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20 décembre 2025 6 20 /12 /décembre /2025 12:03

Jeudi 18 décembre, partout en France, la révolte paysanne monte et les blocages se multiplient. En Normandie, à l'appel de la Coordination rurale, 200 tracteurs ont convergé vers le centre-ville de Caen. Des agriculteurs déterminés qui, après avoir été reçus par le préfet, ont levé le camp en fin de journée en déversant leur cargaison de pneus sur plusieurs ronds-points. Pascal Marie, éleveur laitier en bio (environ 70 vaches) dans le Calvados, témoigne :
 
"Ce jeudi, nous étions mobilisés pour revendiquer trois choses : la lutte contre l'abattage, le traité du Mercosur et la future PAC de 2027, dont on parle moins mais qui devrait être revue à la baisse, entre -20 et -25 % des subventions européennes.

La dermatose nodulaire contagieuse, qui est à l’origine de la contestation paysanne, n'affecte pas encore nos troupeaux normands mais ils peuvent être touchés l'été prochain à moins qu’une campagne de vaccination ne soit mise en place. Cette campagne fait polémique car les bêtes, une fois vaccinées, ne peuvent plus être exportées. Il y a des délais d'attente entre le moment de la vaccination et la commercialisation des animaux, ce qui rend le dossier complexe.

Mais je suis opposé à l’abattage total du troupeau en cas de contamination, dans la mesure où des alternatives sont possibles. La France est la seule à exercer ce génocide. En Espagne et en Italie, les autorités euthanasient uniquement les animaux contaminés. Dans les Balkans, ainsi qu'à La Réunion en 1992, une campagne de vaccination couplée à une mise en quarantaine et à un protocole de soins approprié avait permis d'endiguer la maladie. L'abattage total d'un cheptel baptisé « dépeuplement », comme l'indique pudiquement la FNSEA, crée une psychose chez les éleveurs et met un terme à des années de sélection. C'est extrêmement traumatisant.

En Normandie, depuis plusieurs années, on abat des troupeaux entiers lorsque les bêtes sont atteintes de tuberculose bovine. Pourquoi cela ne fait pas plus de bruit ? Pour la FNSEA, l'abattage d'un troupeau protège les autres élevages, mais cette méthode radicale n'est pas convaincante puisque la maladie sévit toujours. Pourtant, dans les années 80, seules les bêtes infectées étaient abattues, les autres étaient soignées ! Cette stratégie d'abattage n'est pas recevable, d'autant plus que la maladie est très peu transmissible à l'homme. Certains paysans ont tenté de faire bouger les choses, des élus les ont rejoints, mais l’attitude du ministre Annie Genevard, qui ne veut surtout pas revoir sa copie pour la DNC, leur laisse peu d’espoir…
 
Un éleveur vit au quotidien cette menace de contamination comme une épée de Damoclès. J’en ai fait l’amère expérience : cette année, à 200 mètres de ma pâture, un blaireau positif à la tuberculose a été découvert. J’ai alors été contraint à ne plus commercialiser certains animaux jusqu'à ce que les tests sur l’ensemble du cheptel se révèlent - heureusement - négatifs. Cette prophylaxie se renouvelle tous les ans, place l’éleveur en insécurité permanente et l’empêche de faire des investissements à long terme. Comment imaginer, par exemple, acheter un robot de traite à 200.000 euros si tout le cheptel est menacé d’abattage à tout moment ? L’autorisation de repeuplement pour reconstituer un troupeau n’est jamais certaine et le cours du bovin -dont le nombre se raréfie au niveau de l’Union européenne- a plus que doublé. Sans compter que les indemnités versées suite à l'abattage sont soumises à l'impôt sur le revenu.

La vaccination peut être envisagée, bien qu'imparfaite, car les bovins sont déjà vaccinés contre bon nombre de maladies et la question de l’interaction de tous ces vaccins pose question. Il faudrait aussi mettre les troupeaux en quarantaine et appliquer un protocole de soins. Mais quand on vaccine, on perd la possibilité d'exporter - tout du moins momentanément. La solution serait de les engraisser pour les consommer en France plutôt que d’importer de la viande du Brésil selon les diktats du Mercosur. D’où l’importance de relocaliser nos productions !  Il faut réintroduire l’engraissement des bovins dans les grandes plaines céréalières en France, c’est la base de l’agronomie. C’est tout une remise à plat du système agricole qu’il faut mener. Les questions de l’abattage et du Mercosur sont liées.
 
Comment se positionnent les syndicats agricoles dans cette crise ? Les deux syndicats les plus remontés sont la Confédération paysanne et la Coordination rurale. La FNSEA, elle, est bien embarrassée. Son président Arnaud Rousseau ne fait pas du tout l'unanimité. Dans les rangs de la FNSEA, il y en a beaucoup, je pense, qui vont être dissidents, surtout dans le monde de l'élevage. Cette mobilisation paysanne peut aller très très loin, et ce n'est pas l'annonce du report de la signature du Mercosur en janvier par Ursula von der Leyen qui y changera quelque chose, mis à part calmer les esprits le temps de passer les fêtes en famille."

 

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