C’est un fait connu, le quartier du Château d’Eau, dans le Xe arrondissement de Paris, est dévolu aux coiffeurs et boutiques de cosmétiques afro. D’où son nom de « Champs-Élysées black ». Certes, la gentrification du quartier allant bon train, les bobos qui remontent du canal Saint-Martin gagnent du terrain, mais les rabatteurs sont toujours à la sortie du métro et les boutiques déversent leur trop-plein de clientèle sur les trottoirs.
À l’intérieur de ces commerces ethniques – comme chez les Chinois de Belleville, les Pakistanais de la gare de l’Est ou les Africains de Château Rouge –, on est peu regardant sur le droit du travail. Et pourquoi le serait-on, puisque l’administration française semble s’en désintéresser ? Il suffit en effet (d’essayer) de circuler, un samedi, dans la rue du Château-d’Eau, pour constater combien les questions d’hygiène, même, semblent le plus souvent ignorées.
En avril, les treize grévistes du 65 boulevard de Strasbourg s’étaient confiées à Mediapart, dénonçant leurs conditions de travail inhumaines : pas de congés (deux ont failli accoucher sur place), des journées de travail jusqu’à 23 heures, pas d’aération dans la boutique alors qu’elles utilisent des produits toxiques, le racket de 250 euros par mois pour des cotisations qui n’ont jamais été versées à l’URSSAF et, pour finir, des salaires impayés. L’une des employées, arrivée de Côte d’Ivoire en 2018, se rapproche alors de la CGT qui va prendre l’affaire en main. Avec succès.
Soudainement, l’inspection du travail, la police et l’URSSAF se sont réveillées. La préfecture a suivi. L’avocat de la CGT, Me Cessieux, a en effet obtenu que soit retenue la qualification du dossier pour « traite d’êtres humains ». Un classement qui permet d’obtenir, de droit, un titre de séjour temporaire tant que dure la procédure pénale et, en cas de condamnation définitive de l’employeur, une carte de résidence d’une durée de dix ans.
C’est ainsi que, ce mardi 19 mai, les neuf travailleuses sans papiers ont obtenu de la préfecture de Paris leur titre de séjour. Reste un point que ni Mediapart, ni Radio France dans son compte rendu, ni la CGT n’ont envie d’aborder : qui sont les propriétaires de ces commerces, exploiteurs d’êtres humains ?
C’est une question étrangement sans réponse. Qu’il s’agisse de marchands de sommeil ou, dans le cas présent, d’esclavagistes, on préfère ne pas la poser. Et pour cause : cela se fait généralement au sein de la communauté. Les données du ministère de l’Intérieur en témoignent, le laxisme français en matière d’immigration nuit, d’abord, aux immigrés eux-mêmes.

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