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4 octobre 2025 6 04 /10 /octobre /2025 09:56

La rentrée a eu lieu ; j’ai vu mes élèves, retrouvé mes collègues et notre chère administration.

Comme, pour des raisons multiples et variées, je suis un des seuls travailleurs de France à avoir une carrière descendante, je me retrouve cette année avec un groupe de 6e et deux groupes de 5e.

Je dis bien « groupes » et non « classes », puisque en bons petits soldats nous appliquons, le doigt sur la couture du pantalon, la réforme des « groupes de besoin » dont tout le monde sait que la durée de vie sera très écourtée. Le directeur, dont la psychologie reste pour moi un mystère, m’a attribué le groupe de 5e le plus faible. Sont donc réunis dans le même groupe vingt élèves, parmi lesquels onze ont des aménagements, tous décrits par des sigles dont je ne connais même plus la signification : PPRE, PPS, PAP, PAI. Certains ont des problèmes de compréhension, d’autres savent à peine lire et quasiment pas écrire, d’autres ont des problèmes de santé, d’autres de lourds soucis psychologiques.

Une semaine après la rentrée, je vois arriver dans ce groupe un élève du dispositif ULIS [unités localisées pour l'inclusion scolaire] qui prend en charge les enfants atteints d’un handicap. Nous en avons une quinzaine, dans le collège. On m’explique donc qu’il va être inclus en cours de français. La raison ? Nous n’avons pas le personnel suffisant pour assurer toutes les heures d’accompagnement des enfants « à besoins particuliers » et, donc, on compte sur moi pour m’occuper de ce garçon autiste qui me demande de faire cours la porte ouverte et qui n’écrit quasiment pas. Après tout, il y en a déjà trois autres dans le groupe qui n’écrivent pas, on n’est pas à un près.

J’apprends alors que l’un des rares élèves de la classe ne bénéficiant pas d’un aménagement a été le pire cas disciplinaire de l’année dernière et a déjà subi, en 6e donc, un conseil de discipline. Mes collègues me mettent en garde à son sujet. J’enregistre l’information, mais je sais que je serai de toute façon seule pour affronter ses incessants débordements.

Vendredi, le directeur a frappé à la porte au début d’un cours. Il m’amenait une nouvelle élève. Arborant un grand sourire, goguenard, il m’a expliqué que cette jeune fille arrivait tout droit du Maroc et ne parlait absolument pas le français. Il a continué en me disant qu’il avait spécialement demandé à ce qu’elle soit dans mon groupe, qu’il avait toujours pensé qu’enseigner en classes préparatoires était facile et que l’on verrait, face à ce groupe, de quel bois j’étais faite.

J’ai exprimé mon étonnement face à cette espèce de défi puéril qu’il semblait me lancer, lui ai dit que j’allais bien sûr faire de mon mieux pour accompagner ces élèves tout au long de l’année et les faire progresser, puis je l’ai remercié pour cette décision qui venait de me donner l’impulsion suffisante et décisive pour demander ma mise en disponibilité pour l’année prochaine - ce que j’ai fait dès la fin de la journée. Voilà, on va arrêter de jouer.
 

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