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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 09:52

renard.jpgIl y a des jours on a beau chercher, aucune nouvelle fracassante, et pas même le moindre petit écho marrant, qui nous rappellerait qu’on vit dans une France concentrationnaire et abrutie par les multinationales.

C’est déprimant, forcément, parce que les français éprouvent un malaise, celui d’être dépossédés de leur culture et il s’établit une forme de barbarie, qui s’exprime par la violence : sur le voisin qui vous fait la gueule, sur l’autoroute où il a l’œil sanglant de l’assassin en puissance, au travail où il ne branle rien, découragé par l’impossible retraite, par le licenciement qui plane sur sa tête en permanence, alors il peut vous dénoncer à un petit chef qui se venge de sa médiocrité, et puis, comme vous êtes énervé, les flics vous arrêtent parce que, ils ont fait les calculs, vous avez roulé à 91km/h au lieu de 90 !

- Vous rendez-vous compte, monsieur, papiers du véhicule…

Le type tourne autour de votre bagnole qui est donc un « véhicule » et lui, il s’acharne à vous trouver un pneu lisse, un permis illisible, un numéro minéralogique pour ainsi dire effacé, et s’il n'a rien pu relever du tout, il use alors de la formule magique : « Conduite dangereuse ».. Vous êtes bons pour 45 euros, moins deux points.

Il a calculé lui-même, c’est imparable. Si vous avez affaire à un brave type (moi j’en ai jamais vu dans cette profession, c’est un manque de chance ?) il vous prendra 25 euros et pas de points et vous irez dire partout :

- Ah ! il a été sympa, celui-là !...

Comme si c’était possible. Comme si ça ne tenait pas à sa fonction !

Vous oubliez tout ça, sinon vous allez gerber sur le journal (Pas l’Echo, prenez un journal de droite !) Et vous tournez les pages. D’abord les avis nécrologiques, qui procurent quand même quelques satisfactions, du genre : « Ah il a enfin débarrassé le plancher, celui-là !"

Mais vous cherchez vainement le petit fait divers déclencheur : le bon vieil assassinat d’octogénaire, le crime passionnel, le prof battu par un élève de douze ans, alors qu’il devrait faire sa communion…la nouvelle insolite, du genre la Christine Boutin a-t-elle enfin divorcé d’avec son bouc de Levroux ? Et la Carla de son monstre de l’Elysée ? Non, Rien !

 Mais si ! Dans un bref entrefilet, vous apprenez le décès de Colette Renard et, du coup, vous revivez l’époque de la chanson française intelligente, fine, audacieuse et délibérément massacrée dès la fin des années 70 puis par Jack Lang  sous le socialisme, où pourtant, Mitterrand admirait Léo Ferré…Et ça vous laisse rêveur parce que la chanson française était le véhicule de la culture pour le peuple. On s’émouvait avec Piaf, on accédait à la poésie chantée avec Brassens et Ferré, Vian puis Ferrat, par exemple. Et il en existait une bonne dizaine d’autres. On apprenait Rutebeuf, Villon, Prévert, Aragon, Queneau, Sartre, Francis Jammes, Eluard, Garcia Lorca, en chantant dans la rue ! Au bistrot, dans les premiers « juke-box », partout, la culture française chantée, comme elle l’a toujours été depuis le Moyen Age !

Et puis voilà que vous tombez sur une toute petite nouvelle : Colette Renard est décédée à 86 ans !... Vous l’entendiez vous, à la radio, « Irma la Douce », succès mondial pourtant ? Et comme je voudrais qu’aujourd’hui on puisse retrouver cette veine populaire, qui mêlait la politique et l’érotisme dans un art savant et libérateur.

Le grand succès de Colette Renard fut cette « Nuit d’une demoiselle » qu’elle chantait dans sa  version intégrale et que reprit Carla Bruni, et c’est une honte. Car elle a gardé les couplets érotiques, mais pas tous. Souvenez-vous, je l’avais évoquée dans l’Echo (à propos, « George Sand est à l’origine du monde », vous pouvez me le commander par mail ou par tout autre moyen de ce qui reste de la Poste, je vous l’envoie illico, sans frais d’envoi, vous paierez après). Voici donc un texte populaire, érotique et pas méprisant pour le peuple :

«Quand doucement tombe la nuit/ Je me fais sucer la friandise/Je me fais caresser le gardon/ je me fais empeser la chemise/Je me fais picorer le bonbon… »  Et la chute, car c’est du grand art : « Et le jour je baise tout simplement »

Et Brassens chantait « 95% des femmes s’emmerdent en baisant ». Et c’est toujours de l’art et c’est très libérateur. Et Guy Béart, qui revient avec un nouveau CD remarquable, et qui ne fera pas l’objet d’une promotion télévisée, chantait les « Comptoirs de l’Inde ». Un extrait :

« Elle avait elle avait/ Un Chandernagor de classe/ Elle avait elle avait/Un Chandernagor râblé/Elle découvrait ses Cachemires/Ses jardins ses beaux quartiers/Enfin son Chandernagor… »

C’est du Ronsard revisité ! C’est « Mignonne allons voir si la rose ». Nos ancêtres savaient qu’il fallait poétiser l’amour plutôt que d’en faire un produit du marché ! Attention, je ne fais pas de la morale ! Ferré chantait une jolie môme « qu’a qu’une source au milieu/ qu’éclabousse du Bon Dieu… »

Qu’on est loin de Bigard, qui dit tout au premier degré, sans art, et va se faire enculer par le pape nazi pour une partouze qui n’a rien de populaire !

Ce qui est très inquiétant, c’est que, devant un public déculturé, il devient de plus en plus difficile de faire la différence.

Eh bien tant pis ! Rien n’empêche d’essayer ! J’ai tout à coup envie d’inviter à sucer cette friandise et de visiter ce mythique Chandernagor. Pas vous ?

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commentaires

Odette Laplaze-Estorgues 16/10/2010 20:22


Entièrement d'accord avec Rolland Hénault. Et même mieux, je dirai que ladite Carla ne devrait chanter personne pas même ses textes à l'eau de rose. Et du reste, l'a si peu de voix cette pimbêche.
Toujours est-il que lire du Hénault reste un régal. On en veut encore ! OLE