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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 11:09

La mobilisation des professionnels du patrimoine contre le projet de loi de Fleur Pellerin, désormais devant le Sénat, a eu peu d’écho. C’est pourtant un siècle et demi d’une législation protectrice, lentement tissée de Prosper Mérimée à André Malraux et Jack Lang, que Fleur Pellerin saccage.

Une législation contraignante qui explique que les centres historiques soient préservés quand tant de maires ont défiguré les entrées de ville. Un modèle copié par de nombreux pays. La loi de 1913 sur les « Monuments historiques ». Les « Secteurs sauvegardés » créés par Malraux en 1962. Les « Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager » mises en place par Lang en 1983. Ce maillage subtil mais efficace d’outils juridiques pilotés par l’Etat est ratatiné dans l’appellation unique de « Cité historique ». Laquelle est intégrée au plan local d’urbanisme modifiable par les maires ! Les collectivités locales deviennent maîtres d’ouvrage à la place de l’Etat.

Le regard lointain – l’Etat jacobin – a souvent mieux perçu la qualité des joyaux historiques ou naturels que leurs voisins proches. Leur survie doit beaucoup à ce classement national en surplomb contre les tentations locales de destruction ou de marchandisation. Jusqu’ici, rien ne pouvait être touché sans l’accord des 200 architectes des Bâtiments de France. Bien que débordés par le travail et les pressions des élus, ces emmerdeurs l’emportaient grâce à l’autorité et aux moyens de l’Etat. La loi Pellerin leur coupe les pattes. Leur accord n’est plus nécessaire pour modifier les protections.

Il y a des maires conscients de l’intérêt de cette protection nationale. Eux savent ce qu’investissait l’Etat en interventions de professionnels enviés dans le monde entier pour identifier et délimiter les protections, opérer les restaurations. Ils sont affolés par cette liquidation. Une conséquence de ce grand transfert de charges de l’Etat endetté aux collectivités locales. « On nous abandonne ! » s’indigne Gérard Duclos, maire PS de Lectoure et responsable de l’Association nationale des villes et pays d’art et d’histoire. Débrouillez-vous, leur répond Fleur Pellerin, qui achève ce que Nicolas Sarkozy avait commencé avec les « Aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine », qui réduisaient déjà le rôle des architectes des bâtiments de France. Mettez en valeur. Faites de l’argent avec vos vieilles pierres. Louez. Vendez.

Tout se combine dans ce projet Pellerin. La crise des finances publiques. La haine de l’Etat national. La haine du passé.

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