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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 10:17

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Apollinaire emploie indifféremment les mots saltimbanques ou baladins. A l’époque où il écrit, (début 20ème siècle) les mots sont assimilables à des synonymes : l’acrobate de plein air est un poète, et le baladin un danseur de rues. Les deux activités sont artistiques et populaires issues du Moyen Age.

Le thème central : les artistes, baladins ou saltimbanques, sont en marge de la société.

Première strophe : Le jardin.

Seconde strophe : La marche : une cérémonie.

Troisième strophe : Le monde animal

En détail

Strophe 1 : le Jardin c’est l’Eden. Mais ils resteront au long des jardins. Et, pour des nomades qui n’ont pas de point d’attache, les portes sont fermées : ils s’arrêtent devant l’huis et les auberges sont grises. Pas d’espérance en aucun dieu, puisque les villages sont sans églises. Les baladins sont condamnés à s’éloigner dans une plaine sans espoir, sans commencement ni fin.

Strophe 2

Ce n’est pas une marche ordinaire, il existe un ordre de préséances. Les enfants s’en vont devant. Les autres suivent, mais en rêvant. Les autres sont enfouis dans un rêve éveillé. Tout ce monde vit en communion avec l’univers de la nature. Il y a une complicité avec les arbres fruitiers qui se résignent. Ils se comprennent par des signes mystérieux. Comme dans certains textes de Rimbaud, (une Saison en enfer) les baladins ne sont pas au monde, la vraie vie est absente. Rimbaud a été un « bohémien ».

Strophe 3

Les animaux ouvrent la voie, ils indiquent la marche à suivre. L’ours et le singe incarnent la sagesse. Souvent, au début du 20ème siècle, ces deux animaux accompagnent les romanichels. On n’oubliera pas l’énumération : les poids ronds ou carrés, les tambours, les cerceaux dorés. Les poids symbolisent la force, les tambours la musique et le rassemblement, les cerceaux l’adresse. Les baladins sont des jongleurs. En tout cas des artistes de rues. Les animaux ne perdent pas le nord : ils quêtent des sous. Le seul revenu des baladins c’était en effet, la quête.

Conclusion : les gens du voyage ne sont plus comparables aux anciens romanichels, qui vivaient réellement une vie d’errance permanente. Et qui ne se déplaçaient pas en voitures de grosses cylindrées. Ils étaient toujours pauvres. Les gens du voyage qui sont à l’origine des violences à Moirans, n’ont aucun rapport avec les nomades d’il y a un siècle !...

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