25 millions d’euros. C’est ce qu’auraient rapporté, en 2025, les automobilistes retardataires aux Autoroutes Paris-Normandie, selon Le Canard enchaîné. Sur les portions en « flux libre », les barrières ont disparu, des caméras lisent les plaques et le conducteur dispose de 72 heures pour payer. Un oubli et la facture peut vite grimper.
Le flux libre n’est pas une invention des concessionnaires. Le gouvernement reconnaît que son déploiement a été réalisé à la demande de l’État. Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », confirme cette réalité : « Le flux libre n'était pas une demande des sociétés d'autoroutes. » Avant d'accuser les concessionnaires de tous les maux, il faut donc regarder qui a organisé le système.
Les sociétés autoroutières ne sont pas les seules à profiter de la machine à péages. Selon un rapport du Sénat, l’État prélève environ 36 % du chiffre d’affaires des autoroutes concédées, voire 44 %, selon Pierre Chasseray, soit 4 à 5 milliards d’euros de fiscalité chaque année.
« L’automobiliste est une cible tellement facile », explique Pierre Chasseray, ajoutant que le problème dépasse largement les sociétés d’autoroutes. Carburant, péages, assurance, achat du véhicule : le conducteur est ponctionné à tous les étages. Et même l’activité autoroutière sert, directement ou indirectement, à financer d’autres politiques publiques. Exemple révélateur : 71 millions d’euros de taxe d’aménagement du territoire acquittés par les sociétés autoroutières avaient été versés à la SNCF en 2018 pour compenser le déficit des trains Intercités.
Pas question de dire que « les péages financent la SNCF », le mécanisme a, depuis, évolué. Mais l’exemple illustre une réalité : l’argent généré par les autoroutes alimente aussi les politiques de transport décidées par l’État.
En 2006, l’État avait vendu ses participations dans les sociétés autoroutières pour 14,8 milliards d’euros. Depuis, concessionnaires et finances publiques ont tous deux largement profité de l’activité. Le Sénat le reconnaît : la hausse du chiffre d’affaires des autoroutes a bénéficié aux sociétés concessionnaires, mais également à l’État, qui en capte une part importante par la fiscalité.
Alors, collusion ? Les chiffres ne permettent pas de l’affirmer. Mais ils mettent en lumière une communauté d’intérêt financière pour le moins troublante : les concessionnaires ont intérêt à la rentabilité des autoroutes, l’État a intérêt aux recettes qu’il en tire.
L’automobiliste, lui, n'a que la facture.

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