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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 08:30

Encore une fois la rentrée des classes va se dérouler dans de « bonnes conditions », en dépit des suppressions de postes d’enseignants. Autrement dit, moins il y a d’enseignants et mieux ça va !

Ce tour de passe-passe est rendu possible si l’on veut bien se donner la peine d’analyser le sens de deux mots clés qui font partie de ce nouveau lexique que George Orwell appelait la « novlangue », c'est-à-dire le mensonge permanent, car le pouvoir, dans la plupart des pays du monde a besoin de « citoyens » qui ne comprennent pas. Ce phénomène est très bien décrit dans un livre de Jean-Claude Michéa : « L’enseignement de l’ignorance ». Car il ne s’agit pas d’une simple dégradation de l’enseignement, mais d’une véritable politique visant à la déculturation, c’est à dire à fabriquer uniquement des consommateurs, dans tous les domaines de l’activité humaine.

Examinons ces deux mots essentiels : les « sciences de l’éducation » et la « communication. »

Si l’éducation est essentiellement une « science » (origine le latin « scire » : savoir) il s’agira de transmettre des « connaissances » par des moyens dits « scientifiques », c'est-à-dire que l’homme ne sera plus nécessaire, puisqu’il sera remplacé par la « machine » (latin « machina » : invention, ruse, engin). Cela supposera que seul importera le « fonctionnement » mécanique, ce dernier mot étant synonyme de « machine ». Si l’on veut faire de l’éducation essentiellement une science, l’homme devient superflu. Et, dans la logique du Ministère de l’Education Nationale, il sera supplanté par l’informatique. C’est d’ailleurs ce qui se produit dans tous les domaines de l’activité économique, ce qui permet, peu à peu, de réduire le nombre de ceux qu’on appelait autrefois les « travailleurs ». L’avantage principal de ce système, présenté comme un « progrès », c’est que la machine n’est pas capable de réfléchir, de critiquer, de se syndiquer.

Quand l’éducation devient une science, l’homme devient une machine à distribuer du savoir. A la limite, il va être complètement inutile, si l’on souhaite fabriquer des hommes dociles, qui ne vivent pas, mais qui fonctionnent. Pratiquement, des automates. Or, l’enseignement, mais aussi l’activité humaine dans son ensemble, a, depuis les origines, été considéré comme un art. On disait « un art de vivre », on écrivait un « art d’aimer ». L’art suppose qu’on utilise des techniques, mais il vise à une sorte de perfection. Il serait plus intéressant de parler de l’art d’enseigner, car le prof enseigne d’abord ce qu’il est, et il est impossible d’imaginer une pédagogie qui ne tienne pas compte des émotions, des sentiments, de l’esprit critique. Je crois que, pour cette raison, la création de lycées de 1500 à 2000 élèves est une catastrophe, sauf pour les lycées « hauts de gamme » destinés à former une élite, qui vit déjà dans un milieu élitiste.

Il faut bien se dire que beaucoup de gens qui ne sont pas du métier peuvent transmettre des connaissances et il existe des initiatives individuelles très intéressantes : certains profs non rétribués réunissent trois ou quatre élèves dans…leur salle à manger. Car l’école n’est pas obligatoire, c’est l’enseignement qui est obligatoire. Peu de gens le savent. Et, avant que la culture française soit définitivement morte, il faudra bien trouver d’autres solutions.

J’en arrive maintenant à la fameuse « com. », la communication, terme emprunté au lexique du commerce et de la publicité, voire de la propagande. Ce n’est pas le mot qui convient pour l’école ! Le véritable mot, c’est la « relation », qui exprime l’idée d’un lien, affectif notamment entre l’élève et le prof. Vouloir enseigner à des élèves sans les aimer, c’est non seulement une erreur, mais une attitude criminelle. Quand on n’aime pas la jeunesse (et on a le droit) on peut se lancer dans une autre profession. Mais aujourd’hui où aller ? La mondialisation suppose que 80% des habitants de la planète ne travailleront plus. Ils consommeront des loisirs et on leur donnera le minimum pour qu’ils mangent et qu’ils s’abrutissent dans des jeux stupides. L’école, dit Michéa, n’est plus un lieu d’études, mais une sorte de parc d’attractions, où l’on garde les jeunes le plus longtemps possible en leur faisant croire qu’ils font des études. On arrive bien à 80% de reçus au bac, et même parfois à 100% ! Evidemment, puisque les enseignants, par divers systèmes, sont obligés d’arriver à ce score. Il sera plus difficile d’arriver à 100% d’emplois…

Je vous disais que l’enseignement est un art, l’amitié est un art, l’amour est un art. Pas une science. Et ça me rappelle soudain mai 68, quand le docteur Carpentier avait écrit ce tract : « Apprenons à faire l’amour ». Il énumérait les zones érogènes, comme fait le boucher quand il présente un dessin avec les meilleurs morceaux découpés en pointillés : le rumsteck, le plat de côtes, la bavette etc. En somme l’amour ce serait le choix des bons morceaux !

Ecoutez, vous ferez comme vous voudrez. Mais si l’enseignement consistait à apprendre les techniques de marketing, ça voudrait dire que l’homme est devenu un objet, un produit à vendre.

Je préfère dire que l’enseignement est un art, qui met en jeu la personnalité du prof, avec ses défauts et ses qualités, mais sa tendresse pour les élèves.

Sinon, c’est un con fasciste ! Et les cons fascistes, ça ne se baise pas, ça vous baise !

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commentaires

Philippe Ayraud 07/09/2009 19:50

Analyse lucide et réaliste, hélas !

Odette Laplaze-Estorgues 05/09/2009 09:00

Après lecture de cette analyse, l'ex enseignante que je fus - qui n'a pu tenir bon en classe plus de 25 ans - pense de plus en plus fort qu'enseigner aujourd'hui relève de l'héroïsme sinon du "jem'enfoutisme". Bravo Rolland Hénault pour ce très bel article.
Amicalement. O L-E