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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 09:10

Je me souviens des conditions exactes de ma naissance et je sais que la naissance est le début de la mort. Les linguistes écrivent ainsi que Eros et Thanatos c’est le même lascar. Ainsi la mère donne la vie et la mort en même temps. Quand on parle de « nativité » on construit un jouet avec des santons de Provence, et ça représente un bœuf un âne et un bébé attendrissant. Tout ça sur un tas de fumier à venir, qui, avant usage, est un lit de paille.

 Mais c’est pas vrai ! Je pourrais inventer une histoire, avec de la paille un bœuf et un âne, j’ajouterais un petit malien encore en état de marche, pour le roi mage, je déposerais un enfant d’homme, mais je serais assez vite repéré.

 Peut-être surtout si je me coiffais d’un chapeau d’épineux. Ce n’est plus « tendance » en 2013

Et si j’apportais une bouteille de Reuilly, j’aurais beau dire que c’est « l’amer calice. »

Les gens comprendraient de travers, la Mère Calice ? Les gens ont souvent des mauvaises langues, demandez à DSK, sa négresse, elle l’a mordu et pour un peu elle lui bouffait les claouis ! Avec quoi il gouvernerait après ?

 Je me souviens qu’on était des catholiques sérieux.

 Je me souviens  de mon grand père entre un bœuf et un âne, mais je peux le prouver, il portait un chapeau de paille.

Alors bon, je vais pas vous raconter l’histoire de ma naissance. Ca ferait prétentieux, les gens diraient : il a de la mémoire, le plouc !...les plus malins, les communistes, par exemple, le brave Saint Jean Pierre Berlot, l’ancien maire de Reuilly.

Qui a été cité 33 fois dans les avis d’obsèques de la NR, par les Associations qu’il avait aidées, reportez-vous aux classements de la Bible berrichonne… c’était en 2006. Ca ne vous dit rien, ce chiffre ? Le christ communiste est mort 33 fois.

Je me souviens de Jean Pierre Berlot ! (Tous ces « je me souviens » sont inspirés de Georges Pérec, qui dit avoir pris modèle sur l’écrivain Joë Broinard et en plus c’est vrai, je l’ai, le bouquin.) Quand vous avez écrit « Je me souviens » la suite vient automatiquement… je disais ça aux élèves, quand j’étais tortionnaire dans l’Education Nationale. Mais ça marche aussi dans les écoles privées.

Je me souviens que beaucoup de Berrichons étaient catholiques. Ils laissaient les oiseaux venir à eux, et après, ils leur serraient le quiqui. Pour les étouffer ! Il paraît que Saint François d’Assises agissait de la même manière. Je me souviens qu’il a d’ailleurs inventé les cours d’Assises.

Je me souviens que le curé jouait au football, à Issoudun au stade de la Pomme.

Et je me souviens aussi qu’on cherchait à deviner s’il portait une petite culotte de femme.

Je me souviens que vers 1946 les femmes du Berry avaient souvent des puces.

Je me souviens que c’était plutôt vers le haut des cuisses et qu’elles relevaient leurs jupes, en public, ensuite elles faisaient mine d’en attraper une et elles l’écrasaient entre leurs ongles.

Je me souviens que les femmes étaient cruelles avec les puces. Mais chaleureuses avec nous, les enfants, puisqu’elles organisaient des vrais spectacles pour enfants.

En live !

Je me souviens surtout des élèves morts. J’ai exercé la profession de tortionnaire (ou si l’on préfère, d’enseignant…) parce que je n’étais bon à rien.

J’étais « préposé » aux enterrements, travail bénévole qu’on ne confiait qu’à des morticoles chevronnés.

Je commence par Nathalie, ma fille. Elle n’eût pas même le temps d’entrer en classe. Elle n’a vécu qu’un mois, à l’Hôpital de Poitiers. Toutes les Nathalie qui furent mes élèves m’étaient particulièrement chères.

 Ensuite il y a eu (je change les prénoms) Géraldine, qui rentrait du marché et qui est tombée aussitôt la porte franchie. A l’église, ses obsèques religieuses avaient marqué les consciences : ses camarades de classe s’évanouissaient par rangées. Géraldine était très consciencieuse, le premier qui dit qu’elle n’était pas très douée, je le tue ! Elle venait me voir à la fin du cours, elle voulait bien faire. Je lui faisais recommencer les devoirs qu’elle avait ratés. « C’est pas juste ! » hurlaient des trous du cul un peu fayots. Et puis il y a eu une autre Nathalie, qui bavardait sans arrêt pendant le cours mais je n’ai jamais eu le cœur de lui faire des remarques. Elle était atteinte, disait le médecin de famille, d’une sinusite permanente ! Même moi, je voyais que le diagnostic c’était du bidon ! Elle mourut d’une tumeur au cerveau.

Je me souviens de toi, parfaitement, Nathalie. Tu as été inhumée à Valençay…Et puis il y a eu Chantal, qui s’est jetée sous un camion, parce qu’elle habitait au bord de la Nationale 20. Je la laissais chanter, j’ai encore sa voix dans mes oreilles, dans mon cœur, elle chantait Marie Paule Belle, une chanson de Françoise Mallet-Joris : « Café Renard ». Il fallait faire le silence complet, et alors elle se lançait, a capella, et à la fin, elle avait un succès fou !

Et je me souviens de ces filles malheureuses dès le départ, et emmerdeuses pour un prof inattentif ou sadique. Celle dont le père avait tué la mère avec une hache. Celle dont le père s’était jeté du 4ème étage !... celui qui s’était, par amour, tiré une cartouche d’un fusil de chasse de calibre 12, et qui avait appelé les pompiers, qui ont trouvé, en arrivant, un agonisant irrécupérable !...celui qui s’était pendu, comme un grand ! Dans l’étable de la ferme de ses parents, parce qu’il avait un mauvais bulletin scolaire.

Celui qui est mort et qui m’avait offert des stylos volés au magasin Leclerc, parce qu’il avait honte pour moi…celui qui est parti ivre mort d’une boîte de nuit…et qui est entré en conflit avec un platane. Celle qui a avalé des psychotropes en trop grande quantité, parce qu’elle ne pouvait plus supporter les profs. Elle m’avait dit, la veille : « Quand je l’entends arriver…avec sa gueule, j’ai envie de gerber ! »…Celle qui a disparu au cours de l’été 1981, Sylvie, toutes celles qui ont éprouvé de la souffrance à cause de l’école, ce camp de déportation !... et qui ne sont pas allées jusqu’au bout !...elles ont souffert simplement et si je parle surtout des filles, c’est que j’ai eu des classes féminines majoritairement, à 90%...

Beaucoup d’artistes ont dénoncé cet univers concentrationnaire, comme Céline, Boris Vian et beaucoup y ont échappé.

Je termine par mon expérience personnelle, c’est prétentieux ? Mais c’est vrai : le style en prime…

La prochaine fois, je vous ferai un truc plus drôle : l’histoire de ma fugue avec Arthur (Rimbaud)

Jeunes ne sombrez pas ! je sais que c’est facile à dire dans cette société de merde ! Mais ne vous découragez jamais. Vous n’êtes pas les rois du monde, mais vous êtes attentifs à votre propre misère morale, intellectuelle, matérielle !

Sachez qu’il y a des adultes et même des vieux cons qui pensent à vous, et s’intéressent à votre sort !

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