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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 10:31

sauvagerie-001.jpg

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 10:27

 

Ben Maloui, se regardait dans la glace de la grande armoire de la chambre. Putain, la classe avec son jogging tout blanc , impec. On aurait un dit un footballeur pro ; pas un renoi ,non un bon…

Il fit deux, trois mouvements de valse façon comme une serveuse qui va au boulot.

Il tombait bien l’Adidas. Un vrai lascar, al-’askar , le soldat .

Il enfila la cagoule que lui avait passé Madjib. Un keum de première , Madjib.

Les All star aux pieds , ça le faisait. Made in Clignancourt.

Il enleva la cagoule et alla sur le lit prendre le gun. Imitation parfaite sauf qu’il était à bille et en plastique.

Dans un braquage, c’est l'aplomb qui compte, l’autre en face, il craint alors il ne détaille pas et puis en cas de problème ça coûtait moins en placard et tu peux toujours envoyer la jambe. Sauf , que si en face il y a un cowboy…

Il fit valser le flingue deux, trois fois comme dans “Taxi “et le fourra dans sa ceinture.

Le froid de l’acier , plutôt le chaud du plastoc lui fit un frisson dans le bide. Il remonta ses épaules et ses talons et pensa “ Ça va chier !!! “

Encore quelques mimiques pour jouer à la cité de la peur façon la haine, puis,il accrocha le sac à sa taille et le fourra sous son blouson. Enfin, il se dirigea vers le couloir , direction dehors.

- Tu vas où ? cria sa mère du fond de sa cuisine

- Je vais faire un tour , Yemma

- Rendre pas tard , ton père il sera pas content.

- T’en fais pas !!!

Son père de toute façon , il est jamais content. Lui, ne sera pas comme ça, l’usine macache! Il va faire son coup et après allez , direct Hammamet , j’prends mon tour et je saute la Zaïa….

L’ascenseur n’était en panne que depuis un mois, tout allait bien; il descendit par l’escalier .En bas , il y avait Momo, Ali et karim

Il passa devant eux en vitesse, pas le temps de parler.

-He, le ouf, tu nous parles pas ?

-Èh! Tu vas où?

-Laisse, béton il va à la fête des charclos.

Ce jour là en effet ,il y avait une brocante à Saint-Paul. Les associations de quartier qui animaient le coin. La moitié de la population y était, l’autre soit restait chez elle, soit était partie loin , manière à pas côtoyer les gens de la cité.

Hamed ne répondit pas aux appels. Parler c’est prendre des risques, il l’avait lu dans un bouquin qu’on lui avait passé . Sur le terrorisme. Lui, il voulait juste prendre de la monnaie.

Il traversa l’immense place qui trônait au milieu des immeubles.

Le tabac n’était pas loin, personne aux alentours. Il entra dans le local à poubelle qui était à proximité, enfila sa cagoule et sorti en vitesse pour entrer comme il avait bien étudié. Il venait tous les jours.

Se caler contre le mur de manière à ce qu’on ne le voit pas du dehors, tendre le gun sous le nez du vieux et gueuler :

- Bouge pas ! La caisse !

Le buraliste, bien qu’ancien de quelque chose ne tenta rien. Il s’était déjà fait trouer la peau ailleurs pour presque rien, assez pour ne pas avoir envie de recommencer pour cent euros et quatre paquets de clopes .

-Tiens prends, dit-il en sortant le tiroir.

Hamed défit son sac qui pendait sur son ventre et y enfouit les billets, il bascula le tiroir pour y faire tomber les pièces. Ensuite, il attrapa tous les jeux de grattage qui rejoignirent le butin. Le buraliste lui tendit quatre cartouches de ces cigarettes préférées.

Il les fourra avec le reste et sortit à reculons .

 

Deux minutes, il n’avait mis que deux minutes!!! il courut jusqu’au parking dont la porte ne fermait jamais et alla se cacher tout au fond.

Il retira enfin la cagoule, toute trempée de sueur. Il bandait.

Il avait réussi.

Il remonta par l’escalier extérieur pour rejoindre l'appartement.

La 3jouz était à l'affût

-Tiens mon fils, t’es rentré ?

-Oui, m’man

-Ça va ?

-Oui, j’suis fatigué, je vais dormir.

Elle marmonna,

-C’est ça dors, et puis ce soir tu seras en forme pour les bêtises…

Hamed vida son sac sur son lit et compta l’argent : 228 euros….

Les gens payent en carte…

Il les mit dans sa poche , déçu. Mais le sourire lui revint : les jeux, les jeux !! Et il se mit à gratter, à gratter, plus de deux cents tickets. Il en gratta pour 10.000 euros. Bingo !!!

Il ramassa tous les gagnants et les mit dans le sac.

Dans le couloir, Il se retrouva de nouveau dans le champ de vision de sa mère.

-T’es reposé mon fils ?

-Oui, m’man.

-Tu te rappelles ce que j’ai dit ?

- Oui maman , à ce soir!

La porte, l’escalier puant, l’entrée pourrie de mac do dégueulé , la cour.

Il allait d’un pas agile jusqu’au tabac ; Plus besoin de se cacher.

Il entra dans la tabac où se trouvait trois personnes à qui le marchand racontait son aventure.

Le groupe se tourna vers lui, pas plus craintif que d’habitude.

-Tiens , bonjour Hamed, tu veux quoi ?

-J’ai gagné au ticket, vous pouvez me payer ?

-Désolé, mon garçon, j’ai été braqué ce matin, plus d’argent en caisse.

-Ha bon……Alors, je fais comment ?

- Reviens demain matin, j’aurai de quoi, je vais être renfloué par la Française des Jeux, laisse moi tes tickets.

Hamed hésita mais comme c’était comme ça qu’on faisait, il déposa tout sur le comptoir.

-Tu as compté ?

-Oui

-Bon, ben on se fait confiance ? Là, j’ai pas le temps, tu comprends avec ce qui m’arrive….Je mets ça dans cette pochette…. À demain?

-À demain , m’sieur.

Hamed rentra chez lui, rêvant à ce qu’il allait faire avec tout ce flouz.

Ce soir là , il fut très gentil avec ses parents qui parlait de son frère qui était en prison et de sa sœur qui attendait son troisième enfant et que son mari il est au chômage.

D’habitude Hamed se fichait de ces conversations . Son frère était un nul et sa soeur une grosse vache.

Maintenant qu’il était riche, cela l’amusait, il n’était plus comme eux.

Il dormit très bien et se réveilla de bonne heure à dix heures.

Il prit une douche et remit ses vêtements.

À onze heures pile , il entrait dans le bureau de tabac.

Le buraliste se tenait dans le fond de la boutique.

-Bonjour monsieur, je viens pour mes tickets ;

Au même moment , il entendit quelqu’un entrer derrière lui, machinalement il se retourna pour voir deux képis. Son regard se retourna vers le comptoir où à présent se tenait un homme en civil.

-Fais pas le con , et tout ira bien : Police.

 

Hamed se retrouva en préventive.

Il passa des nuits à essayer de comprendre ce qui n’avait pas marché dans son plan…

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 10:05

Une coupure de presse de La Montagne, notre quotidien :

montagnard.jpg

Un commentaire : je ne suis pas d'accord avec la partie ci-dessous du propos :
" Ce n'est pas la fortune qui scandalise mais son indécente exhibition ".
Oh que si, la fortune est un sacré foutu scandale ! Et du reste si elle
n'existait pas, elle ne pourrait s'exhiber.

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 09:48

 

Tribune de Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme,  publiée dans Le Monde.fr :


Passées les bornes, il n'y a plus de limites. Cette tautologie populaire résume, malheureusement sans excès, la conception que se fait le pouvoir politique actuel d'une démocratie. Selon la justice quelques policiers construisent de toutes pièces un dossier qui risque d'envoyer un homme en prison pour des années, cet homme aurait été de plus, c'est un comble, victimes de sévices. Ils sont condamnés à de la prison ferme.

> Et voici que le ministre de l'intérieur, le préfet, des syndicats de policiers hurlent. Non contre ces hommes qui ont trahi, de la manière la plus grave qui soit, la confiance de la nation mais contre les galeux qui ont rendu cette décision : les juges. Et gageons que nous entendrons bientôt le président de la République y ajouter ses propres commentaires. Quant au ministre de la justice, il nous sert le discours lénifiant qui sied à un eunuque de cour.

> Ce n'est certes pas la première fois que les plus hautes autorités de l'Etat s'en prennent aux Juges. Mais c'est la première fois qu'à cette rhétorique, détestable mais devenue habituelle, s'ajoute la caution donnée à quelques policiers qui, ostensiblement, prétendent devenir les régents de l'autorité judiciaire. Je me garderais bien de comparer cette affaire aux centaines d'affaires d'outrages et de rébellion à agents de la force publique qui entraînent des condamnations au bénéfice du doute. Je me garderais, tout autant, de m'attarder sur ces milliers de procédure traitées à la va vite et qui conduisent des hommes et des femmes à supporter des peines démesurées, quant leur innocence n'a pas été bafouée. Je réfute, car parfaitement inexacte, l'accusation d'un prétendu laxisme judiciaire alors que les prisons sont toujours aussi peuplées. En quoi, d'ailleurs, ces injustices ou ces assertions mensongères justifieraient-elles ou invalideraient-elles ce verdict décrié ?

> MORALE PUBLIQUE

> En l'espèce, et sous réserve de ce que dira la Cour d'Appel, ce qui est en cause, c'est probablement le fait le plus grave que l'on puisse reprocher à un homme ou une femme détenteur des pouvoirs de police : travestir sciemment la réalité afin de se protéger et d'obtenir la condamnation d'un innocent. C'est tout l'édifice de la morale publique, de la légalité républicaine et de l'état de droit qui se fissure. Tout simplement parce que le lien de confiance disparaît, parce que la sûreté des citoyens n'est plus garantie.

> Que des syndicats ne comprennent pas cela, même s'ils sont légitimes à exprimer leur exaspération face à leurs conditions de travail, est déjà d'une exceptionnelle gravité. Le plus difficile et le plus long à mettre en œuvre sera de reconstruire la confiance entre la police et la population. De cet uniforme fait pour attiser la crainte, aux pouvoirs démesurés qui lui a été confiés en passant par la mise en coupe réglée d'une hiérarchie qui doit tout à ses maîtres politiques, l'on est loin de la force publique "instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée".

> Que ces manifestations déplacées trouvent le secours d'un préfet et d'un ministre de l'intérieur touche aux fondements de la démocratie. Si l'on avait besoin de la confirmation que les plus hautes autorités politiques sont prêtes à nier les règles de tout Etat de droit, voici qui l'atteste. Ce mépris répété des lois les plus intimes de la République a un nom : la forfaiture. Sa force n'est que politique mais il amène à poser la question de la légitimité d'un pouvoir, certes élu, mais sans éthique et sans principes. Le ministre de l'intérieur devrait donc démissionner et il ne le fera pas. Là est bien la preuve que notre démocratie n'en est plus tout à fait une.

 

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 09:41

Les politiques israéliennes en Cisjordanie sont sévèrement discriminatoires à l'encontre des résidents palestiniens, les privant de produits de première nécessité tout en permettant aux colonies juives de jouir d'un confort de luxe, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui...

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 09:27

maladeJe vais chez le médecin mais ce n’est plus comme avant, disons dans les années quarante. Avant, je me rendais chez le médecin que fréquentait la majorité de ma famille. Et d’ailleurs parfois, aujourd’hui encore, dans une administration, on me demande :

-Quel est votre médecin de famille ?

A quoi, désormais, inévitablement, je réponds :

-Je n’ai pas de famille.

Et l’incident est clos, après quelques secondes d’inquiétude tout de même, que je lis dans les yeux de mon interlocuteur.

Aux murs de la salle d’attente, aujourd’hui sont affichés des circulaires, des renseignements concernant la Sécurité sociale, les nécessités des vaccinations, les mises en garde contre le sida, voire des adresses de nutritionnistes. Parfois, en banlieue parisienne, des incitations au silence sont devenues impératives.

Les clients, surtout les plus jeunes, parlent fort, chahutent comme à l’école. Ce ne sont certainement pas des malades.

Le médecin lui-même, par son attitude faussement scientifique, jette un doute sur la qualité de ses études. Il dispose du même bureau métallique que les secrétaires de n’importe quelle autre entreprise.

Autrefois, on entrait chez le médecin comme dans un temple. On s’asseyait sur des sièges en vieux cuir, dans une ambiance de recueillement. On entendait presque les clients souffrir. C’étaient de vrais malades, qui ne chahutaient pas.

Le cabinet du médecin, protégé par des portes à deux battants, recouvertes de cuir également, présentait une bibliothèque, où dormaient de très anciens préceptes, parfois rédigés en grec ou en latin. Le médecin exposait également l’œuvre des encyclopédistes en 20 volumes et des gravures des siècles passés. Son bureau en bois précieux tenait du tabernacle et quand il rédigeait son ordonnance, son stylo grinçait très légèrement. Ensuite, il nous présentait une feuille sacrée, couverte de hiéroglyphes, que, seul, le pharmacien savait décrypter.

Le médecin lui-même se déplaçait avec lenteur. Il se levait et sa prestance le plaçait au-dessus des êtres ordinaires, qui n’étaient que des clients.

C’était un homme de l’art.

L’art, autrefois, en effet, guérissait.

 

Aujourd’hui, j’évite les cabinets médicaux mais j’ai la chance de fréquenter un médecin qui a décoré sa salle d’attente avec des images représentant des travaux agricoles du début du 20ème siècle : des javeleuses, des moissonneuses-lieuses tirées par des chevaux, des tracteurs de la première génération.

Et il me semble que c’est à cause de ces évocations champêtres que je sors de chez lui, sinon guéri, du moins ragaillardi.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 09:14
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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 08:53

Je viens de signer cette pétition : DES DROITS POUR TOUS, DES RÈGLES POUR
LES MULTINATIONALES, adressée aux chefs d'Etat de l'Union européenne et au
président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

http://www.peuples-solidaires.org/des-droits-pour-tous-de-regles-pour-les-multinationales/

A propos de la pétition : Les personnes et l’environnement sont trop souvent
> les victimes des activités des multinationales européennes, en particulier
> dans les pays du Sud. Certes, celles-ci peuvent avoir un impact positif
> comme la création d’emplois, mais l’absence de cadre réglementaire adapté à
> la mondialisation ne permet pas d’établir leurs responsabilités et d’obtenir
> réparation des préjudices.
>  **Votre voix compte !**
> Exigeons des multinationales européennes qu’elles fassent passer les
> personnes et l'environnement avant les profits. Collectons ensemble plus de
> 100.000 signatures à remettre aux gouvernements européens et à la Commission
> européenne.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 08:49

On arrête des gens chez eux, des gens innocents de préférence, on les enferme dans une espèce de prison inhumaine(excusez le pléonasme) d'où l'on décide (le ON en question, mais sans réponse, représentant les Zozotorités, c'est à dire les personnes compétentes, celles qui savent ce qui est bon pour eux-mêmes:'avancement, respect de la hiérarchiotte,et obéjouissance aux slluppérieurs -plutôt que ce qui est juste et humain) d'où l'on décide donc de les envoyer dans un pays , dans un endroit , fût il en guerre , où  ils n' ont pas du tout ni envie ni intérêt à se rendre . Alors, puisqu'ils ne veulent pas partir, n'étant pas des moutons, ni des robots, ni des petits pions d'échec qu'on déplace selon une stratégie précise, ils refusent, ils désobéissent, et du coup, on peut en faire des déliquants. Il fallait quand même y penser. Résultat: les sans papiers sont des délinquants; conséquence: les sans papiers étant par définition des étrangers,ça nous donne en raccourci: les étrangers sont des  délinquants.On continue? ...Les délinquants nous envahissent, puisqu'ils sont étrangers... ET voilà CQFD / Ceux Qu'on Fout Dehors !!!!

On pourrait appliquer cette logique à n'importe quel citoyen. Contrôle d'identité . Vous avez vos papiers, très bien, on vous les rendra demain , venez les chercher. Ah ça vous plait pas? Rébellion. Injure à la FARCE PUBLIQUE. Condamnation immédiate. Au besoin les policiers pourront bâtir n'importe quel obscenario, ils seront soutenus par leur Sinistre de l'IMPERIEUX,

LUI MËME POUSUIVI, mais il court vite, pour racisme.
Voyez, Monsieur Jarry, la réalité dépasse parfois l'affliction!!!

 

Pétition en ligne : http://www.educationsansfrontieres.org/article33038.html

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 15:46

dentiste2.jpgLes dentistes du troisième millénaire sont beaucoup moins redoutés qu’il y a seulement un demi-siècle. Vers 1950, le dentiste est encore souvent une sorte de tortionnaire agréé. En général, il se sent insulté si on pousse seulement un cri, et le patient s’attire des remarques de ce genre :

- Ce que vous êtes douillet ! Je ne peux pas vous avoir fait mal ! Compris ?

Ou, encore plus durement :

- Comment voulez-vous que je travaille correctement si vous bougez tout le temps ! Regardez ce que vous m’avez fait faire ! un faux mouvement !… maintenant il y a du sang partout !

D’autres incitent à la réflexion :

- Ecoutez, arrêtez de crier ! Vous voulez vous soigner ? alors il faut souffrir. C’est normal !

A cette époque, si vous avez encore mal trois jours après l’intervention du dentiste, il vous répond invariablement :

- C’est normal !

Dans la salle d’attente, souvent, on entend des cris, comme dans la chanson de Boris Vian « le blues du dentiste ». Les victimes qui sortent du lieu de supplices présentent des visages verdâtres et se cachent les joues avec un mouchoir. Elles baissent la tête, se sentant vaguement coupables d’avoir été « lâches ». En 1950, on se souvient très bien de la Gestapo, et crier c’est un peu comme si on n’avait pas tenu le coup, comme si on avait dénoncé quelqu’un. D’ailleurs les clients de la salle d’attente lancent un sale regard en direction du salaud qui les a effrayés par ses gémissements. Par contre ils ont un sourire lâchement bienveillant envers le bourreau, comme pour s’attirer ses faveurs, pour qu’il leur fasse un peu moins mal qu’aux autres, si possible. Ce sont encore des collabos attardés !

Mais des collabos quand même !

Parfois, le dentiste est féroce, on le sent heureux de manipuler ses outils de travail. Il vous braque le projecteur dans les yeux avec une violence voulue, et il fait basculer votre fauteuil de telle sorte que vous êtes pratiquement attaché.

Saucissonné.

Certains dentistes, en 1950, sont réputés pour leur maladresse et leur inhumanité. Rien que la plaque portant le nom et l’énoncé de leurs diplômes provoque un frémissement intérieur.

On se met alors à éprouver de la haine pour l’établissement qui les a formés, la « Faculté de Paris », le plus souvent.

Parfois, à cette époque, ma mère me conduit chez un « bon dentiste ».

Le bon dentiste, c’est souvent un vieil homme, qui n’est plus animé par un esprit de vengeance, ou qui veut racheter par la douceur les violences de sa jeunesse.

Ou peut-être redoute-t-il d’avoir à engager un combat avec le client, qui n’est pas armé, lui, en principe, mais qui se trouve dans la pleine force de l’âge ?

Je me suis souvent demandé pourquoi cette profession, comme celle de médecin (un « docteur »), donnait à celui qui l’exerçait un prestige aussi grand. Le dentiste en effet respire des haleines parfois très répulsives (lui aussi d’ailleurs, ça arrive). Il est confronté à des gens sales, dont les chicots sont à moitié pourris, et son travail relève de la mécanique de précision, activité qui n’a pas du tout la même réputation auprès du public.

En effet, il n’existe pas de courses de Formule 1 pour les dentistes.

Pourtant la profession de dentiste est plutôt destinée à des gens qui aiment les choses sales, les postillons, voire les glaires, et la promiscuité avec des inconnus qui peuvent transporter des microbes dangereux. Le mécanicien de précision est beaucoup plus sain !

 

Aujourd’hui, le dentiste effraye encore quelques personnes traumatisées dans leur enfance, mais en général ils ne font plus peur. Du coup, leur cabinet a perdu son prestige de chambre de torture et le personnage lui-même est anodin, pour ne pas dire falot.

On ne peut plus frimer avec cette profession là ! Même si elle est dite « libérale ». Le dentiste est beaucoup moins prestigieux que le journaliste, par exemple, ou le danseur, ou encore l’acteur de très second plan, qui n’a joué qu’une seule fois, dans un petit rôle obscur, sur une chaîne régionale.

En fait, ce que j’aime chez le dentiste c’est qu’il s’agisse d’une femme. La quarantaine, pas forcément un canon, ce serait même inquiétant quant au sérieux de ses études. Mais belle, souriante, presque maternelle mais pas complètement, une femme avec des gestes de femme, qui se penche vers vous. Elle a des yeux très doux, et elle rassure, de la voix.

Evidemment, ça devient une scène presque intime, pas tout à fait, un jeu délicat entre un homme et une femme, il faut se montrer à la hauteur, en gardant une distance, tout en restant proche.

On regrette alors de présenter des caries dentaires, ça fait pas très propre. Mais si on n’avait pas de caries dentaires, on n’aurait pas de raisons d’aller chez le dentiste. La scène avec cette femme dentiste n’aurait pas lieu.

Ah ! la vie n’est pas simple. Sans compter, en prime, que le mal de dents c’est le mal d’amour, d’après la tradition populaire.

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