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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:19

Marxiste orthodoxe mais critique féroce du progressisme culturel, Michel Clouscard (1928-2009) fut l’un des premiers à comprendre que le capitalisme moderne ne prospérait plus sur la discipline et la morale austère, mais sur la libération des désirs, la consommation des plaisirs et la disparition des anciennes limites. Dès les années 1970, il décrit l’avènement d’un système fondé sur la séduction, le désir et la permissivité marchande. Longtemps marginalisé, cet intellectuel austère apparaît aujourd’hui comme l’un des analystes les plus lucides du monde contemporain – de ses plaisirs obligatoires, de ses libertés administrées et de son étrange servitude hédoniste.

Il occupe une place étrange dans la pensée française : invisible et incontournable, marxiste fidèle et dissident permanent, solitaire mais prophète involontaire. Michel Clouscard n’a jamais appartenu au concert intellectuel de son époque. Il n’a jamais été invité à ses dîners, jamais été intégré à ses réseaux, jamais été récupéré par ses émules. Pourtant, c’est lui qui a formulé, dès les années 1970, ce que d’autres n’exprimeront qu’un demi-siècle plus tard : la mécanique interne du capitalisme contemporain, sa capacité unique à intégrer la critique, à recycler la révolte, à faire de la transgression le carburant même de la domination.

À l’heure où les sociétés occidentales semblent se dissoudre dans une sorte de jubilatoire lassitude, Clouscard apparaît comme un témoin majeur – l’un de ceux qui avaient vu, dans le brouhaha de Mai-68, non une promesse, mais une mutation systémique. Il faut le relire aujourd’hui, non en guise de manuel anticapitaliste, mais pour comprendre pourquoi l’époque se pavane dans sa liberté spectaculaire tout en s’enfonçant dans une aliénation sans précédent.

 

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