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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 09:36

Une fois de plus *, nous avons une bonne raison d'être fiers du Centre Pompidou, qui ne ménage jamais ses efforts pour élever notre niveau de conscience et de sensibilité artistique, donc notre humanité. La grande retrospective de l'artiste vivant le plus cher du monde (23,6 millions de dollars pour le Hanging heart en 2007, 12, 9 millions de livres pour Balloon Flower Magenta en 2008, 58,4 millions de dollars pour le Balloon dog en 2014, mais, bien que "souvent, les gens se focalisent sur l'argent", que "l'argent a inondé le monde de l'art" et que "les amateurs ont multiplié les collections", ce qui est "fantastique pour toutes les formes de créativité", la vraie valeur de l'art, c'est sa capacité à changer la vie des gens" ), Jeff Koons, est une occasion unique d'affiner son goût en matière d'art.

Le ou la dinosaure que vous êtes probablement – si vous lisez encore des articles longs comme celui-ci -, pensait sans doute, avec son cerveau gros comme une noix, qu'une oeuvre était admirable à raison de ses qualités d'invention et de réalisation, soit de l'intelligence poétique et artistique qu'elle manifeste. Haha, lècémoarir, kelerörétèlavôtr ! Avec de tels critères vous pourriez penser que Marcel Duchamp est infiniment supérieur à Jeff Koons, alors qu'il ressort évidemment d'une visite même rapide de l'exposition qui lui est dédiée – au même étage que les bimbo-kitscheries hypergonflées de l'américain, mais dans des espaces réservés aux artistes de second ordre -, qu'il a complètement perdu de vue l'évidence que doit avoir une oeuvre digne de ce nom, qu'il attendait de ses "regardeurs" une intellectualité et une intelligence bien supérieure à ce qu'elles peuvent être dans le meilleur des cas, et qu'il n'a  compris de l'amour que les 90 % qui n'en impliquent aucun. Les Oeuvres Oedématiques de l'hOmme qui aime les O et les milliOns – par prédestinatiOn OnOmastique ? -, au contraire : sont accessibles même à des enfants qui ne sont allés qu'une fois à Disneyland ; sont réalisées si parfaitement qu'aucun parent n'oserait dire que sa progéniture pourrait en faire autant ; ne demandent des spectateurs aucune réflexion et reposent sur une compréhension sans faille des fondamentaux de l'amour humain, qui veut – hyperboliquement –

du grand,

du lisse,

du miroitant,

du rond,

du sexy

du mignon,

du clinquant

et du populaire **.   

 

  Koons se voit à juste titre comme héritier de Duchamp, inventeur des readymades, mais l'élève a complêtement dépassé le maître :

  – le readymade nouveau n'a que les apparences d'un objet achetable dans n'importe quel bazar (américain), en réalité il doit être fabriqué par une centaine d'assistants, qui prennent le temps qu'il faut (il faudrait de ce fait un terme nouveau, peut-être "handreadymade" ; notez qu'une telle innovation a supposé le courage de s'opposer à la déplorable tradition contemporaine de l'art facile, "appropriationniste")  

-  l'auteur de La mariée mise à nu par ses célibataires, même déclarait choisir ses readymades (rares : il n'en a "fait", délibérément, qu'une dizaine) en fonction d'un "principe d'indifférence", étranger au bon comme au mauvais goût (en réalité le plus célèbre d'entre eux, l'urinoir promu fontaine, est de très mauvais goût, comme la plupart des "texticules" ou l'esprit général du Grand verre, et ce n'est sans doute pas par hasard) : l'auteur de Puppy ou de Popeye choisit ses motifs dans l'imagerie populaire étazunienne, dont le mauvais goût – y compris de celui de sa pop-pornographie à l'usage des familles – n'est plus perçu que par quelques rares rescapés de la culture classique, en fonction d'un principe de célébrité et de popularité  

- les oeuvres de Duchamp – readymades compris – sont énigmatiques et semblent reposer sur une philosophie mécaniste appliquée à l'endroit où elle semble le plus intenable en prenant appui sur les spéculations les plus hardies de son temps : à travers de multiples formes gonflables, les oeuvres de Jeff K. proclament sans ambiguïté que l'homme est essentiellement creux, en s'appuyant sur l'inculture la plus radicale de son temps  

Duchamp n'a jamais été riche, et ses oeuvres n'ont acquis une valeur marchande un peu notable que vers la fin de sa vie, cet ami de SalvadorDali n'était pas un autre Avida Dollars, cet artiste essayiste, plus spéculateur – intellectuellement et artistiquement – qu'aucun de ses contemporains, n'avait aucun sens de la Spéculation : Koons a été bien plus habile;  célèbre très tôt, il s'est arrangé pour que ses pseudo-provocations soient connues du monde entier, et il est devenu l'artiste le plus apprécié des milliardaires nouveaux riches – dont Madoff, le célèbre escroc critique d'art. Or,

 

étant données  1. la chute de la valeur artistique des oeuvres 

                        2. la hausse inversement proportionnelle de leur valeur marchande 

                             3. la pertinence critique des jugements des riches

                           (dont le goût pour les subtilités de la culture est bien connu)

             les oeuvres les plus chères

  sont de toute évidence

  les meilleures    

 

 

* Cf Les impostures du présent http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=1822 ou L'heure des objets de conscience surréalistes http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=6102

 

** Il y a eu autrefois un type, un certain Moïse, qui pensait que cette conception idolâtre de l'amour devait être combattue, et il écrasait à coups de tables de la Loi les veaux d'or qu'il croisait sur son chemin, mais c'était il y a longtemps, et pas chez nous …

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