L'échec de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 symbolise parfaitement le parcours de l’ancien secrétaire du Parti « socialiste », à savoir celui d’un renoncement et d’un reniement des idéaux et des principes d’une véritable gauche patriotique et populaire. Une « dérive » parfaitement conforme à l’engagement trotskiste des années 1960 qui prenait avant tout pour cible le « totalitarisme communiste » et qui amena naturellement Lionel Jospin, fidèle à la stratégie entriste, à adhérer au Parti « socialiste » dans sa version mitterrandienne puis à jouer un rôle central dans le combat pour affaiblir le Parti communiste français dans les années 1970.
À la suite de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, en tant que secrétaire du PS de 1981 à 1988, il accompagna le « tournant de la rigueur » des gouvernements Mauroy de 1982-1984 et tout ce qui s’ensuivit : désindustrialisation, capitulation devant les traités européistes (Acte unique européen de 1986, traité de Maastricht de 1992, etc.), approbation de la guerre du Golfe en 1991… et bien entendu joie devant l’écroulement de l’URSS et du bloc socialiste.
Nommé Premier ministre à la suite de la victoire inespérée aux législatives de 1997, il constitua un gouvernement de « gauche plurielle » qui, au-delà de quelques avancées emblématiques (parité, PACS, etc.), par sa politique euro-atlantique, prépara le fiasco monumental de 2002 : application des traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice, record de privatisations (Air France, France Télécom, etc.), approbation du bombardement de la Yougoslavie en 1999, démantèlement de la République une et indivisible avec le statut autonomiste de la Corse, etc. Jusqu’à traiter avec naïveté la question de la sûreté et à affirmer, à l’occasion de la campagne présidentielle de 2002, que son programme n’était pas socialiste et que l’État ne pouvait rien contre la désindustrialisation qui ravageait des pans entiers du pays… et poussait le vote de colère populaire vers Jean-Marie Le Pen.
Imputant la défaite de 2002 uniquement aux divisions de la « gauche plurielle », Lionel Jospin, en retrait de la vie politique après le terrible camouflet, persista dans sa ligne euro-atlantique : soutien au « traité établissant une constitution pour l’Europe » massivement rejeté par référendum le 29 mai 2005; soutien à la candidature de François Hollande qui fit sombrer le peu de «gauche » qu’il restait au PS et prépara, ainsi, l’arrivée au pouvoir du despote Macron ; soutien au régime pronazi de Kiev en fustigeant la fantasmée « menace russe » ; opposition croissante à LFI (elle-même dans le renoncement de sa ligne de 2017 : « l’UE, on la change ou on la quitte ! ») tout en appuyant un PS toujours plus euro-atlantique.

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