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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:22

Fin avril, à Londres, une mystérieuse statue est apparue : Pall Mall Avenue. Sur un socle, un homme, aveuglé par le drapeau qu’il porte, fait un pas dans le vide. Une installation rapidement revendiquée par le mystérieux Banksy, célèbre pour ses pochoirs à message politique.

Une allégorie du nationalisme, conduisant l’homme à la catastrophe ? C’est immédiatement le sens qu’on a prêté à la statue. Pour Le Monde, l’interprétation est confirmée par l’endroit choisi, hautement symbolique : « une avenue étroitement associée à la monarchie, à l’armée et à l’establishment britannique ». Non loin, les statues « du roi Édouard VII et de l’infirmière Florence Nightingale, figure de l’histoire de la santé publique britannique, ainsi que le mémorial de la guerre de Crimée ».

Toutes sortes de choses patriotiques dont Banksy se rirait avec sa statue, et c’est probablement le cas. Ses positions politiques sont connues. Même si la presse les qualifie d'insolentes et de provocatrices, elles sont sans risque. Il est pro-migrants et dénonce « les inégalités sociales, les abus de pouvoir et les politiques oppressives ». L’homme aveuglé pourrait l’être par le drapeau européen ou le drapeau trans, mais cette interprétation ne correspondrait pas au gauchisme mondain de notre street artiste.

Être antipatriotique n’a rien d’anticonformiste, et depuis longtemps. C’est même ce qui définit l’appartenance à l’actuel establishment politique, médiatique, culturel et financier. En ce sens, souligner, comme le fait Le Monde, que la statue a été installée dans une avenue liée « à l’establishment britannique » pourrait passer pour une maladresse. Cela souligne combien Banksy en est. Il critique le système mais vit du système, à qui il est nécessaire pour se donner des airs libéraux, comme l’art contemporain lui est utile pour se draper dans le rôle du mécène tout en spéculant.

L’homme est si bien de l’establishment que ses œuvres sont disputées par les galeries et connaissent des croissances de prix remarquables. En 2021, Love Is in the Bin s’est vendue 21,8 millions d’euros. Sa valeur s’est multipliée par 18 après la célèbre scène de « l’autodestruction », lors d’enchères chez Sotheby’s. Cette affaire du Banksy autodétruit avait fait se pâmer les esthètes aisés présents à cette vente.

Prétendument, Banksy — comme il l’a revendiqué avec une vidéo, le lendemain de l’événement — avait dissimulé le dispositif d'explosion dans le cadre, douze ans auparavant. La presse a accepté cela sans sourciller. Complotiste, elle préférait évoquer la présence romanesque d’« un mystérieux homme portant chapeau et lunettes de soleil » qui avait été vu « près de l'entrée de Sotheby's peu après la vente ».

Des ingénieurs se sont penchés sur l’affaire et l'un d'eux a noté que le truc de Banksy relèverait d’« un tour de magie classique ». Un tour de passe-passe commercial au secours d’un tour de passe-passe artistique, en somme.

De même, il serait naïf d’imaginer que Banksy ait installé la statue Pall Mall Avenue sans la connivence des autorités. Même en un matériau léger — fibre de verre ou résine —, la hauteur du socle et de la statue (dans les trois mètres l’un et l’autre) ne permet ni une manipulation aisée ni une installation discrète. Un camion, une échelle, de l’outillage, de la manutention et des bras ont été nécessaires. Il a fallu fixer la chose, le drapeau offrant une prise au vent. Là encore, aucun média ne semble s’être posé de question technique.

Qui est Banksy ? À la fois Pasquin, Lupin et Fantomas, dans ses rêves et ceux de ses thuriféraires. Plus prosaïquement, puisque son incognito aurait été récemment découvert, il s’agirait de Robin Gunningham. Né en 1973, l'artiste serait passé par la Cathedral School de Bristol, aurait changé de nom pour brouiller les pistes, une fois sa notoriété devenue trop encombrante. Il serait aujourd'hui un certain David Jones, patronyme idéal pour se faufiler dans les arcanes administratifs puisqu'on en dénombrait 6000 au Royaume-Uni en 2017... Banksy est une vraie petite multinationale : 12 millions d'euros d'œuvres vendues aux enchères en 2025 selon Artprice, petite année par rapport à 2021, avec ses 1206 lots adjugés, ses 3 œuvres au-dessus de 10 millions d'euros et un total cumulé de 145 millions d'euros !

 

Source1

Source2
 

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