Monsieur le chien, je présume ?
C'est moi-même.
Monsieur, je suis journaliste et si vous me le permettez, j'aimerais vous poser quelques questions au sujet du livre que vous venez de publier.
Que voulez-vous savoir ?
Tout d'abord si ce livre a bien été écrit par vous-même ou s'il n'est qu'une adaptation ?
Ce livre a été écrit par moi-même et c'est ce qui en fait son prix car jusque-là ce genre d'ouvrage n'était composé que de suppositions humaines sur la philosophie canine.
Très bien ; mais matériellement comment avez-vous pu procéder ? Vous ne l'avez pas écrit à la main, si je puis m'exprimer ainsi ?
Eh ! Con, je l'ai dicté.
Ah ! je comprends. Et vous l'avez dicté à qui ?
A une chienne.
Parfait. Maintenant puis-je vous poser quelques questions d'ordre général ?
Allez-y.
Aimez-vous les os ?
Pas bête votre question et pas conventionnelle pour deux ronds. Je n'aime pas tellement les os mais j'en mange.
Pourquoi ?
Parce que je n'ai pas d'argent pour me payer la tricalcine dont mon organisme a besoin.
Pourquoi n'avez-vous pas d'argent ?
Encore une question stupide ; où voulez-vous que je me le foute le pognon, dans la raie du cul ?
C'est curieux, vous êtes ce qu'il est convenu d'appeler un chien moyen et vous êtes grossier comme un gros chien.
Je tiens ça de mon père.
Monsieur votre père était un chien ?
Non, Con, c'était un dromadaire. Pour quel journal écrivez-vous donc ?
L'Aurore.
Ah ! Bon.
Chaval ("Les Gros Chiens", éditions Climat 1990)

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