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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 09:59

Les salariés des Papeteries de Condat, au Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, ont appris en ce mois de mars 2026 leur prochain licenciement. Ce sont 181 femmes et hommes — soit 90 % des effectifs — qui perdent leur emploi et 210 familles qui sont directement touchées. Un ultime coup de massue pour toute une région, et une nouvelle attaque inacceptable contre la classe ouvrière en Dordogne.

Fondées en 1907, les Papeteries de Condat ont compté jusqu’à 1200 salariés. Elles représentent un savoir-faire industriel de plus d’un siècle, ancrées dans le territoire périgourdin, productrices d’un papier de qualité reconnu à l’international. C’est cet héritage que l’on assassine aujourd’hui, un héritage forgé par les ouvriers et employés qui, à la force de leur travail, ont bâti et fait vivre cette usine.

C’est une entreprise florissante qui passe en 1994 sous la coupe d’une transnationale irlando-américaine, Smurfit, avant d’être rachetée par un fonds d’investissement britannique qui le cède au groupe espagnol Lecta en 1998. S’ensuit un scénario tant de fois rejoué pour les industries françaises quand elles deviennent les jouets des mouvements de concentration capitaliste. A l’image de l’usine de La Marque en Corrèze, fleuron industriel tulliste ayant appartenu un temps au groupe Thompson, puis dépecé jusqu’à sa fermeture et au transfert de la production en Hongrie par l’équipementier américain Borg Warner, les papeteries ont subi une lente descente aux enfers. Entre 2007 et 2023, ce sont près de 550 salariés qui subissent les plans de licenciement successifs. Le dernier arrache même aux papeteries leur spécificité en fermant la seule ligne française de fabrication de papier couché deux faces. A l’issue de cette mise en coupe réglée, l’entreprise est placée en redressement judiciaire à l’automne 2025 :  "Lecta nous a tués, ils ont exploité notre savoir-faire, ils ont tout pris…" (Frédéric Lestandi, délégué CGT). L’annonce, le 2 mars, de la décision du tribunal de commerce de Bordeaux, d’entériner l’offre de SPB — Société de Participation de la Braye — d’un rachat du site pour la somme symbolique d’un million d’euros, est une exécution : le « repreneur » ne conservera que 21 salariés sur les 202 restants.

Les ouvriers licenciés ne s’y trompent pas et pointent la responsabilité écrasante de l’État dans la poursuite de la désindustrialisation brutale du pays et la promotion de la mortifère concurrence libre et non faussée de l’UE : « L’État est arrivé à ses fins. L’État voulait tuer Condat. L’État y est arrivé » déclare Philippe Delord (délégué CGT).

Condat n’est pas un cas isolé. La papeterie d’Uzerche en Corrèze a subi le même sort. Datant de 1863, elle compte dans les années 1970 jusqu’à 270 salariés. Rachetée elle aussi dans les années 1990 par le même groupe irlando-américain que les papeteries de Condat, elle est sacrifiée en 2007. Entre 2014 et 2023, la filière de la production de papier et carton française a perdu 10 % de ses sites de production et un quart de ses effectifs. Le scénario est toujours le même : l’achat par une multinationale étrangère, des chantages aux licenciements, des subventions considérables de l’Etat et des collectivités territoriales pour aboutir inexorablement à des fermetures, quand les actionnaires se sont largement engraissés sur les aides publiques avant d’aller exploiter ailleurs, avec toutes les facilités procurées par l’UE.

 

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