12.

 

Lire la suite : http://www.france-palestine.org/article16513.html

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:24

Je mets ce chef d'oeuvre en ligne !

Mais ceux qui aiment le papier, le livre, par exemple, pour caler un meuble, pourront en disposer, avec une très belle couverture ! Imprimé à la demande !
Au total, pour cette superbe édition (que vous pourrez numéroter vous-même!) un petit prix vous sera demandé (10 à 12 euros pour 100 pages, c'est pas cher!
Les radins se satisferont de cette lecture mais attention c'est pas facile de lire au lit devant un grand écran !
Je vous préciserai ça plus tard. Patience ! Vous me donnerez vos nom et adresse et soyez sûr que je ne ferai pas fortune mais vous ne serez pas dépouillé non plus.
Cette expérience est unique au monde !
Voici mon adresse e-mail pour commander : rolland.henault@wanadoo.fr

 


 

 Ils lui en voulaient à la Bovary, c’était incroyable!

 Je n’avais jamais vu, en quarante ans de pratique, une telle haine de la part de lycéens, même aussi peu portés sur la littérature.

Et pourtant j’en avais fréquenté, des classes hargneuses, en direction des classiques! Le vendredi, à 18 heures, c’était souvent qu’ils sortaient en marmonnant, furieux:

- la mère Sorel, j’aurai sa peau...

- cette vieille pédale de Marcel Proust, je lui ferai ravaler sa madeleine...

- et les caves du Vatican, j’irai les dépouiller avec mon frère, putain de sa mère, il remet plus les babouches au Maghreb, le céfran...

Mais le week-end les calmait. Le lundi, ils n’y pensaient plus. Le jeudi, on pouvait remettre ça. C’était une affaire qui tournait, finalement.

Alors que là, avec Emma, c’était devenu invivable. Quand j’entrais dans la salle de cours, ils criaient:  

- «  A bas la Bovary!...A mort, la Bovary! La Bovary au poteau!!!... »

J’avais fini par téléphoner à mon inspecteur, un quinqua qui s’était habilement rangé des voitures en élaborant des théories spécialement pointues sur l’art de diriger une classe à distance et par ouï dire. De très loin même, et par prof interposé, via le satellite. Il était d’un bon conseil. Un vrai soixante-huitard. On lui payait le voyage pour arranger les dysfonctionnements, comme il disait. Il savait toujours trouver la faille. Il avait toujours le dernier mot:

- Il suffit de s’assurer que le message passe!...n’oubliez pas mon numéro de portable...

Voilà ce qu’il disait. Il repartait en TGV.

 Il donnait dans la maintenance pédagogique, en somme, et nous étions le matériel.

 Il ne se hasardait plus dans les classes depuis des années, c’eût été du gaspillage, un tel cerveau livré en pâture à des fils de prolétaires. Peut-être même arabes de surcroît? Ou turcs, ou serbo-croates, allez donc savoir.

Il pourrait toujours, par fax, ou par courriel, me régler ça en un paragraphe bien senti.

J’obtiens la secrétaire intérimaire de son adjoint:

- Ils veulent tuer la Bovary...

Elle est restée paisible. Elle a même eu l’air assez blasée:

- Est-ce qu’ils l’ont menacée...physiquement?...

- ah oui, tous les matins, depuis le début de l’année...

- Bon...ils l’ont violée combien de fois?...

- Excusez-moi, mademoiselle, je crois que je me suis mal fait comprendre...ils veulent tuer, assassiner la Bovary, la grande héroïne romantique...

Elle m’a raccroché au nez:

- Vous vous trompez de service, si c’est pour l’héro, je vous passe les « étudiants accrocs »...

J’ai eu droit à la « lettre à Elise », entrecoupée de messages suaves, dans une ambiance aéroportuaire.

Inutile d’insister. J’ai appelé le ministre.

- Allô?...un professeur?...

Ricanement amusé...

- ça existe encore?...non, je plaisantais...je vous passe le premier vigile du ministre...

- Ils veulent tuer Mme Bovary...

Le type comprend tout de suite...

- Ah putain! Ils vont finir par la flinguer...depuis que c’est au programme, on reçoit jusqu’à trente menaces par jour...

- faut la mettre à l’abri...

- elle les excite, on ne sait pas pourquoi... C’est pas un canon pourtant...

- passez-moi le ministre...

- Je ne peux pas, il ne parle pas aux profs...il parlemente avec des élèves qui voulaient tuer Racine...ils sont armés...et ils en ont aussi contre Rousseau, pas le cycliste, l’écrivain, celui qui a son nom dans les rues...et après il part au Mexique, se reposer avec le Président...il a le droit de se distraire...il poussera jusqu’au Honduras, voir la catastrophe...

- Mais l’enseignement aussi est une catastrophe...

- Oh doucement, mec, tu parles à un arrière-petit-neveu de Jo Attia...dans l’enseignement on a un maccabée par ci par là...rien de comparable avec le vrai milieu...Je signale le cas de votre gonzesse, c’est tout ce que je peux faire...

Il a raccroché.

Ainsi nous vivions dans un monde où la mort des grandes femmes de la littérature n’intéressait plus les ministres?

Mon dieu, elle est belle, la France!

Il va falloir que je me démerde seul avec ma classe, et la future victime, Emma Bovary. C’est pas n’importe qui, cette nana.

S’ils me la trucident, mon avancement est foutu. Je peux dire adieu à mes 18 000 francs en phase terminale. Je pourrai à peine me payer le foyer MGEN, sans les soins palliatifs. Mais certainement pas le golf au Maroc, qui est d’autant plus jouissif qu’on a chassé les pauvres, sur 40 000 hectares.

Ca leur fera les pieds !

 Bon, la Bovary !...Si je me retrouve pas au placard! Non assistance à personne en danger. Ou peut-être  complicité de crime contre l’humanité!

 Avec ce connard de Klarsfeld qui veut baiser tranquillement après avoir tué Papon ! Chacun ses plaisirs…

Ah  je me suis foutu dans de Beaux Draps! (Je viens de citer Louis Ferdinand Céline…c’est un crime contre l’humanité !)

 

On va tout reprendre au début, c’est la seule chose à faire.

Le mieux, ce serait de procéder comme pour les grands truands en cavale: chirurgie esthétique et changement d’identité. Méconnaissable, elle sera, Emma. On l’enverra en Suisse.

J’avais déjà esquissé un début de portrait, propre à satisfaire aux exigences des élèves post-modernes. Ca donnait ceci, à peu près, je cite de mémoire, depuis qu’ils ont brûlé mon appartement:

 

« ...Emma Bovary, c’était pas ce qu’on appelle précisément un canon. Pas franchement bandante, la meuf. Elle se tenait sur son fauteuil de bourge, les genoux serrés, on aurait dit congelée dans la naphtaline.

Sans compter l’oeil éteint, fadasse, et voilà qu’en plus elle tenait un bouquin qu’elle s’avait posé sur la foune, si bien qu’on voyait rien de sexy. Des gonzesses comme ça, c’est pas présentable pour le bac, mais bon, elle avait de la tune... »

 

Je comptais enclencher sur le fric du papa et ce grand nigaud de Charbovary, et j’en arriverais vite aux scènes plus « hard », en particulier une scène érotique dans le RER sur laquelle je comptais ferme pour rattraper le coup.

Le ministre nous avait fait savoir par fax que ce qui importait dans le lycée, c’était seulement les élèves, les profs on les tolérait, à condition qu’ils s’écrasent.

- Qu’ils se fassent oublier, putain, déjà qu’on les paye encore au smic!

Le ministre était un comique, études au Café de la Gare, Ecole du rire, passage chez Bouvard et tout. Son truc, c’était les petites phrases. Dans un sens, il était pas con, les petites phrases c’est plus court que les longues.

En général, il convoquait les radios et les télés, il s’avançait vers les micros:

- les profs c’est rien que des mammouths!

Et il ajoutait:

- prout prout prout...

La France était pliée en quatre.

Ce matin-là il avait été en superforme:

- Les profs ont des petites bites...

...toutes petites comme des sourites...

On n’avait jamais autant rigolé!

 

Dans les salles des profs, les enseignants mâles, inquiets, s’étaient tous dirigés vers les toilettes, afin de vérifier le calibre et la longueur de leurs instruments de reproduction et de fornication.

Les femmes, ironiques et gourmandes, les interrogeaient à la sortie:

- Alors, t’as pas triché, au moins?...t’as pas tiré dessus...

Le corps enseignant était humilié dans sa chair.

Les femmes, celles qui rigolaient au début, furent assez vite calmées par une autre petite phrase:

- Les enseignantes ont leurs arcagnats tous les 28 jours, ça commence à bien faire...

Emotion intense dans les milieux féministes. Mais à peine la petite phrase était-elle digérée qu’une autre, encore plus méprisante, la suivait, avec une logique imparable. Le ministre n’avait même pas pris la précaution de la relier à son discours précédent, tellement tout ça s’enchaînait bien:

-...sans compter que le reste du temps, elles sont enceintes!

 

 Au lycée multi-polyvalent et urbano-rural de Lamotte-Tartatin sur le Beuvron, l’effervescence était grande. Certains vieux braconniers parlaient d’aller piéger le ministre. D’autres envisageaient de se retirer, tout simplement, et de retourner à la culture des asperges.

- On lui en foutra une dans le fion! marmonnaient ces malheureux, retournés bien malgré eux à des vulgarités d’une autre époque et, il faut bien le dire, assez primaires.

 D’autres, enfin, menaçaient de replanter clandestinement du noah, ce cépage qui rend fou et qu’on mêlerait au Champagne des cérémonies officielles. Les Champenois, en effet, avaient été maltraités par des petites phrases encore plus insultantes:

- Si les poilus avaient eu des couilles comme les vôtres, les Teutons dégueuleraient aujourd’hui dans les bénitiers de votre cathédrale.

Le journal syndical avait répliqué vertement dans un article intitulé astucieusement: « Un enseignement au poil » et c’était signé crânement « Lecouillu. »

Résultat: une solidarité particulière s’était créée entre l’ethnie solognote et les fiers descendants des Francs.

 

Malgré tout, le problème restait posé et la situation empirait. Les élèves s’en prenaient maintenant à Mme de Rênal, à la Chèvre de M Seguin, en qui ils avaient cru reconnaître l’épouse d’un ministre et, surtout, Mathilde de la Mole, qu’un nègre d’un rédacteur de France-Soir avait maladroitement orthographié « de la Moule ».

Il s’en était suivi deux plaintes en diffamation.

 La première émanait d’une association de défense des familles d’abrutis génétiques traditionalistes, et la seconde d’une société de production des « mollusques lamellibranches aux valves oblongues », autrement dit des producteurs de moules frites, mais sans les frites.

 

 Je m’étais promis de rapporter ces événements sans qu’aucune grossièreté vînt troubler la sérénité du débat, mais, et je suis le premier à le déplorer et même à m’en excuser auprès du lecteur, il est impossible d’aborder sainement les problèmes posés par l’enseignement en 1999 sans avoir recours à un lexique que certains jugeront peut-être vulgaire: il y va de la sincérité et de l’efficacité du propos.

 

 En tout cas, dès le 15 octobre, il fut clair qu’on devait retirer Mme Bovary des rayons des librairies. Ce fut un coup dur pour les éditeurs spécialisés dans les ouvrages scolaires, mais on ne pouvait pas continuer à prendre le risque d’un attentat collectif.

Déjà, à Nohant, la sépulture de George Sand avait été souillée par des anti-berrichons. Les voyous, âgés de quatre à sept ans, se réunissaient dans la Mare au Diable, pour y torturer des têtards, et ils avaient grossièrement écrit sur la grille du château: « les grognasses des berrichons sont des pétasses à petits nichons. Signé Homard m’as tuer »

On avait assez rapidement identifié un ennemi du poissonnier de la Châtre, mais à Mâcon, un dévoyé s’en prenait à Lamartine sous prétexte que la sienne l’avait plaqué pour se mettre en PACS avec la Christine Boutin.

« La Christine me broutine » avait barbouillé ce voyou sur un mur de la maison de Milly! « Milly la perforée » avait rajouté un plaisant pas très malin, qui confondait avec Milly la Forêt et Jean Cocteau.

On voit d’ici le niveau!!!

Il était temps que le ministre intervienne encore une fois.

Il prit son temps.

Il consulta Jacques Séguéla.

Il consulta sa montre.

Il convoqua les journalistes.

Il boutonna sa veste, pour faire peuple.

Et le lundi, au journal de 20 heures, il annonça, énigmatique:

- Pipi!

Sobrement, il ajouta:

- C’est tout ce que j’ai à dire.

Pendant une semaine, les commentaires allèrent leur train. On supputa une plaisanterie sur les professeurs prostatiques et les revues syndicales se demandaient si les soins concernant la vessie n’allaient pas faire l’objet de nouvelles restrictions.

Arriva le lundi suivant, comme c’est souvent le cas, une semaine plus tard.

Même mise en scène.

Même insupportable suspense.

Au journal de 20 heures, un silence de mort s’abattit sur l’hexagone.

Le ministre, très sobre, annonça:

- Caca!

Cette fois ce fut la consternation. Ainsi, il s’en prenait à la sodomie, activité encouragée depuis la nuit des temps? Ou alors, il refusait d’admettre que l’enseignement développe le risque d’hémorroïdes?

Ou quoi, encore?

Le troisième lundi apporta enfin un éclairage nouveau:

- Boudin ! s’écria, jovial, le ministre de l’Education Nationale!...pipi, caca, boudin, voilà, c’était ça le message.

Il ajouta, en son fameux franc parler:

- Espèces de trous du cul!...

Rassurés, les enseignants consentirent à reconnaître le bien fondé des réformes.

On supprima l’histoire et la géographie, puisque les dépliants publicitaires et les panneaux indicateurs les avaient déjà supplantés.

On supprima le grec et le latin, c’étaient des gens qu’on ne voyait plus que très rarement dans la région.

On supprima les langues étrangères. En effet, les étrangers parlaient en général très mal leur propre langue, avec un accent déplorable, qui nous rendait leurs sabirs incompréhensibles.

On supprima les disciplines littéraires, la philosophie, les arts martiaux, le macramé, le canoë kayak, les mathématiques, le code de la route, l’hygiène dentaire, la mécanique des fluides, l’électro-acoustique, la masturbation, le jogging, le surfing, le piercing, le babby-sitting, la phonétique, la maïeutique, la piqûre antitétanique.

On supprima tout.

On ne conserva finalement que l’Education Nationale, car il importait, disait le ministre, que les jeunes français du troisième millénaire eussent des connaissances pratiques, en accord avec l’ère nouvelle qui s’ouvrait devant nous.

Les ères nouvelles s’ouvrent en effet rarement derrière ceux qui osent les regarder en face, droit dans les yeux.

 

 


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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:18

Extrait du tract :

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:02

En vente dans toutes les librairies de la région Centre. S'ils ne l'ont pas, exigez-le !

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 07:53

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 07:51

 

Le texte qui suit est paru dans le dernier numéro du fanzine de l’association de cinéma castelroussine Travelling.

 

Il existe des films qui associent, curieusement, un moment agréable de dégustation gastronomique avec des scènes de tension assez extrême, parfois violentes, où la nourriture devient un moyen d’agresser un personnage.

On ne sera pas surpris de découvrir chez des cinéastes comme Stanley Kubrick ou Quentin Tarantino des séquences difficiles à digérer au niveau de la violence. Pour précisément faciliter cette digestion laborieuse, certains nous assènent des moments plus légers, qui stimulent nos papilles. Je passerai rapidement sur les fameux dialogues du film « Pulp Fiction », de Tarantino, où des discussions entières sont consacrées aux hamburgers et à leur composition, tandis que les protagonistes, philosophes, s’apprêtent à tuer des pauvres types.

Je préfère évoquer cette scène intense dans « Inglourious Basterds », du même Tarantino, interprétée par notre Mélanie Laurent nationale. Voici le topo : nous sommes en pleine France occupée, pendant la Seconde Guerre Mondiale, et la jeune femme, dont le personnage se prénomme Shosanna, se retrouve assise à la même table de restaurant que l’officier nazi Landa (joué par le remarquable Christoph Waltz), responsable de la mort de toute sa famille. Elle le reconnaît tandis que lui ignore les origines de son interlocutrice. A partir de cette situation se joue une séquence parfaitement orchestrée pendant laquelle la jeune Juive, de plus en plus terrifiée, finit par littéralement se pisser dessus, tandis que l’officier allemand déguste une part de gâteau, le Strudel. La tension ne cesse de monter, on craint que Landa ne démasque Shosanna… et Tarantino, de son côté, opte pour des gros plans du gâteau, suivis des bruits de mastication appuyés lorsque Landa mange sa part devant une jeune femme aussi stressée que le spectateur… il est amusant de constater qu’au début de leur rencontre, l’officier manifeste sa supériorité sur la jeune femme en insistant pour qu’elle mange du Strudel, en précisant qu’il faut « attendre la crème »… Shosanna n’a pas d’autre choix que de se plier aux exigences de Landa. On comprendra que sa part de gâteau passe mal, du coup.

 

Dans un contexte un peu différent, je pense à cette scène dans « Orange Mécanique », de Maître Kubrick, où l’on voit Malcolm McDowell qui se goinfre de spaghettis, tout en buvant du vin. Il finira la séquence avec la tête s’écrasant littéralement dans le plat de pâtes. Là encore, le personnage est victime de son interlocuteur : en effet, Alex (McDowell, donc) se retrouve face à l’homme – désormais handicapé – dont il a violé la femme, au début du film. Et manque de chance, Alex a été démasqué. Le repas offert se trouve ainsi être un piège dans lequel il tombe sans s’en rendre compte. Comme dans le film de Tarantino, le personnage en face d’Alex lui impose de boire son vin. Son comportement agressif ne laisse pas le choix au héros, qui ingurgite du même coup la drogue qui va le plonger dans l’inconscience. *

 

Un troisième exemple me vient, provenant d’un titre-phare de la filmographie d’un de mes grands favoris. Dans « Rosemary’s Baby » de Roman Polanski, une séquence de dégustation de mousse au chocolat a des conséquences dramatiques pour l’héroïne Rosemary, interprétée par la fragile Mia Farrow. Au cours d’une soirée, la jeune femme et son époux mangent de la mousse au chocolat préparée par leur voisine. Or, là encore, la nourriture est droguée, puisque Rosemary fait un malaise, et pendant la nuit, elle va être victime d’un rêve traumatisant, probablement imprégné d’une part de réalité, comme nous le découvrirons plus loin dans le long-métrage. Dans ce nouveau cas de figure, il est intéressant de noter que le mari de Rosemary fait tout pour qu’elle mange cette fameuse mousse. Tout comme Landa et l’homme handicapé dans les films mentionnés précédemment, nous avons encore une fois un protagoniste qui « pousse à la consommation ». A ceci près que dans le film de Polanski, contrairement à celui de Kubrick, on ne sait pas à quel point le compagnon de Rosemary est complice.

Arrêtons là le catalogue, je ne voudrais pas vous couper l’appétit… ceci dit, avant de vous enfiler un plat bien tentant, prenez garde à celui qui vous sert, et à ses intentions…

 

* Pour l’anecdote, et puisqu’on est dans le sujet, je mentionnerai la légendaire scène coupée dans « Docteur Folamour », du même Kubrick, qui était placée initialement en fin de film, et qui montrait les protagonistes dans la War Room en train de se livrer à une gigantesque bataille de tartes à la crème.

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 09:24

 

Les cartes bleues sont en berne, les carnets de chèques sont effeuillés, les visages sont hâves, les regards tristes et les gens qui vous souhaitent la bonne année ajoutent parfois : « la roue tourne ». Et ils croient sûrement bien faire, mais ils me démoralisent définitivement !

Et c’est vrai pourtant ! On va revoir les mêmes tronches d’escrocs à la télé, les mêmes salauds qui exploitent les pauvres gens, qui les humilient par leur luxe insolent, qui se payent carrément leur gueule, les Alliot-Marie, les Sarkozy, les Fillon, les Pécresse, les Besson, et l’immense cohorte des traîtres, les Kouchner, les Manuel Valls qui prennent leurs virages à droite, si tant est qu’ils aient jamais été à gauche, les milliardaires socialistes, les DSK, les girouettes de tout bord, à force de les voir tourner, ils me donnent le mal de mer, et tous ces vieux ligotés dans les maisons de retraites avec des sondes un peu partout et des camisoles chimiques et on appelle ça « l’espérance » de vie, et comme tous les ans, je me dis que c’est trop, qu’il va falloir commencer le nettoyage, parce qu’ils puent, ces riches, c’est une véritable infection!

On devrait avoir le droit de s’en débarrasser, avec du ministricide, ça doit être facile à inventer, on verserait un peu de mort aux rats dans les flûtes de Champagne, comme j’ai vu faire dans un film de Mocky, et ils s’abattraient tous enfin, et on ne pourrait plus dire que la roue tourne, ou alors ce ne serait pas la même roue. On la ferait tourner dans l’autre sens, la roue. On verrait des gens normaux à la télévision, des employés, des ouvriers, des manœuvres, des caissières, des shampouineuses, et plus jamais la gueule de Drücker, de Castaldi, qui gagne, à ce qu’on dit avec admiration dans les médias, quarante fois plus que Mr Sarkozy ! Heureusement tous ces gens là vont vieillir, et puis ils vont crever, la roue tourne, bonne année les riches qui vont claquer en 2011 !

Le seul remède que j’ai trouvé pour me calmer, c’est pas la médecine, parce que, vous le savez, il faut six mois pour obtenir un rendez-vous avec un rhumatologue et ce n’est qu’un exemple. Le pire, c’est que bientôt ce sera pareil pour les médecins généralistes. Et vous savez pourquoi ? Les petits jeunes, qui étaient de vrais médecins autrefois, qui s’installaient dans les petites villes, les bourgs de campagne, eh bien, ces petits jeunots, pourtant pas bien malins parce que là aussi la décadence a encore frappé, ils rêvent de la Grande Bleue et de l’Ile de France ! Ils rêvent du pognon, et uniquement ! Heureusement, ils seront baisés à leur tour ! Parce que les clients riches, ils ont leurs médecins riches, avec leurs avocats riches pour le cas où ils se rateraient, par exemple en greffant le pied droit à la place du pied gauche, ça arrive quand on est obsédé par la droite, par le fric. Le fric, il est toujours de droite, c’est même ça qui définit la droite.

La gauche, c’est l’intelligence et l’humanisme. Denrées rares en 2011. Alors ça donne des idées cette histoire de roue qui tourne et tous ces « vœux » de présidents de ceci ou de cela ! Des mauvaises idées. Enfin, ça devrait en donner mais l’ironie du sort c’est que les pauvres gens sont anesthésiés par la télé, devenus ignorants parce qu’on a démoli l’Education Nationale. Il en reste une carcasse vide, des lycées cernés par du grillage à sangliers, des profs découragés, agressés, au bord de la déprime, méprisés par les parents décomposés, d’ailleurs on a changé les appellations : plus d’instituteurs, ça c’est du passé ! Pourtant, « l’institution » avait le sens de « instruction », voyez, il faut toujours y revenir à la sémantique, au sens des mots pour ne pas se laisser avoir. Montaigne, au 16ème siècle, consacre un chapitre à « l’Institution » des enfants. C’était un métier, et on apprenait aux enfants, on transmettait des connaissances. Désormais on a des « formateurs » et on pourrait penser qu’ils vont « former » les enfants, leur permettre de s’épanouir à partir des connaissances du maître. Le maître n’est pas un tyran, mais une personne qui exerce des « fonctions de direction ». C’est simple, le maître (d’école) indiquait la marche à suivre, il aidait à s’y retrouver. « Professeur des Ecoles » est seulement un titre prétentieux, un statut. Le maître avait une mission : transmettre le savoir. Eh bien on fait encore mieux maintenant : on a le « Formateur ». Le formateur ne « forme » pas, il « formate », il impose un ordre, une forme obligatoire dans l’expression. Bref, il met les jeunes au « format », il en fait des objets, des pantins qui répètent, des jouets télécommandés. Ainsi un élève va vous dire qu’il vous présente sa « production » et non plus sa rédaction. C’est très important, cette nuance et ça me permet de revenir au début. La roue tourne ! Si on avait appris aux élèves à lire et à écrire, ils auraient développé leur personnalité.

Je termine sans aucune prétention mais ils auraient lu les révolutionnaires du 20ème siècle : Huxley, Orwell, Michéa, son « vulgarisateur », et Guy Debord, mort il y a 25 ans. Je ne peux m’empêcher de vous citer le titre du livre qui m’a le plus marqué en fin de parcours. La lecture demande un effort. Mais Voltaire écrivait déjà : « Je plains l’homme accablé par le loisir ». Car le loisir, il faut le développer mais pour de véritables activités culturelles qui rendent moins malheureux et qui permettent de dépister tous ces charlatans, qui tournent en rond sur votre écran de télévision !

Voici ce titre : « In girum imus nocte et consumimur igni ». Cette locution latine se lit de gauche à droite et de droite à gauche, et se traduit ainsi : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ». C’est un « palindrome ».Alors je pense aux 11 000 manifestants de Châteauroux, il y a deux mois. Et partout en France.

On a battu des records de participation, on a tourné en rond, et l’ardeur (le « feu qui dévore ») ne manquait pas. Mais quel résultat décourageant ! Il faudra bien, un jour, passer aux actes. Bonne année la roue tourne ! Je finis sur la note traditionnelle, la Boutin serait amoureuse d’un bouc plus jeune ! C’est une nouvelle pour la presse people mais je préfèrerais la presse du peuple. La question est simple : une révolution sans violence est impossible. Ca n’empêche pas de boire un coup avec le « Vagabond des Vignobles ». A la bonne vôtre !

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