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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 10:41

Titré en ukrainien « le prix de la vérité », en polonais « Citizen Jones » et plus simplement encore « Mr Jones » en anglais, le film L’Ombre de Staline d’Agnieszka Holland, récemment projeté sur nos écrans, se place entièrement du point de vue du journaliste gallois ayant enquêté sur la famine en Ukraine en mars 1933. Pourtant, au grand dam de ses généreux contributeurs (l’Etat ukrainien notamment), ce film qui se prétend un hommage à la vérité vraie a déjà fait l’objet d’un démontage en règle exprimé par… rien de moins que la famille du principal protagoniste.

Il ne faut évidemment pas compter sur la presse française pour relayer ce désaveu. Néanmoins l’article ne venait pas d’une source marginale puisqu’il est publié dans les colonnes du Sunday Times, supplément dominical du célèbre quotidien, et est signé par le petit-neveu du journaliste gallois. Lequel a pu s’appuyer sur les travaux importants réalisés par sa mère, Dr. Margaret Siriol Colley, qui avait de son vivant contribué à rassembler les archives de Gareth Jones (c’est-à-dire son oncle) et publié sa biographie : More than a Grain of Truth ; The Biography of Gareth Jones.

Ces divers travaux avaient d’ailleurs fait l’objet de toute l’attention du gouvernement ukrainien qui a, depuis, fait du journaliste quasi inconnu un héros de l’Ukraine. Las, malgré ces honneurs rendus, la famille n’est guère ravie par la présentation qui est faite de leur aïeul et le petit-neveu juge que, contrairement à ce que raconte le film :

    « [Gareth Jones] n’a vu ni cadavres ni cannibalisme et s’est encore moins livré à des actes cannibales ; il n’a jamais vu de réquisitions de blé, de travaux forcés ou encore de charrettes de cadavres ; il n’a jamais été poursuivi, ne s’est jamais enfui, caché ou déguisé durant sa marche le long de la voie ferrée. Il n’a jamais été emprisonné. Loin de ce qu’affirme le film, je ne pense pas qu’il se soit jamais senti en bien grand danger, protégé qu’il était par sa connaissance courante du russe, son charme et son visa gratis de personnage officiel [pour son voyage en Russie, Gareth Jones bénéficiait entre autres d’une lettre de recommandation de Lloyd George lui-même, n.d.r.]. De plus le schéma narratif de la rencontre entre Gareth George Orwell n’est tout simplement pas vrai, malgré les efforts de James Norton [l’acteur qui joue le rôle-titre, n.d.r.] et des cinéastes pour présenter les choses autrement. De même l’idée que Gareht aurait inspiré La Ferme des Animaux n’est nullement prouvée[i]. »

Et d’ajouter :

    « Internet est déjà jonché de contre-vérités résultant de ce film : que Gareth était “un diplomate gallois qui travaillait pour Chamberlain et avait un jour interviewé Hitler ” (ce qu’il n’était pas et ce qu’il n’a pas fait); qu’il a rencontré George Orwell (ce qu’il n’a pas fait); qu’il est venu en Russie pour interviewer Staline (ce n’est pas le cas); qu’il A ETE assassiné par les Soviétiques (il n’y a pas de preuves concluantes de cela). Les cinéastes ont reconnu que Gareth n’avait pas été le témoin des événements décrits dans leur film mais m’ont dit qu’ils se sentaient autorisés à se servir de lui pour brosser leur version de ce qui s’était passé pendant l’Holodomor [nom donné à la thèse de la famine génocidaire en ukrainien, n.d.r.]. »

Voilà qui fait un peu désordre, n’est-ce pas ?

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